Attentat en Isère : ce que l'on sait de Yassin Salhi

Le principal suspect dans l'attentat de Saint-Quentin-Fallavier en Isère, est un homme de 35 ans originaire du Doubs et qui s'est installé à Saint-Priest à côté de Lyon fin 2014. Il est marié depuis plus de dix ans et père de trois enfants. Entre 2006 et 2008, il fait l'objet d'une "fiche S", pour "sûreté de l'Etat", à cause de ses liens avec la mouvance salafiste lyonnaise.

(Perquisition au domicile de Yassin Salhi, à Saint-Priest (Rhône) © Maxppp)

"Discret". A Saint-Priest, où Yassin Salhi est installé depuis la fin 2014, tous les voisins ont ce qualificatif à la bouche. L'homme de 35 ans habite cette ville de la banlieue lyonnaise avec sa femme et ses trois enfants. Il est marié depuis plus de dix ans, ses enfants ont entre six et neuf ans.

Liens avec la mouvance salafiste

Yassin Salhi est né le 25 mars 1980 à Pontarlier, dans le Doubs, près de la frontière suisse. Son père, d'origine algérienne, meurt quand il est adolescent, et il grandit avec sa mère, d'origine marocaine, dans cette commune du Jura. C'est un adolescent sans histoire.

Jusqu'à l'attentat de vendredi, il avait d'ailleurs un casier judiciaire vierge. Mais entre 2006 et 2008, les services de renseignements ouvrent une fiche à son nom. Une fiche "S", pour "Sûreté de l'Etat". Il est signalé en raison de ses liens avec un homme qui est alors dans le collimateur des policiers antiterroristes, Frédéric Jean Salvi, qui se fait appeler le "grand Ali".

Signalés à plusieurs reprises

L'homme est un converti qui s'est radicalisé alors qu'il purgeait une peine à Besançon pour trafic de stupéfiants. Il est aujourd'hui en fuite et est soupçonné d'être impliqué dans des attentats terroristes en Indonésie. Ces liens de Yassin Salhi avec la mouvance salafiste inquiètent les forces de l'ordre, mais pas au point de l'arrêter.

Entre 2011 et 2014, la DGSI ne s'intéresse d'ailleurs que "ponctuellement " au père de famille. En 2013, il déménage à Besançon, et fait l'objet d'une note des renseignements car il fréquente une mouvance salafiste autour de la mosquée de la ville. En 2014, une de ses voisines le signale également. Le comportement du jeune homme lui semble suspect, et selon elle il organise régulièrement des réunions où l'on parle du djihad, de la Syrie et du Mali. Mais la femme refuse d'être entendue par le service central du renseignement territorial qui transmet l'information à la DGSI.

Selfie macabre

Rien pour autant n'indique son appartenance à un réseau terroriste, ni qu'il a agi sur commande. Les enquêteurs n'ont pour le moment trouvé aucune trace d'aide logistique, d'armes ou de documents de propagande. Il n'y a pas non plus de trace de voyages en Syrie. Les policiers s'intéressent désormais à son ordinateur portable et à son téléphone. Ce samedi, ils ont trouvé sur ce dernier la trace d'un "selfie" avec la tête de sa victime, le chef d'entreprise retrouvé mort décapité vendredi.

Cet autoportrait a été envoyé sur la messagerie WhatsApp vers un numéro nord-américain, a précisé une source proche du dossier. La localisation du contact de Yassin Salhi n'est toutefois pas établie, ce numéro pouvant être un simple relais avant un rebond vers une autre destination, a-t-elle mis en garde. Les enquêteurs vont s'employer à retracer le trajet de ce cliché pour identifier son destinataire, en France ou à l'étranger.

Les policiers creusent aussi la thèse d'un différent avec son patron, qu'il aurait mis en scène dans un contexte national marqué par les attentats de janvier. Si cette piste se confirmait, Yassin Salhi ne serait plus l'auteur d'un acte terroriste, mais d'un assassinat.