Comment lutter contre le harcèlement scolaire ?

Deux suicides de collégiens victimes de brimades viennent de se produire coup sur coup. Parmi les armes du ministère de l'Education : l'écoute des jeunes harcelés.

Un élève du collège Albert-Camus de La Rochelle (Charente-Maritime) a tenté de s\'immoler par le feu, le 15 février 2013.
Un élève du collège Albert-Camus de La Rochelle (Charente-Maritime) a tenté de s'immoler par le feu, le 15 février 2013. (XAVIER LEOTY / AFP)

Une adolescente de 13 ans écrit une lettre évoquant les brimades qu’elle subit avant de se suicider, le 13 février dans l’Essonne. Cinq jours plus tôt, Matteo, un collégien du même âge, est retrouvé pendu dans sa chambre, en Savoie. Le garçon se plaignait d’être victime de discrimination en raison de ses cheveux roux. Les drames causés par le harcèlement scolaire existent depuis longtemps, mais depuis quelques années, le problème semble prendre de l’ampleur en raison de l’émergence des nouvelles technologies.

Comme le montre la vidéo ci-dessus, en janvier 2012, un plan d’actions intitulé Agir contre le harcèlement à l’école a vu le jour. Il est venu notamment répondre au travail d’enquête confié par Luc Chatel au chercheur Eric Debarbieux, spécialiste de la violence scolaire, qui a mis en lumière les 10% des collégiens victimes de harcèlement (6% seraient gravement touchés).

Prendre en compte la puissance des réseaux sociaux

Le problème du harcèlement n’est pas nouveau. "Il y a toujours eu des boucs émissaires dans les classes", réagit le spécialiste de l’éducation Vincent Troger. Contacté par francetv info, le chercheur explique néanmoins que ce genre de violences avait tendance à se banaliser. "Le travail d’Eric Debarbieux a eu le mérite d’attirer l’attention sur des souffrances bien réelles", estime-t-il. Pour lui, le harcèlement ne prend pas des formes plus brutales qu’avant, mais il peut devenir "permanent en raison des nouvelles technologies".

Eric Debarbieux, l’auteur du rapport sur le harcèlement scolaire, ajoute que "le phénomène est devenu plus compliqué, avec Facebook et les autres réseaux sociaux... Il suffit d’une fois, d'un seul acte de harcèlement, pour que cela se répète à l’infini." Contacté par francetv info, le nouveau délégué ministériel de Vincent Peillon chargé de la lutte contre les violences scolaires évoque le chiffre de 15 à 20% de jeunes touchés par la cyberviolence. 

Améliorer l’écoute des victimes

Dans son rapport de 2011, Eric Debarbieux propose toute une série de mesures visant à lutter contre le harcèlement scolaire. Toutes ses préconisations ne sont pas encore appliquées, mais le sociologue souligne les progrès effectués : "Le ministère a mis en place un numéro de téléphone gratuit pour les victimes [0 800 200 000], des référents dans chaque département..." Des mesures qui visent surtout à améliorer l’écoute, puisque pour le chercheur, "le plus terrible reste l’isolement des victimes". Autre mesure importante : tous les deux ans, de nouvelles enquêtes seront conduites dans les établissements pour évaluer l’étendue du problème.

Eric Debarbieux reconnaît qu’il faut continuer à avancer, notamment sur la communication. "Il est nécessaire que toutes les familles connaissent les procédures existantes", affirme-t-il. Il souhaite également travailler sur la "justice restaurative". "Il s’agit de prendre aussi l’agresseur en compte, car les sanctions comme l’exclusion ne sont pas toujours efficaces." L’idée est notamment de rétablir le dialogue et la confiance entre la victime et son agresseur. Le délégué ministériel est en train de travailler sur d’autres solutions qu’il présentera avec Vincent Peillon le 26 février.

Aider les établissements malgré le manque de moyens

Sur la justice restaurative, Vincent Troger apparaît sceptique : "Il faut convoquer la victime, l’agresseur, leurs parents respectifs, cela demande de mobiliser beaucoup de moyens, c’est incroyablement chronophage." D’une manière générale, le chercheur met en garde contre la multiplication des sollicitations dans les établissements scolaires. "On demande à l’école d’assumer de plus en plus de fonctions éducatives lourdes avec des moyens constants, les établissements doivent donc faire des choix en fonction de leurs priorités", explique-t-il.

Justine Atlante, présidente de l’association e-enfance, contactée par francetv info, confirme ce manque de moyens. Son association participe au plan mis en place en janvier 2012. La présidente constate une augmentation constante de la demande des établissements pour des sensibilisations sur la cyberviolence.

Former les enseignants

Eric Debarbieux comme Vincent Troger tombent d’accord sur l’importance de la formation des professeurs pour faire face à la violence dans les classes. Si le dernier s’inquiète du projet présenté par Vincent Peillon, qui ne tiendrait pas suffisamment compte de ce besoin de formation, Eric Debarbieux tient à le rassurer : "On va mettre en place des formations pour apprendre aux personnels éducatifs à identifier les risques, on va également former des référents académiques, des formateurs."

Eric Debarbieux souhaite convaincre que sa délégation ministérielle ne symbolise pas "un énième comité Théodule", mais bien une structure chargée d’agir concrètement sur le terrain. Il défend une vision de long terme sur ce problème du harcèlement scolaire. "Les Finlandais ont mis quinze ans avant d’obtenir des résultats", constate-t-il.