"Il l'a étranglée" : les 48 heures qui ont conduit à la mise en examen de Jonathann Daval pour le meurtre de sa femme, Alexia

Au terme d'une longue et "difficile" garde à vue, Jonathann Daval, le mari d'Alexia Daval, retrouvée morte en octobre dans un bois de Haute-Saône, a avoué l'avoir tuée.

Jonathann Daval, mari d\'Alexia Daval, lors d\'une conférence de presse, à Gray-la-Ville (Haute-Saône), le 2 novembre 2017.
Jonathann Daval, mari d'Alexia Daval, lors d'une conférence de presse, à Gray-la-Ville (Haute-Saône), le 2 novembre 2017. (SEBASTIEN BOZON / AFP)

L'unique suspect a avoué les faits. Jonathann Daval a été mis en examen, mardi 30 janvier, pour "meurtre sur conjoint", et placé en détention provisoire. Après trois mois d'investigations et presque deux jours de garde à vue, cet informaticien de 34 ans a avoué avoir tué "par accident" sa compagne. Le 30 octobre 2017, Alexia Daval, 29 ans, avait été retrouvée morte dans un bois, près du domicile du couple, en Haute-Saône. C'est son mari qui, deux jours plus tôt, avait signalé sa disparition à la gendarmerie. Depuis, Jonathann Daval était apparu comme un veuf effondré, porté à bout de bras par les parents d'Alexia, et ce même si des rumeurs persistantes couraient sur son implication.

Franceinfo vous raconte comment Jonathann Daval a fini par craquer face aux enquêteurs, après avoir longtemps clamé son innocence.

Lundi, 9 heures : Jonathann Daval est interpellé

Lors de sa première audition, en tant que témoin, au tout début de l’enquête, Jonathann Daval portait des griffures et de possibles traces de morsures sur les bras. Il avait alors reconnu qu'une altercation l'avait opposé à son épouse, la veille de sa disparition. Le corps d'Alexia Daval, retrouvé dans le bois d'Esmoulins, non loin du pavillon du couple, portait aussi des marques de violence. Les résultats de l'autopsie, présentés début novembre par la procureure de Besançon, Edwige Roux-Morizot, indiquent que la jeune femme a été victime de "violences physiques", de coups. Elle a été étranglée et "probablement" asphyxiée, selon la magistrate. "L'étude du corps a montré qu'elle s'était défendue au point de se retourner les ongles", selon une source proche de l'enquête citée par Le Parisien.

Depuis la disparition d'Alexia, des rumeurs persistantes, "toxiques", selon Me Randall Schwerdorffer, l'avocat de Jonathann, circulent à Gray-la-Ville autour de la possible implication de cet époux éploré. Mais lundi 29 janvier, c'est un faisceau d'indices matériels qui conduit les enquêteurs à l'interroger à nouveau, en tant que suspect cette fois. Les gendarmes l'interpellent à son domicile, vers 9 heures. Il est placé en garde à vue dans les locaux de l'état-major de gendarmerie de Franche-Comté, à Besançon. "Nous pensons que l'absence d'autre suspect implique cette garde à vue", commente Me Schwerdorffer. Les enquêteurs ont entendu plus de 200 personnes depuis la découverte du corps d'Alexia Daval et ont écarté de nombreuses pistes. Minutieusement explorées, les hypothèses d'un délinquant sexuel dans les environs et d'un éventuel amant de la victime ont été exclues.

Mais pendant sa garde à vue, lundi, Jonathann Daval maintient son récit : les époux Daval sont rentrés chez eux après une "soirée raclette" chez les parents d'Alexia et le lendemain matin, la jeune femme est partie vers 9h30 faire son jogging, comme à son habitude. "Son audition a été difficile", rapporte Me Randall Schwerdorffer à la presse, après s'être entretenu avec son client. "C'est quelqu'un qui est très serein et qui a toujours la même question : qui a tué son épouse ?" ajoute l'avocat. Interrogé sur la dispute à l'origine des traces sur le corps de Jonathann Daval, Me Schwerdorffer répond que le couple connaissait "des disputes ordinaires, qu'on trouve dans n'importe quel couple".

