Disparition de la famille Troadec à Orvault : l'auteur du crime "privilégie la désorientation des enquêteurs"

Pour Jean-François Abgrall, psycho-criminologue et ancien enquêteur, l'auteur de la disparition de la famille Troadec à Orvault (Loire-Atlantique) connaissait le fonctionnement de la famille.

Les gendarmes sont toujours à la recherche de la famille Troadec, à Dirinon (Finistère), le 3 mars 2017.
Les gendarmes sont toujours à la recherche de la famille Troadec, à Dirinon (Finistère), le 3 mars 2017. (FRED TANNEAU / AFP)
avatar
franceinfoRadio France

Mis à jour le
publié le

Les recherches se poursuivent pour tenter de retrouver la trace de la famille Troadec. Cette dernière n'a pas donné de nouvelles depuis le 16 février. L'enquête se déroule désormais dans trois principaux lieux, Orvault (Loire-Atlantique), lieu d'habitation de la famille, Saint-Nazaire (Loire-Atlantique) où la voiture du fils a été retrouvée mercredi et Dirinon (Finistère) prêt de Brest, là où a notamment été retrouvé le pantalon et la carte Vitale de la fille Troadec. Jean-François Abgrall, psycho-criminologue, ancien enquêteur de l'affaire des disparus de l'Yonne, et de l'affaire Patrick Dils, a expliqué sur franceinfo que l'auteur du crime "a connaissance au moins du fonctionnement de la famille". Pour l'expert, il "privilégie la désorientation des enquêteurs".

franceinfo : En voyant les différents indices, peut-on dire qu'un inconnu joue avec les enquêteurs ?

Jean-François Abgrall : Je ne peux pas dire qu'il joue avec les enquêteurs. Ce qui est remarquable dans cette affaire c'est la temporalité. On a un crime au sens judiciaire du terme. On a des gens qui ont disparu. Dans un lieu, on a des traces de sang qui montrent visiblement des traces d'actions violentes. Ensuite, on a des déplacements avec des abandons d'affaires, à Dirinon qui n'est pas la porte à côté. Enfin nous avons un véhicule de la famille qui est abandonné à Saint-Nazaire et qui a été lavé.

Quel est le profil du tueur dans cette affaire ?

On ne peut pas parler de profil. Pour autant, il a connaissance, au moins, du fonctionnement de la famille. Il a estimé qu'il était nécessaire pour lui d'enlever les corps pour faire ralentir les recherches. Quand on remet la situation en place, tel qu'elle était avant l'agression, quand on fait une phase de nettoyage, c'est qu'à l'inverse on se sent identifiable. Cela pose la question de proximité auteur/victime.

Peut-on dire que le crime a été préparé ou prémédité ?

Ce n'est pas tellement ce que je prioriserai. On ne fonctionne pas en hypothèse en analyse criminelle. On fonctionne avec ce que l'auteur nous donne à voir. Ici, par exemple, l'auteur montre qu'il connaît la vie des victimes et les endroits qu'ils ont l'habitude de fréquenter. Le lieu où on a abandonné le vêtement, et d'après ce que je viens d'entendre, ce n'est pas neutre. C'est dans un environnement proche de la victime. Consciemment, il nous dit qu'il connaît les lieux de vie. Pour moi, ce sont des signes qui privilégient la désorientation des enquêteurs. Normalement, si on prend le soin de tout faire disparaître, on ne laisse pas des indices avec des noms comme cela.

L'auteur semble avoir de l'avance sur les enquêteurs, cela se rattrape-t-il ?

L'enquête va très vite. Il ne faut pas oublier qu'il y a des petites choses aussi dont on a parlé. Dans la maison ont disparu des ordinateurs. On peut se poser la question de savoir si ces objets-là ne détenaient pas des informations sur l'auteur ou les auteurs. C'est la seule chose qui a été volée d'après ce que l'on connaît. C'est un élément qui existe. Il faut le prendre en compte. De toutes façons les avancées sont rapides en matière d'enquête. Il est difficile de disparaître pour un fugitif. Les enquêteurs vont vite se rapprocher du sujet lorsqu'ils auront fait du lien entre les personnes susceptibles d'être l'auteur dans l'environnement des victimes, voire de la famille.

L'auteur du crime " a connaissance au moins du fonctionnement de la famille", Jean-François Abgrall
--'--
--'--