Dijon : "Le trafic de stupéfiants qui prend en otage 95% de la population" de certains quartiers, "peut dégénérer", alerte le syndicat Alliance Police

Dijon, en Côte-d'Or, est le théâtre depuis quatre soirées d'affrontements entre des habitants des quartiers et des membres de la communauté tchétchène.

Un feu de voiture et de poubelles dans le quartier des Grésilles, à Dijon, le 15 juin 2020.
Un feu de voiture et de poubelles dans le quartier des Grésilles, à Dijon, le 15 juin 2020. (VINCENT LINDENEHER / MAXPPP)

Stanislas Gaudon, délégué général du syndicat Alliance Police, a affirmé mardi 16 juin sur franceinfo que "le trafic de stupéfiants qui prend en otage 95% de la population" de certains quartiers, "peut dégénérer". Dijon (Côte-d'Or) est le théâtre depuis quatre soirées d'affrontements entre des habitants des quartiers et des membres de la communauté tchétchène.

franceinfo : Êtes-vous surpris par les images de Dijon ?

Stanislas Gaudon : Pas tant que cela, parce que nous savons que ces quartiers sont gangrénés par le trafic de stupéfiants, notamment. Souvent dans ces affaires-là, on entend un peu cette musique : le trafic de stupéfiants, la guerre des territoires et parfois des guerres communautaires. Il faut le dire. C'est aussi ça qui est en jeu dans l'affaire, notamment de Dijon. Et je crois que ça illustre une chose. Et il faut que tout le monde le comprenne bien, c'est que le trafic de stupéfiants qui prend en otage 95% de la population de ces quartiers peut dégénérer. Il y a des armes qui circulent et ça, c'est insupportable. Nous espérons beaucoup de l'office anti-stupéfiants (Ofast) qui a été créé il y a un peu plus d'un an pour qu'il y ait des résultats. Mais encore une fois, je le redis : si la justice ne condamne pas fermement, nous allons retrouver les mêmes personnes aux mêmes endroits et dans les mêmes exactions, dans les mêmes infractions. Donc cela, c'est un peu la perte de sens du métier du policier qui a l'impression de vider l'océan avec une petite cuillère et qui ne voit pas le résultat de son travail au quotidien.

Aujourd'hui, l’amende pour les consommateurs de cannabis entre en vigueur dans plusieurs grandes villes, Marseille, Lille, Créteil et Rennes. Est-ce qu'il vaut mieux une amende payée qu'une peine de prison qui, généralement, n'est pas prononcée pour lutter contre les trafics ?

L'amende forfaitaire délictuelle doit soulager les procédures puisque sur les millions d'interventions et d'interpellations que l'on fait pour des usagers notamment, c'est vrai que c'est très chronophage et il vaut mieux recentrer les policiers sur le trafic de stupéfiants. À condition qu'il y ait des sanctions pénales très fortes.

Plutôt que d'arrêter les consommateurs ?

Les consommateurs sont quand même interpellés. Ils ne sont pas placés en garde à vue, mais il y a quand même des mesures coercitives le temps notamment de la rédaction de l'amende forfaitaire délictuelle. Il faudra qu'ils rendent compte. Mais par contre, il y a des failles dans ce système, notamment pour les mineurs. Ce n'est pas très clair. Et puis, il n'y a rien qui a été mis en place au sein des services sur une réelle simplification, notamment les procès-verbaux électroniques. C’est un problème. On fait des annonces comme par exemple des règles de confinement pendant la crise sanitaire, et puis les modèles électroniques ne sont pas encore adaptés. Donc, c'est vrai que la police nationale numérique 3.0, on n'y est pas encore.