On ne tue pas quelqu'un pour une dispute.Me Randall Schwerdorfferavocat de Jonathann Daval

Lundi matin, le domicile du veuf est perquisitionné. C'est la deuxième fois que le pavillon, qui appartenait jadis aux grands-parents d'Alexia Daval, est fouillé minutieusement. La première fois, les enquêteurs cherchaient des indices autour de la disparition d'Alexia. Cette fois, c'est sur un meurtre qu'ils enquêtent. A la fin des recherches, lundi après-midi, la maison est mise sous scellés.

Alors que de lourds soupçons pèsent sur leur gendre, les parents d'Alexia Daval sont "confiants". Leur avocat, Me Jean-Marc Florand, appelle les médias à "être très prudents dans ce dossier, et à attendre l'issue de la garde à vue". "Il ne faut pas oublier que monsieur Daval, jusqu'à aujourd'hui, est victime, partie civile et bénéficie pour le moment de la présomption d'innocence", rappelle-t-il.

Mardi, 8 heures : sa garde à vue est prolongée

En dépit des dénégations de Jonathann Daval, les enquêteurs ont encore des questions à poser à leur unique suspect. Sa garde à vue est prolongée, mardi matin. Un voisin affirme avoir entendu une voiture sortir du domicile du couple, la nuit précédant la disparition de la jeune femme. Le dispositif de traçage dont était équipé l'utilitaire professionnel de Jonathann Daval l'attesterait, mais son avocat dit "ignorer" si le véhicule est équipé d'un tel dispositif. Des traces de pneus correspondant à la voiture auraient également été retrouvées près du corps de la jeune femme.

"Il maintient qu'il a passé la nuit chez lui. A-t-il réellement, ou pas, passé la nuit chez lui ? En l'état, je suis incapable de vous infirmer ou de vous confirmer la version de Jonathann, les enquêteurs ayant des éléments sérieux pour établir le fait que le véhicule professionnel de Jonathann a bougé pendant la nuit", reconnaît Me Schwerdorffer à la presse. En outre, son client "n'a pas de réponse sur les déplacements du véhicule, ce qui reste une inconnue majeure".

Les enquêteurs ont également trouvé un morceau de tissu sur le corps d'Alexia, qui était à peine dissimulé sous des branchages lorsqu'il a été découvert. "Les enquêteurs auraient établi que ces morceaux de tissu proviendraient de draps appartenant au couple Daval", selon Le Point. Au moment où Me Schwerdorffer s'exprime devant les caméras, les enquêteurs sont, selon lui, sur le point d’aborder cette question avec Jonathann Daval. Pour l'avocat, "ce n’est pas anodin si c'est le dernier élément" abordé lors de cette garde à vue. Le conseil estime que ce morceau de tissu est l’indice sur lequel "les enquêteurs se focalisent".

Mardi, 11h30 : "L'étau se resserre violemment"

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"On nous a apporté des éléments qui (...), effectivement, posent de véritables questions et Jonathann n'est pas soupçonné par hasard, c'est une réalité", déclare devant la presse son avocat, Me Schwerdorffer, provoquant la surprise. "L'étau se resserre violemment", ajoute-t-il.

"L’avocat ne peut jamais faire de déclaration qui ne soit pas en accord avec la ligne de son client, explique à franceinfo François-Xavier Berger, ancien bâtonnier du barreau de Rodez. S'il y a des éléments gênants dans le dossier, nous en discutons avec notre client. Mais c'est une discussion sur le système de défense à adopter qui doit évidemment rester intime et secrète." Selon le Code de procédure pénale, l'avocat ne peut faire état, pendant la durée de la garde à vue, "ni des entretiens avec la personne qu'il assiste, ni des informations qu'il a recueillies en consultant les procès-verbaux".

