Ce que l'on sait sur les violences à Tourcoing

Quatorze voitures ont été incendiées et 12 personnes interpellées, dans la nuit de jeudi à vendredi, après un accident mortel impliquant la police, lundi.

Des voitures incendiées, le 3 juin 2015, dans le quartier de la Bourgogne, à Tourcoing (Nord).
Des voitures incendiées, le 3 juin 2015, dans le quartier de la Bourgogne, à Tourcoing (Nord). (CITIZENSIDE/THIERRY THOREL / AFP)

La tension reste palpable. Quatorze voitures ont été incendiées et 12 personnes interpellées, dans la nuit du jeudi 4 au vendredi 5 juin, à Tourcoing (Nord). C'est la quatrième nuit de violences que connaît la ville depuis la mort, lundi, d'un passager d'un véhicule, victime d'un accident après avoir refusé de s'arrêter lors d'un contrôle de police. Francetv info revient sur ce drame qui a enflammé Tourcoing.

Comment s'est déroulé l'accident ?

Selon le parquet de Lille, les faits se sont déroulés dans la nuit de dimanche à lundi, vers 2h15. Voyant une Peugeot, avec trois personnes à bord, griller un feu rouge, un véhicule de police-secours décide de l'intercepter. Les policiers allument leur gyrophare et leur sirène "deux-tons" en mode nuit (à chaque intersection).

Le conducteur de la Peugeot se rend alors compte de la présence des policiers et accélère. "Il a fait des embardées, des zigzags sur la route pour empêcher le véhicule de police-secours de se porter à sa hauteur", a indiqué le procureur, jeudi. Le véhicule franchit alors trois autres feux au rouge. La route est glissante et les policiers décident de ralentir, permettant au véhicule poursuivi de prendre de la distance.

Les policiers perdent alors de vue la Peugeot, qui prend un virage, réputé comme dangereux à Tourcoing. Lorsque les policiers franchissent à leur tour le virage, "ils se rendent compte que la Peugeot a percuté un arbre", selon le procureur. Les forces de l'ordre s'arrêtent, appellent les secours et portent assistance aux passagers de la voiture. La fuite a duré moins d'une minute. Un occupant de la voiture, Pierre-Eliott Zighem, est décédé et deux autres ont été blessés, dont un très gravement.

Comment la situation s'est-elle envenimée ?

La nuit suivant l'accident, cinq à six voitures ont été incendiées et quelques feux de poubelles ont été dénombrés. Des véhicules de police ont fait l'objet de jets de pierres, tout comme un bus de la régie Transpole. Vingt-quatre heures plus tard, de nouveaux incidents ont été signalés, incitant le père de la victime à lancer un appel au calme sur France 3 Nord-Pas-de-Calais.

Mercredi, 150 personnes ont participé à une marche silencieuse à Tourcoing, peu après que le père a annoncé le dépôt d'une plainte : "Mon fils n'est pas quelqu'un de violent. Je veux comprendre ce qui s'est passé."

Dans la nuit de mercredi à jeudi, nouvelles scènes de violences. Une vingtaine de véhicules ont été incendiés et deux voitures de police sont prises pour cible, donnant lieu à 20 interpellations, selon France 3 Nord-Pas-de-Calais. Le lendemain, le préfet a appelé "tous les acteurs sociaux et associatifs à s’engager afin de prévenir de nouvelles violences. Les forces de l’ordre resteront mobilisées pour lutter contre tous nouveaux agissements et rétablir l’ordre dans les meilleurs délais". Le maire, Gérald Darmanin (Républicains), a aussi appelé au retour de "l'ordre républicain".

Karim, un habitant de Tourcoing âgé de 42 ans, a regretté que les forces de l'ordre "viennent, passent, provoquent, font en sorte que ça monte. Les jeunes, pour eux, c'est un jeu, ils ont de 17 à 19 ans, ils se confrontent, s'enfuient... Ça va partir en vrille."

Jeudi soir, pour la quatrième nuit d'affilée, malgré le déploiement d'environ 150 policiers et gendarmes appuyés par un hélicoptère, 14 voitures ont été incendiées et 12 personnes interpellées. Les faits se sont à nouveau déroulés dans le quartier sensible de la Bourgogne, en proie à un fort chômage. Les pompiers sont aussi intervenus pour maîtriser des incendies dans les communes voisines de Roubaix et Wattrelos.

Quelles sont les versions qui s'affrontent ?

Outre la version du procureur, une autre version a les faveurs des habitants du quartier. L'un d'entre eux a rapporté "une course-poursuite de 10 à 12 minutes. Les policiers ont donné des coups de pare-choc qui ont envoyé la voiture dans l'arbre."

Jeudi après-midi, le procureur de Lille a souhaité "rétablir la vérité" sur l'accident. "Les policiers ont fait tout leur travail et rien que leur travail. Ils ne sont en rien impliqués", a affirmé le magistrat. L'enquête a permis de montrer que le véhicule faisait l'objet d'une mesure d'immobilisation pour défaut d'assurance. "Le passager arrière nous l'a confirmé. Le conducteur (le) savait et ne voulait pas payer une amende s'il était pris", a rapporté le procureur.