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Attaques terroristes : trois interrogations après la vidéo de revendication de Coulibaly

Louis Caprioli, ancien responsable de la lutte antiterroriste à la DST, la Direction de la surveillance du territoire, confie à francetv info son analyse du document posthume.

Article rédigé par Hervé Brusini
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min
Capture d'écran de la vidéo dans laquelle Amedy Coulibaly revendique l'attaque qui a tué une policière municipale à Montrouge (Hauts-de-Seine), diffusée sur internet le 11 janvier 2015. ( ARVIX.ORG / FRANCETV INFO)

Les policiers avaient beau s’y attendre, la publication, dimanche 11 janvier, de la vidéo de revendication posthume dans laquelle apparaît le tueur de l’Hyper Casher et de Montrouge, Amedy Coulibaly, est un signe que le niveau d’alerte ne peut que rester élevé.

Car, l’existence de ces images, et la sophistication – même relative  – de la vidéo supposent qu’un ou des complices de Coulibaly, se sont "mis au travail" pour réaliser, et poster cette vidéo après ces attaques. "C’est une évidence, déclare Louis Caprioli, ancien responsable de l’antiterrorisme à la DST, la Direction de la surveillance du territoire. Un tel document suppose des intervenants tant dans la prise de vue, que dans le montage, ou la mise en ligne. Il y a là autant de pistes que de questions."

1Comment ces vidéos ont-elles été réalisées ?

La réalisation est bâtie sur la technique du détournement. La matière première vient du son d’une séquence diffusée par France 2 dans le journal de 20 heures, le 10 janvier. Les images sont celles de l’assaut lancé par le Raid sur le magasin casher, enregistré par un vidéaste amateur. Et c’est le commentaire de la journaliste de la chaîne publique qui est détourné. Il est placé, agencé en contrepoint de phrases écrites en blanc sur fond noir. Des phrases qui exaltent l’action du terroriste. Là est le premier signe d’un savoir-faire de celui ou ceux qui ont fabriqué ce message. A l'instar de ce que "produit" en termes de communication l'organisation Etat islamique.

La prise de vue est peut-être réalisée à l’aide d’une caméra type GoPro, mais le son laisse supposer l’usage d’un autre matériel. A l’image, un fusil kalachnikov est quasi omniprésent. "Les armes que l’on aperçoit ne sont pas celles que l’on utilise au Sahel. Elles sont d’un modèle moderne, constate Louis Caprioli. On sait que les frères Kouachi disposaient eux aussi d’armes sophistiquées, cela veut dire que de vrais stocks d’armes de guerre sont en circulation." 

2Quand ces images ont-elles été tournées ?

Coulibaly a tourné plusieurs séquences avant même d'être passé à l'acte selon les policiers. Mais une autre pourrait avoir été tournée alors même qu’il avait déjà fait une première victime à Montrouge, le 8 janvier. Tous ces propos sont entrecoupés de questions écrites auxquelles l’homme qui parle semble répondre. Ce n’est là qu’un pur effet de montage.

Ces enregistrements ont eu lieu à des moments différents et dans des lieux divers. Coulibaly y apparaît tantôt en tenue d’homme combattant avec vêtements de camouflage, ou en djellaba. Les thématiques sont à chaque fois diverses.

Le message se termine par l’apparition des images de l’assaut donné par les forces de l’ordre porte de Vincennes. Fondu enchaîné. Là encore, un signe d’une maîtrise réelle de la communication par le ou les complices de Coulibaly.

3D'où a été postée la vidéo ?

Selon France 2, le document aurait été "posté" depuis Raqqa, en Syrie, l’un des lieux du commandement de l’organisation État islamique. Quoi qu’il en soit, la structure même de cette vidéo correspond point par point à la forme habituelle des textes de revendication de ces jihadistes.

"De toute évidence, une stratégie de communication a été mise en place avant même d’avoir commis ces atrocités, confie Louis Caprioli. Et là on peut s’interroger sur les liens profonds qui devaient exister entre les frères Kouachi et Coulibaly."

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