Drogue : après les "go fast", les "fly fast"

Deux chercheurs viennent de publier une étude sur un nouveau mode de livraison de stupéfiants : par petits avions, hélicoptères ou ULM. Les trafiquants agissent plutôt de nuit, à basse altitude, feux éteints, et sans déposer de plan de vol. Un phénomène qui pourrait s'amplifier.

(Maxppp)

On connaissait déjà les "go fast", ces convois de voitures puissantes chargées de drogue, voici maintenant les "fly fast", sur le même principe mais par voie aérienne. L'Institut national des hautes études de la sécurité et de la justice (Inhesj) publie une étude sur le "trafic de stupéfiants à partir des aérodromes secondaires non surveillés".

Dans ce travail, financé par la Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie (Midlt), deux chercheurs mettent en évidence l'utilisation de petits avions, d'hélicoptères ou d'ULM, par des organisations criminelles pour transporter de la drogue. Un phénomène auquel les autorités françaises s'intéressent surtout depuis 2008, explique Nacer Salam, co-auteur du rapport avec David Weinberger. 

Le "déclic", après une affaire près de Béziers

"L'affaire que l'on cite de manière régulière est celle de Béziers, en 2008, où un hélicoptère était intercepté avec à son bord près de 500 kilos de résine de cannabis, il revenait du Maroc et était passé par l'Espagne ", indique Nacer Salam. Cette affaire a été un "déclic " pour l'administration, ajoute-t-il.

"Les services de renseignements ont commencé à porter
le regard sur l'utilisation de ce vecteur à des fins de trafic, donc
2008 est une année cruciale, d'autant que l'hélicoptère et les équipes à bord étaient français
", précise-t-il.

"Il est relativement facile de passer entre les mailles du filet" notamment à cause de la " liberté " du secteur

Concrètement, grâce au "fly fast", les trafiquants peuvent voler à l'abri des regards indiscrets. Pour cela, le pilote ne dépose pas de plan de vol et coupe son transpondeur, servant notamment à déterminer sa position. Les trafiquants choisissent ensuite l'heure de leur mission : à l'aube ou de nuit, et volent tous feux éteints et à basse altitude.

Pour les petits trajets, les ULM ou drones sont préférés (80 kg transportés en moyenne), tandis que l'avion de tourisme ou l'hélicoptère sont choisis pour les moyennes distances (environ 300 kg embarqués), et les jets privilégiés sur les longues distances (plusieurs centaines de kg).

"Il est relativement facile de passer entre
les mailles du filet
, indique Nacer Salam, pour une raison un
peu constitutive à l'aviation civile : la liberté, qui reste importante
au sein de ce secteur
". La France compte 1.800 aérodromes et plate-formes pour ULM, et nombre d'entre eux ne sont pas surveillés.

Un phénomène en expansion ?

Dans leur rapport, les deux experts proposent quelques pistes de réflexion pour endiguer le phénomène, notamment améliorer "le renseignement et le partage entre pays européens, puisque ces avions traversent facilement les frontières ". Mais aussi une meilleure surveillance des plans de vols et du marché d'occasion, "puisqu'un certain nombre d'organisations criminelles sont amenées à acheter des avions ".

L'an dernier, seules deux interceptions de "fly fast" ont été réalisées en France, et "seules une dizaine d'affaires de ce type ont été démantelées depuis le début des années 2000 ", indique le chercheur, à cause notamment du peu de surveillance. La majorité des engins transportaient de la résine de cannabis, de la cocaïne et des drogues de synthèse, et reliaient la France et le Royume-Uni ou la France et l'Espagne.

Mais le phénomène pourrait s'amplifier, "d'autant plus qu'il y a des contrôles plus importants du côté terrestre et maritime, ce qui fait qu'il peut y avoir un phénomène de report des trafiquants sur le vecteur aérien ".