"On est encore très loin de pouvoir affirmer qu'on doit enfermer les gens" fichés S et inscrits au FSPRT

David Le Bars, secrétaire général du Syndicat des commissaires de la police nationale, estime sur franceinfo que "le problème de la radicalisation" relève de la "liberté d'opinion", et n'est donc pas, en soi, un infraction.

Le secrétaire général du SCPN, David Le Bars, le 4 avril 2018.
Le secrétaire général du SCPN, David Le Bars, le 4 avril 2018. (LUDOVIC MARIN / AFP)

Le terroriste qui a tué un homme et a blessé quatre personnes samedi soir à Paris était fiché S et inscrit au fichier FSPRT. Cela relance la polémique autour de la pertinence et de la surveillance de ces personnes. Le parti Les Républicains propose notamment l'internement préventif des personnes les plus radicalisées. "Le problème de la radicalisation, c'est que c'est une liberté d'opinion et ça n'est pas une infraction", a répondu, lundi sur franceinfo, David Le Bars, secrétaire général du Syndicat des commissaires de la police nationale. "On est encore très loin de pouvoir affirmer qu'on doit enfermer les gens qui sont inscrits dans ces fichiers", a-t-il ajouté.

Est-ce que cette affaire révèle un problème avec le suivi de ces gens fichés S ?

Ça ne révèle pas de problèmes tant qu'on explique et qu'on fait de la pédagogie sur ce que sont les fiches S et le fichier FSPRT, puisque la polémique revient à chaque fois que la France subit un attentat. Les services de renseignement, leur mission principale, c’est la détection des menaces et l’aide à la décision. Tant qu'on ne le rappellera pas, on imaginera qu'on attend d'un service de renseignement de neutraliser des individus. Or, ce n'est pas leur mission première. Leur mission, c'est de détecter. Dans l’esprit collectif, les gens s’imaginent que c’est une surveillance. C’en est une mais pas 24h/24. La fiche S est un outil de travail qui ne vaut pas présomption de danger.

Qu'en est-il du fichier FSPRT ?

Il y a environ 19 000-20 000 noms. Ce fichier est uniquement accessible et disponible pour les services de renseignement et service judiciaires qui travaillent sur la matière terroriste. Si on parle d’enfermement préventif sur les individus inscrits dans ce fichier, c’est leur prêter le fait qu’ils soient auteurs d’infraction. En France, la liberté d’opinion est un principe constitutionnel. Or, la radicalisation n’est pas une infraction. C’est évident que pour un agent comme pour le grand public, c’est un drame absolu de voir qu’un individu passé dans les radars passe à l’action. C’est vécu comme un échec, personne ne va vous dire que c’est satisfaisant.
Une fois détecté, quel est l’arsenal juridique aux mains des policiers ? Là, ça appartient aux pouvoirs publics et au législateur de s’y pencher pour qu’on progresse sur la façon de traiter ces gens qui sont dans le radar et comment on peut faire pour les neutraliser en amont, de façon plus efficace.

La radicalisation d'un individu est difficile à cerner ?

C'est très difficile à juger, surtout quand vous avez affaire à un individu isolé. Le renseignement est beaucoup plus délicat. Si on commence à raisonner judiciarisation, infraction ou quel est le critère qui peut faire qu’il est dangereux ou pas, c'est beaucoup plus dur pour une personne seule d'évaluer son degré de dangerosité. Le problème de la radicalisation, c'est que c'est une liberté d'opinion et ça n'est pas une infraction. On est encore très loin de pouvoir affirmer qu'on doit enfermer les gens qui sont inscrits dans ces fichiers.