Le tireur présumé, Abdelhakim Dekhar, a été arrêté

Interpellé dans un parking de Bois-Colombes, l'homme a été placé en garde à vue médicalisée.

Photomontage de captures vidéo du tireur recherché par les forces de l\'ordre, réalisées à Paris entre le 15 et le 18 novembre 2013.
Photomontage de captures vidéo du tireur recherché par les forces de l'ordre, réalisées à Paris entre le 15 et le 18 novembre 2013. (AFP)

L'homme arrêté à Bois-Colombes est bien l'auteur présumé des coups de feu tirés au journal Libération et devant la Société générale, à la Défense, lundi, ainsi que des menaces à BFMTV quelques jours plus tôt. L'ADN d'Abdelhakim Dekhar, interpellé dans un parking de cette ville des Hauts-de-Seine, correspond en effet à celui relevé sur les différentes scènes de crime, a annoncé le parquet de Paris, dans la nuit du mercredi 20 au jeudi 21 novembre.

Qui est l'homme interpellé mercredi soir ?

Il s'agit d'Abdelhakim Dekhar, un SDF de 48 ans. Son nom est bien connu des services de police : il a en effet été condamné en septembre 1998 à quatre ans de prison pour association de malfaiteurs dans l'affaire Rey-Maupin, qui avait marqué l'opinion. Il avait été libéré dans la foulée, ayant effectué quatre ans de détention provisoire.

Ce fait divers s'était déroulé en plein Paris le 4 octobre 1994. Ce soir-là, Audry Maupin, 22 ans, et Florence Rey, 19 ans, avaient provoqué une fusillade place de la Nation. Trois policiers et un chauffeur de taxi avaient été tués. Dekhar avait été condamné pour avoir fourni un fusil à pompe aux deux tueurs.

Connu au début des années 1990 sous le pseudonyme de "Toumi", il était à l'époque un habitué des squats et des appartements dans lesquels quelques centaines de jeunes gens de la gauche radicale se retrouvaient, souvent sous étroite surveillance policière. Lors du procès de l'affaire Rey-Maupin, Dekhar avait vainement tenté de persuader la cour qu'il était en fait un espion, un agent en mission de la Sûreté militaire algérienne, chargé d'infiltrer les milieux autonomes pour en débusquer d'éventuels intégristes.

Des témoins cités à l'audience l'avaient décrit comme un chaperon, un mentor pour le couple Rey-Maupin, et l'avaient accusé d'avoir mis à profit leur jeunesse et leur exaltation pour les manipuler. "C'est un homme insaisissable", a dit Emmanuelle Hauser-Phelizon, son avocate dans l'affaire Rey-Maupin, sur BFMTV, qui a révélé son identité dans la soirée. "Je ne savais pas qui il était réellement."

Comment s'est déroulée son interpellation ?

Selon une source proche de l'enquête, c'est l'homme qui hébergeait Abdelhakim Dekhar qui aurait contacté le commissariat de Courbevoie. "Il lui aurait confié, en évoquant l'affaire du tireur : 'j'ai fait une connerie'", rapporte une source proche de l'enquête. Le suspect a été repéré vers 19 heures, dans un véhicule garé dans un parking souterrain de Bois-Colombes.

L'homme n'était toutefois pas en mesure d'être entendu dans l'immédiat et la notification de ses droits a dû être différée. "Il a été évacué par le Samu", a déclaré le maire de Bois-Colombes, Yves Révillon. Le suspect se trouvait dans un état de "semi-inconscience, sans doute suite à la prise de médicaments, qui peut laisser penser à une tentative de suicide", selon des sources proches de l'enquête. Pour le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, "tout semble montrer qu'il a tenté de se suicider".

Selon BFMTV, une "assez longue" lettre a été retrouvée par les enquêteurs. Ecrite de la main de Dekhar, elle évoquerait la situation en Syrie, en Libye, et plus généralement la situation actuelle dans le monde arabe. Du "charabia", un "délire", selon une source proche du dossier, citée par la chaîne.

Quelles ont été les réactions à cette arrestation ?

Christiane Taubira a été la première à réagir à l'arrestation de Dekhar, par le biais d'un communiqué. La ministre de la Justice a salué "l'efficacité des services de police judiciaire et des parquets saisis qui ont permis l'interpellation rapide d'un suspect".

Après l'annonce du procureur, Manuel Valls s'est rendu au siège de la police judiciaire. Depuis le 36 quai des Orfèvres, il a confirmé que "tous les faits démontraient l'implication [de Dekhar] dans les faits qui lui sont reprochés". Il a rendu hommage au "professionnalisme" et à la "rapidité" des forces de l'ordre, qui ont "accompli un travail qui était suivi par l'ensemble de nos compatriotes". Il a également longuement insisté sur le rôle de la vidéosurveillance dans l'arrestation du suspect.

Le ministre de l'Intérieur a indiqué que Dekhar, qu'il a désigné comme "présumé coupable", était sans doute "parti à l'étranger" entre 1998 et aujourd'hui. Cela expliquerait que son ADN n'ait pas été recensé dans le Fichier national automatique de l'empreinte génétique (FNAEG).