Cet article date de plus de sept ans.

Commissariat de Joué-lès-Tours : ce que l'on sait

Que s'est-il réellement passé hier après-midi, sur le seuil du commissariat de Joué-les-Tours, en Indre-et-Loire ? Pour quelles raisons précises, un homme, muni d'un couteau, a-t-il cherché à poignarder les policiers qui se trouvaient à l'accueil du commissariat ?
Article rédigé par
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 4 min.
 (Un jeune regarde le commissariat de Joué-lès-Tours © RF/ Gilles Gallinaro)

Selon les premiers éléments de l'enquête, l'homme qui a blessé trois policiers en criant "Allahu Akbar", s'appelait Bertrand Nzohabonayo. Il avait tout juste 20 ans. Il était Français, était né au Burundi, et vivait ces derniers temps dans une petite barre HLM de Joué-lès-Tours. Il logeait chez l'une de ses soeurs, dont l'appartement a été perquisitionné hier soir. Au pied de l'immeuble, hier soir, les voisins semblaient sidérés par cette attaque. Ils parlaient d'un garçon jovial, gentil, et qui s'était converti à l'islam depuis déjà longtemps, sous le prénom de Bilal.

Alors que s'est-il réellement passé, hier, vers 14 heures, sur le perron du commissariat de Joué-lès-Tours ? Les policiers affirment que Bertrand Nzohabonayo a sonné à l'interphone, l'air très "agité", et ils expliquent que lorsqu'ils ont ouvert la porte, le jeune homme a immédiatement sorti un long couteau caché derrière son dos. Au même moment, il aurait crié "Allahu Akbar", c'est-à-dire, Dieu est le plus grand, en arabe.

Le récit d'un passant

Un témoin qui passait devant le commissariat au moment où les policiers ont été poignardés, raconte. "La police lui a dit 'calmez-vous'. Et le monsieur a pété un plomb. Il a sorti un couteau, a voulu planter un premier policier. Les trois autres ont voulu l'intercepter. Ça a dégénéré. J'ai juste entendu crier, et il a planté un policier au niveau de la carotide. L'autre est tombé par terre. Un autre policier s'est fait couper l'oreille. Puis un des trois a sorti un pistolet et a tiré " a-t-il affirmé au micro d'Adrien Bossard, de France Bleu Touraine.

Cette version de l'attaque aux cris de Allahu Akbar, est mise en doute ce matin par des jeunes qui connaissaient l'agresseur. Des jeunes qui évoquent un possible contrôle de police qui aurait mal tourné, juste devant le commissariat. Mais aucun de ces jeunes, qu'a rencontrés l'envoyée spéciale de France Info, Hélène Lam Trong, aucun de ces jeunes n'a été témoin oculaire de cette agression. Les hommes de la police scientifique eux, ont continué une bonne partie de la nuit à faire un travail minutieux, sur le perron du commissariat, à la recherche du moindre indice pour cette enquête.

 

A ce stade de l'enquête, c'est la piste terroriste qui est explorée...

Le parquet antiterroriste de Paris s'est très rapidement saisi de cette enquête hier après-midi. L'enquête a été ouverte pour tentative d'assassinat et association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste. Ce qui veut dit qu'il y a forcément un premier faisceau d'indices qui permet d'orienter le début de l'enquête vers une possible piste terroriste, même s'il faut encore rester prudent. Hier soir, le Ministre de l'Intérieur lui-même, Bernard Cazeneuve, qui s'est rendu sur place pour soutenir les policiers choqués par cette attaque, prenait beaucoup de précautions, dans le choix des mots. Bernard Cazeneuve précisait devant les caméras, que le jeune homme abattu par les policiers en état de légitime défense selon les premiers éléments, le jeune homme n'était pas surveillé par les services de renseignement de la DGSI, la Direction Générale de la Sécurité Intérieure. "Il semblerait que l'agresseur n'ait pas été identifié pour l'instant pour son implication dans des activités à caractère terroriste, mais c'était un délinquant qui avait commis des actes de délinquance classique et sa situation n'était pas judiciarisée".

La sécurité des personnels renforcée

Il ne faut pas faire de raccourcis trop rapides vers un jeune homme au profil d'islamiste radicalisé subitement, mais des jeunes amis de Bertrand Nzohabonayo reconnaissent aujourd'hui que leur copain était devenu de plus en plus "religieux". A-t-il pour autant basculé dans un islam radical ? Sur sa page Facebook authentifiée par plusieurs spécialistes, Bertrand alias Bilal Nzohabonayo avait mis il y a trois jours des photos du drapeau de l'Etat islamique. C'est sans doute l'un des indices qui oriente le début de l'enquête sur la piste terroriste même si le jeune homme, n'avait donc a priori jusqu'à présent jamais été surveillé par la DGSI. Ce qui n'était pas le cas de son frère qui lui, aurait eu des velléités de départ en Syrie, avant de renoncer.

Depuis hier soir, le ministre de l’Intérieur a donné des instructions à tous les préfets, aux directeurs généraux de la police nationale et de la gendarmerie nationale et au préfet de police pour renforcer les mesures de sécurité des personnels, au sein des services de police et des unités de gendarmerie comme sur la voie publique. Bernard Cazeneuve a également sensibilisé les maires et les présidents des services départementaux d’incendie et de secours. Le "Gouvernement est déterminé à combattre toutes les formes de terrorisme" dit le gouvernement, en attendant l'avancée de cette enquête, à Joué-lès-Tours. Ce matin, les jours des trois policiers blessés n'étaient plus en danger.

 

 A LIRE AUSSI ►►►Policiers agressés à Joué-lès-Tours : la piste terroriste évoquée

Prolongez votre lecture autour de ce sujet

tout l'univers Faits-divers

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.