Attentat déjoué : le suspect en contact avec une personne pouvant se trouver en Syrie

Le procureur de la République de Paris a révélé mercredi après-midi les circonstances de l'arrestation de Sid Ahmed Ghlam, un jeune homme qui projetait un attentat contre des églises. L'enquête se concentre sur les complicités éventuelles, les sources de financement et la provenance des armes.

(Le procureur de la République de Paris, François Molins © Maxppp)

Au cours de la conférence de presse qu'il a donné ce mercredi, le procureur de la République de Paris, François Molins, est revenu sur les circonstances qui ont conduit les policiers à interpeller un étudiant en informatique de 24 ans, soupçonné d'avoir préparé un attentat contre des églises en région parisienne et d'avoir tué une jeune femme, Aurélie Châtelain.

Les soupçons des policiers

C'est le contenu de sa voiture qui a mis la puce à l'oreille des policiers venus accompagnés le SAMU appelé dimanche par le jeune homme pour une blessure par balles. En regardant par la vitre, ils ont vu un gyrophare et des traces de sang sur le fauteuil du conducteur. Le jeune homme refusant la fouille de sa voiture, les policiers ont décidé alors de procéder à une perquisition en règle. Et là, ils ont découvert une kalachnikov chargée, des chargeurs supplémentaires, un pistolet et un revolver et des gilets pare-balles. Un arsenal accompagné, l'information avait déjà circulée, par des documents manuscrits sur des cibles et des méthodes d'opération.

La section anti-terroriste de la brigade criminelle de la police judiciaire de Paris et la direction de la sécurité intérieure vont rapidement mener des investigations en direction des éventuelles complicités. Des éléments sont ressortis de ce côté dès la perquisition menée chez le suspect. Placé en garde à vue à l'hôpital du fait de sa blessure à la jambe. Trois nouveaux fusils d'assaut kalachnikov sont découverts, ainsi que d'autres gilets pare-balles. Les enquêteurs trouvent aussi des brassards et des chasubles siglées police, 2.000 euros en liquide, du matériel informatique et des documents en arabe qui évoquent Al-Qaïda et l'Etat islamique.

Des églises ciblées

L'analyse du matériel informatique a révélé que le jeune homme était en contact avec une personne pouvant se trouver en Syrie et que c'est cette personne qui lui aurait demandé de cibler tout particulièrement des églises. Les notes manuscrites et le GPS de la voiture ont confirmé cet objectif des terroristes. La Justice a donc décidé la requalification des faits en association de malfaiteurs en vue de la préparation d'actes terroristes.

Le meurtre d'Aurélie Châtelain

Ce même GPS a confirmé la présence du suspect  à Villejuif le 19 avril, au moment du meurtre d'Aurélie Châtelain dans sa voiture. L'homme avait en effet effectué des recherches sur les églises de Villejuif et la jeune femme se trouvait à moins de 2 km de l'une d'entre elles. La victime, tuée d'une seule balle, a précisé le procureur, gisait sur le siège passager. La douille de revolver retrouvée dans sa voiture correspond à celles qui se trouvaient dans le chargeur de l'une des armes du suspect. L'expertise balistique a confirmé que la balle tirée sur Aurélie Châtelain a été tirée par l'arme en question. Pour couronner le tout, de l'ADN du suspect a été retrouvé dans la voiture de la victime, tandis que du sang de la jeune femme a été retrouvé sur la parka du terroriste présumé. Il a donc été inculpé d'assassinat en relation avec une entreprise terroriste.

"Déclarations fantaisistes "

Le magistrat est ensuite revenu sur les déclarations du mis en cause lors des auditions, jugées "fantaisistes " : il a expliqué qu'il "disposait de nombreuses armes et que cela lui faisait peur et qu'il avait décidé subitement de s'en débarrasser en les jetant dans la Seine. Il se serait rendu sur le pont de Tolbiac ou de Bercy pour jeter les armes mais il se serait blessé lui-même à la suite d'une mauvaise manipulation en se tirant une balle dans la jambe. Il aurait donc décidé de reprendre toutes les armes et de repartir chez lui afin d'appeler les secours ", détaille François Molins. Une version, souligne le procureur, démentie par les constatations faites sur le GPS de sa voiture. Après ces déclarations, il s'est enfermé dans le mutisme, invoquant son droit au silence. 

Garde à vue de six jours probable

François Molins a confirmé l'arrestation d'un proche du suspect ce mercredi matin à Saint-Dizier, sans préciser s'il s'agissait de sa compagne. Selon lui, l'enquête se concentre à présent sur les complicités éventuelles, les sources de financement et la provenance des armes. Mais aussi sur les raisons et les circonstances de la mort d'Aurélie Châtelain, dont le meurtre reste pour l'instant un mystère. La garde à vue du suspect a été prolongée de 48h. Elle pourrait atteindre six jours.