RECIT. D'Aubervilliers à Amiens, la cavale express du convoyeur de fonds Adrien Derbez qui s'est volatilisé avec 3 millions d'euros

Plus de 1,5 million d'euros n'ont pas été retrouvés au lendemain de l'interpellation  d'un convoyeur de fonds qui avait disparu lundi avec une grande partie du chargement de son fourgon blindé.

Le convoyeur de fonds Adrien Derbez a disparu avec son fourgon, le 11 février 2019 à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis) avant d\'être retrouvé le lendemain.
Le convoyeur de fonds Adrien Derbez a disparu avec son fourgon, le 11 février 2019 à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis) avant d'être retrouvé le lendemain. (PREFECTURE DE POLICE DE PARIS)

Il est 6 heures du matin, lundi 11 février, quand les trois convoyeurs de fonds commencent leur mission du jour. La camionnette blanche de la société Loomis fait un arrêt à Aubervilliers, sur l'avenue Jean-Jaurès, qui coupe en deux la ville de Seine-Saint-Denis. Comme le veut la procédure, deux d'entre eux descendent du véhicule pour ravitailler une agence Western Union, pendant que le troisième reste au volant du fourgon. Mais quand les deux hommes reviennent à l'endroit où était garé le véhicule, ils ne trouvent plus personne. Le chauffeur, Adrien Derbez, s'est volatilisé, avec le fourgon.

"Les portes étaient ouvertes"

Le véhicule est retrouvé à quelques rues de là. "Il était là, juste à l'angle, derrière le chantier. Les portes arrière étaient ouvertes. C'est la première fois que je voyais ça", raconte un témoin, interrogé par France 3. A l'intérieur, les soixante sacs de billets de banque ont disparu. Montant total du butin : trois millions d'euros.

Le convoyeur a-t-il été braqué ? S'est-il enfui avec le contenu du coffre grâce à un complice qui l'attendait dans un autre véhicule ? Ces questions restent en suspens et la société Loomis, à qui appartenait le camion, se refuse à tout commentaire. Tout le monde a évidemment en tête le cas de Toni Musulin, un autre convoyeur de fonds qui, en 2009, avait disparu à Lyon avec son fourgon, transportant plus de 11 millions d'euros.

"Jeune calme, sympa et sociable"

L'enquête se concentre rapidement sur Adrien Derbez. Un appel à témoins est diffusé, mardi, pour retrouver l'homme de 27 ans, mesurant "entre 1,75 et 1,80 m", avec des "cheveux bruns, des yeux marron et une corpulence athlétique". "L'individu est susceptible d'être armé et dangereux", ajoute le communiqué de la préfecture de police de Paris. Selon la brigade de répression du banditisme, qui mène l'enquête, une "arme longue en dotation collective", présente dans le camion, a également disparu.

La presse commence à enquêter sur l'homme, qui réside à Aubervilliers, non loin de l'agence Western Union où il s'est volatilisé. Officiellement du moins, car son appartement était quasiment vide, selon un voisin interrogé par Le Parisien. Né à Marseille (Bouches-du-Rhône), il a aussi vécu à Amiens (Somme) de 2013 à 2016, ville où il pratiquait la boxe thaï. Dans les pages du Parisien, son entraîneur Didier Jamel décrit un "jeune calme, sympa et sociable".

Adrien Derbez était, par ailleurs, inscrit au fichier du traitement des antécédents judiciaires (TAJ) pour "refus d'obtempérer" et "dégradations". Des faits commis à Amiens en 2015, selon une source policière citée par l'AFP.

"L'individu essayait de s'échapper"

C'est dans la Somme que se termine sa cavale. La police détient une information selon laquelle Adrien Derbez se cache dans un appartement de Saint-Acheul, un quartier d'Amiens. Mardi, vers 17 heures, les policiers de la brigade de recherche et d'intervention (BRI), de la police judiciaire de Lille et de la brigade de répression du banditisme (BRB) sont mobilisés. Ils interpellent d'abord une complice, une femme, alors qu'elle est sur le pas-de-porte. Un homme, qui l'accompagne, parvient à prendre la fuite.

Il ne s'agit pas d'Adrien Derbez qui, lui, se trouve bien dans l'appartement. Quand les policiers débarquent, il tente bien de s'enfuir par la fenêtre en sautant du deuxième étage, selon BFMTV, mais il atterrit sur le balcon de l'étage d'en dessous, où il a été interpellé. Aucun coup de feu n'a été échangé, selon une source policière à France 2.

Ça s'est passé dans le calme, aucun cri, aucun coup de feu. Ils ont fracturé la porte, ils sont rentrés en criant 'police', et quand ils ont vu que l'individu essayait de s'échapper, ils sont descendus rapidement.Un témoin de l'arrestationà BFMTV

Les policiers trouvent ensuite "plusieurs sacs remplis de billets". Mais après comptage, ils découvrent qu'un million et demi d'euros ont disparu. 

Une enquête interne chez Loomis

Adrien Derbez et sa complice présumée sont alors placés en garde à vue. L'enquête doit désormais déterminer comment l'homme de 27 ans a pu dérober le contenu du coffre, auquel il n'aurait pas dû avoir accès en tant que conducteur du fourgon. D'après Denis Fous, délégué CFDT chez Loomis interrogé par Le Parisien, seul le "messager", qui veille sur les fonds à l'intérieur du camion, a accès au chargement.

De son côté, Loomis a ouvert une enquête interne. Celle-ci devra "établir comment, et avec la complicité de quelles personnes, ce convoyeur a pu agir", explique à franceinfo l'avocate de la société, Claudia Chemarin, avant de prévenir : "Des sanctions seront prises", si les investigations démontrent des complicités internes.

Mercredi matin, deux nouvelles personnes – un homme et une femme – ont été placées en garde à vue, a appris franceinfo de source proche du dossier. L'une des personnes arrêtées se présente comme étant la propriétaire de l'appartement du quartier de Saint-Acheul, où Adrien Derbez a été interpellé.

Deux armes ont été saisies dans un autre appartement d'Amiens, où la complice présumée interpellée avec Adrien Derbez s’était rendue. Il s'agit du fusil à pompe et du pistolet de la société Loomis qui se trouvaient dans le camion. L'homme qui a pris la fuite lors de l'interpellation est toujours recherché.