Attaque au couteau à Paris : que trouve-t-on dans le FSPRT, le fichier antiradicalisation dans lequel figurait Khamzat Azimov ?

Comme lui, plusieurs terroristes étaient recensés dans ce fichier moins connu du grand public que la désormais célèbre fiche S. Franceinfo vous explique en quoi consiste ce fichier central dans la lutte antiterroriste.

Des policiers dans les rues de Paris, le 12 mai 2018, après l\'attaque au couteau survenue dans le quartier de l\'Opéra. 
Des policiers dans les rues de Paris, le 12 mai 2018, après l'attaque au couteau survenue dans le quartier de l'Opéra.  (THOMAS SAMSON / AFP)

Khamzat Azimov, l'auteur de l'attaque au couteau dans le quartier de l'Opéra à Paris, n'était pas inconnu des renseignements. Ce Français de 20 ans d'origine tchétchène "avait attiré l'attention des services de renseignement" à cause de ses relations, a indiqué une source judiciaire, dimanche 13 mai. Depuis 2016, il était fiché S et était inscrit au Fichier des signalements pour la prévention de la radicalisation à caractère terroriste (FSPRT). 

Comme lui, plusieurs terroristes ayant commis des attaques en France étaient recensés dans ce fichier moins connu du grand public que la désormais célèbre "fiche S". Franceinfo décrypte ce fichier central dans la lutte antiterroriste.  

Combien de personnes sont concernées ? 

Le FSPRT contient 19 745 personnes, d'après un décompte publié par Matignon, en février dernier. Un chiffre en augmentation puisqu'en janvier 2017, il comptait "entre 15 000 et 16 000" individus, indiquait au Parisien le préfet Olivier de Mazières, alors responsable de l'état-major opérationnel de prévention du terrorisme.  

Parmi ces près de 20 000 personnes recensées, 77,3% sont des hommes et 22,7% des femmes. Enfin, 5% sont des mineurs, soit environ 1 000 fichés.

Comment est-il alimenté ? 

Le fichier a été créé par décret en mars 2015, deux mois après les attentats de Charlie Hebdo et de l'Hyper Cacher. Son but est clair : recenser les individus exclusivement identifiés comme des radicaux religieux. Il est alimenté grâce aux informations provenant des services de renseignement, des préfectures et grâce aux signalements fait par des particuliers auprès du Centre national d’assistance et de prévention de la radicalisation (CNAPR). 

En 2016, d'après Le Journal du dimanche, un appel sur dix passés à la plateforme donnait lieu à un signalement. "Le tri est effectué par une cellule de validation, qui doit savoir où fixer le curseur entre le rigorisme religieux, notamment salafiste, et la radicalisation qui peut conduire au terrorisme", expliquait alors l'hebdomadaire.

Quelles informations trouve-t-on dans ce fichier ?

Le fichier contient différents éléments sur les personnes repérées : leur identité, leur localisation, leur situation judiciaire et leurs éventuels liens avec d'autres personnes radicalisées. Le tout est mis à jour régulièrement. 

Toutes ces informations permettent aux services de sécurité d'adapter leur dispositif de surveillance. Le haut du spectre, les individus les plus dangereux, sont suivis par la DGSI. "Ils font tous l'objet de procédures judiciaires et beaucoup sont en détention", précise Olivier de Mazières, interrogé par Le Parisien. La grande majorité des personnes qui figurent dans le fichier est, elle, surveillée par le Service central du renseignement territorial, un service comparable aux anciens Renseignements généraux, ajoute le préfet. 

Enfin, on trouve, d'après les derniers chiffres publiés, 3 557 personnes dites "en veille", c'est-à-dire qui ne présentent normalement plus de danger. "Pour autant, ces dernières restent dans notre fichier pendant cinq ans, comme nous y autorise la Commission nationale de l'informatique et des libertés", explique Olivier de Mazières. 

Y a-t-il une différence avec les fiches S ?

Les deux fichiers sont totalement distincts et l'inscription sur l'un d'eux n'implique pas forcément une mention sur l'autre. Les désormais célèbres fiches S sont en réalité une sous-catégorie d'un autre fichier : le Fichier des personnes recherchées (FPR). Cette liste regroupe environ 400 000 individus aux profils très différents, allant des évadés de prison (fiches V) aux mineurs fugueurs (fiches M) en passant par les personnes signalées pour "atteinte à la sûreté de l'état" (fiches S).

Khamzat Azimov était à la fois fiché S et inscrit au FSPRT. C'était aussi le cas de Radouane Lakdim, le terroriste de Carcassonne et de Trèbes (Aube), et d'Adam Djaziri, l'auteur de l'attentat raté contre des gendarmes sur les Champs-Elysées. A l'inverse, Karim Cheurfi, le meurtrier du capitaine Xavier Jugelé sur la même avenue parisienne, était inscrit au FSPRT mais n'était pas fiché S, précise Le Monde