Bourges : quatre questions sur l'affaire de maltraitance d'une fillette de 6 ans

Cinq personnes d'une même famille ont été mises en examen jeudi. La fillette avait été amenée "sous une fausse identité" samedi au centre hospitalier de Bourges. 

L\'hôpital de Bourges (Cher), où a été transportée une fillette de 6 ans, victime de maltraitance, le 30 décembre 2017. 
L'hôpital de Bourges (Cher), où a été transportée une fillette de 6 ans, victime de maltraitance, le 30 décembre 2017.  (MAXPPP)

Elle présentait de multiples ecchymoses, des traces de morsure et de brûlures. Une fillette de 6 ans a été conduite sous une fausse identité à l'hôpital de Bourges (Cher), samedi 30 décembre. Cinq jours plus tard, cinq membres de sa famille ont été mis en examen. La mère de l'enfant, âgée de 22 ans, et son compagnon âgé de 24 ans, sont poursuivis pour "actes de torture et de barbarie" et placés en détention provisoire jeudi 4 janvier. Voici les quatre questions qui se posent sur cette nouvelle affaire de maltraitance infantile. 

Comment la maltraitance de l'enfant a-t-elle été découverte ? 

Samedi, une femme se présente à l'hôpital de Bourges avec une fillette de 6 ans dans les bras. L'enfant, dans le coma, est immédiatement pris en charge par les médecins urgentistes. Selon La République du Centre, cette personne était accompagnée de deux autres femmes, qui disent ne pas les connaître et les avoir trouvées dans la rue. Pendant que les médecins auscultent la petite fille, la mère, qui avait donné une fausse identité, ainsi que les deux autres femmes, disparaissent dans la nature.

Selon le parquet, l'enfant présente "de multiples ecchymoses, ainsi que des traces de morsure et de brûlures et un hématome sous-dural (épanchement de sang dans la boîte crânienne) compressif". Au vu de la gravité de son état de santé, elle est transférée vers l’hôpital de Tours. Le personnel de l'hôpital prévient la police. 

Comment sa famille a-t-elle été retrouvée ?

Les policiers découvrent rapidement la véritable identité des trois personnes qui ont emmené la fillette à l'hôpital. Il s’agit bien de la mère de l'enfant, accompagnée de la mère et de la sœur de son compagnon. 

Ces deux dernières sont interpellées à Bourges tandis que la mère de l'enfant et son compagnon, âgés de 22 et 24 ans, sont arrêtés à Toulouse, où ils avaient pris la fuite. Ils sont mis en examen jeudi soir pour "actes de torture et de barbarie commis de manière habituelle sur mineur de quinze ans" et placés en détention provisoire. Selon La République du Centre, le compagnon ne reconnaît pas être le père de l’enfant.

Sa mère et sa sœur sont mises en examen pour non-dénonciation de mauvais traitement sur mineur de quinze ans. Son frère est en outre mis en examen pour non-assistance à personne en danger. Tous trois sont placés sous contrôle judiciaire.

Cette petite fille était-elle connue des services sociaux ?

Oui. Les actes de maltraitance subis par la fillette étaient connus des services sociaux. Son frère, âgé de 5 ans, avait été placé dans une famille d'accueil il y a quelques mois. "La petite fille faisait l'objet d'une procédure d'assistance éducative depuis le mois de juin 2017. Le juge des enfants avait ordonné son placement au mois d'octobre. Cependant, ni les services sociaux ni les services de police n'étaient parvenus à retrouver l'enfant, sa mère ayant manifestement fait tout son possible pour s'y soustraire", a indiqué le procureur de la République de Bourges, Joël Garrigue. 

Les services sociaux du Cher n'ont pris connaissance du dossier que le 21 novembre. Ils ont alors effectué trois visites au domicile de la mère et de son compagnon, entre le mois de novembre et décembre. Le procureur de Bourges affirme que les recherches ont continué mais que la mère faisait tout pour que sa fille ne soit pas retrouvée. Elle avait notamment déscolarisé la fillette. Dans ce cas, "les moyens de coercition sont relativement faibles", souligne-t-il. 

C'est une affaire où le comportement de tout le monde a été assez irrationnel.Joël Garrigue, procureur de la République de Bourgesà France 3

"On a une mère qui a fait tout ce qu'elle pouvait pour soustraire sa fille aux services sociaux et au juge des enfants, tout en étant incapable de la protéger et en étant violente avec elle, poursuit le magistrat, interrogé par France 3. Un compagnon qui a été lui aussi violent à l'égard de la petite et une famille et un entourage qui est resté totalement passif sans rien dénoncer, sans essayer de venir en aide d'une façon ou d'une autre à cette petite fille."

Ce drame aurait-il pu être évité ? 

Martine Brousse, présidente de l’association La Voix de l’Enfant, s'est dite  "choquée, en colère et en même temps désespérée", vendredi sur franceinfo. "Cette famille était connue des services sociaux, de la justice, des magistrats, d'un juge pour enfants et une fois encore, on n'a pas su protéger cette petite fille", a-t-elle regretté. 

La Voix de l'Enfant va se porter partie civile dans cette affaire mais l'association est aussi prête à poursuivre les services sociaux et la justice car "il y a un juge des enfants qui a pris une décision en octobre, qui, en décembre, n'était toujours pas appliquée".

Selon Rodolphe Costantino, l'avocat de l'association Enfance et Partage, le procureur aurait dû ouvrir une enquête préliminaire pour soustraction d'enfant et mobiliser les moyens nécessaires pour extraire la fillette de son milieu familial. "Il va falloir une bonne fois pour toutes que les parquets comprennent, (…) que quand on est dans une affaire de maltraitance les minutes comptent, pas les heures, les minutes parce que le coup parti trop vite, c'est dans une immédiateté qui nécessite qu'on ne prenne pas son temps", a-t-il expliqué sur franceinfo.

Tous les dossiers qui finissent comme ça, en catastrophe, sont des dossiers dans lesquels on n'a pas pris les mesures de l'urgence.Rodolphe Costantino, avocat d'Enfance et Partageà franceinfo

De son côté, le procureur de Bourges, Joël Garrigue, a affirmé à franceinfo qu'il était trop tôt pour ouvrir une enquête préliminaire pour soustraction d'enfant. Il assure qu'il l'aurait fait si l'enfant avait été introuvable plus longtemps. Un argument balayé par Rodolphe Costantino : "Peut-être qu'un enfant qui disparaît comme ça, cela n'en vaut pas la peine mais on peut trouver n'importe quel terroriste planqué on ne sait où, on peut trouver je ne sais quel ancien nazi de l'autre côté de l'Atlantique."