Attaques terroristes : "L'information est menacée", selon les rédactions sanctionnées par le CSA

Les patrons des médias, épinglés par le gendarme de l'audiovisuel pour leur traitement des attentats de janvier, s'unissent pour contester, dans une lettre publiée mercredi, les mises en demeure et mises en garde dont ils font l'objet.

Les véhicules des télévisions garés dans les rues de Dammartin-en-Goële (Seine-et-Marne), le 10 janvier 2015.
Les véhicules des télévisions garés dans les rues de Dammartin-en-Goële (Seine-et-Marne), le 10 janvier 2015. ( MAXPPP)

Après les rappels à l'ordre, la riposte. La quinzaine de médias tancés par le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) estime, mercredi 18 février, dans une lettre ouverte, que l'information est "menacée" par les sanctions de cette autorité concernant leur couverture des attentats en janvier contre Charlie Hebdo et contre l'épicerie casher.

"En l'absence de discussion contradictoire, le CSA a rendu une décision sans précédent, infligeant pas moins de 36 mises en demeure et mises en garde, jetant le discrédit sur le travail des rédactions de la quasi-totalité des radios et télévisions françaises publiques et privées", écrivent les directeurs des rédactions sanctionnées, dans une lettre intitulée "L'information menacée".

"La liberté de la presse est un droit constitutionnel. Les journalistes ont le devoir d'informer avec rigueur et précision. Le CSA nous reproche notamment d'avoir potentiellement 'attenté à l'ordre public' ou pris le risque 'd'alimenter les tensions au sein de la population'. Nous le contestons", poursuivent les patrons de TF1, France 2, France 3, France 24, BFMTV, i-Télé, LCI, Euronews, France Inter, France Info, RTL, Europe 1, RMC et RFI.

"Se censurer ou se voir sanctionné"

La décision du CSA "doit donc interpeller les pouvoirs publics garants de la démocratie dont la liberté d'expression est le fondement", ajoutent ces responsables qui forment, à cette occasion, un front commun sans précédent contre le gendarme de l'audiovisuel. "Dans quelle autre grande démocratie reproche-t-on aux médias audiovisuels de rendre compte des faits en temps réel ?", poursuit la lettre ouverte, qui a été rédigée lors d'une réunion mardi à TF1.

"Comment peut-on imaginer que le CSA veuille, en 2015, renforcer encore le contrôle sur les médias audiovisuels français régulés quand l'information circule sans contrainte dans la presse écrite, sur les chaînes étrangères, sur tous les réseaux sociaux et les sites internet. N'est-ce pas nous placer dans une situation d'inégalité devant la loi ?" "Nous considérons que la décision du CSA porte en germe le danger d'une alternative : se censurer ou se voir sanctionné", avertissent ces médias qui "continueront à travailler en toute indépendance et en toute responsabilité".

Après avoir analysé 500 heures de programmes, le CSA a adressé, jeudi 12 février, à 16 médias 36 avertissements pour avoir, pendant leurs directs sur les prises d'otages de janvier, révélé des informations sensibles, susceptibles de mettre en péril la vie des otages. Avec la menace d'amendes ou d'autres sanctions en cas de récidive. La semaine dernière, les télés et radios concernées par les critiques du CSA avaient déjà vivement protesté, dénonçant une forme de censure qui ne profitera, selon elles, qu'au flot de rumeurs véhiculées par les réseaux sociaux.