Pourquoi Me Schwerdorffer a-t-il été si loquace ? S'est-il laissé étourdir par l'attention médiatique ? Est-il en train d'abandonner son client ? "On peut tout dire de Randall Schwerdorffer, sauf qu'il puisse un jour trahir son client. Il sait très bien gouverner une défense et a une très haute opinion de l’intérêt de son client, assure à franceinfo Me Patrick-Victor Uzan, le mentor de Randall Schwerdorffer. Il a le dos suffisamment large pour essuyer toutes les critiques. Je vous le dis : il ne cède jamais. Je suis persuadé qu’il sait ce qu’il fait."

La future mise en examen de Jonathann Daval ne fait alors plus de doute. Dès le début de l'après-midi, devant les caméras, sa deuxième avocate, Me Ornella Spatafora, dit "s'y attendre". La procureure de Besançon annonce une conférence de presse pour le soir même, "destinée à faire état des plus récents développements de l'enquête dans le dossier de l'assassinat d'Alexia Daval"

Mardi, 18 heures : Jonathann Daval "a reconnu avoir tué son épouse"

Deux heures avant la conférence de presse annoncée, Me Randall Schwerdorffer prend à nouveau la parole. Jonathann Daval "a reconnu avoir tué son épouse, mais il a dit que c'était un accident, qu'il ne voulait pas, et il regrette", déclare-t-il. "Il l'a étranglée", ajoute l'avocat, qui considère que son client n'était "pas dans une logique criminelle" et n'a impliqué "personne d'autre"

Dès le départ, tout le monde a vu que Jonathann cachait un secret plus lourd que la disparition de son épouse.Me Randall Schwerdorfferavocat de Jonathann Daval

"Nous ne défendrons pas un meurtrier, un assassin. Nous défendrons un jeune garçon qui, dans une crise de couple, a tué son épouse par accident", répète le pénaliste. "Ils avaient une relation de couple avec de très fortes tensions. Alexia avait une personnalité écrasante, il se sentait rabaissé, écrasé. A un moment, il y a eu des mots de trop, une crise de trop, qu'il n'a pas su gérer", poursuit Me Schwerdorffer.

Rappelant à quel point son client était apparu fragile depuis la mort d'Alexia Daval, l'avocat explique que Jonathann Daval "a essayé d'être ce gendre parfait" mais qu'il "n'a pas réussi""Il l'a étranglée et après il a été dépassé par tout", selon lui. Un peu plus tard, Me Schwerdorffer ajoute sur l'antenne de franceinfo : "J'ai le sentiment qu'il y a deux victimes dans cette affaire : Alexia Daval et Jonathann Daval."

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Les parents d'Alexia Daval, qui avaient soutenu leur gendre jusqu'au bout, sont, eux, "sous le choc". "Je ne pense pas du tout que mes clients aient pu l'anticiper, déclare leur avocat, Me Jean-Marc Florand, à BFMTV. Ils perdent leur fille dans des conditions abominables. Savoir que celui qui a toujours été à leurs côtés se désigne comme coupable qu'il est probablement, c'est un traumatisme terrible. (...) Il y a une trahison terrible."

Mardi, 21 heures : il est mis en examen pour "meurtre sur conjoint" et écroué

En début de soirée, la procureure de Besançon, Edwige Roux-Morizot, tient une conférence de presse. L'"enquête a permis de réunir un nombre suffisant d'éléments objectifs qui ont conduit à la mise en examen de Jonathann Daval pour meurtre sur conjoint", annonce-t-elle devant micros et caméras.

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Si la préméditation n'est pas retenue — une "dispute conjugale" étant "vraisemblablement" à l'origine du meurtre —, la magistrate balaie toutefois l'hypothèse de l'accident avancée par les avocats du meurtrier présumé. Il y a "des éléments suffisants pour imaginer que la mort a été donnée volontairement, et non pas accidentellement", affirme Edwige Roux-Morizot. Et la procureure de ne pas cacher son agacement à l'égard des interventions répétées des avocats de Jonathann Daval dans les médias tout au long de la garde à vue de leur client. 

Trois mois jour pour jour après la découverte du corps d'Alexia Daval, Jonathann Daval, placé en détention provisoire, a passé sa première nuit en prison. Il encourt désormais la réclusion criminelle à perpétuité.