Attaque au couteau à Paris : ce qu'il faut retenir de la conférence de presse du procureur de Paris

François Molins a donné des précisions sur le parcours et le profil de l'assaillant, ainsi que sur l'un de ses amis, qui pourrait être mis en examen. Le procureur a également annoncé deux nouvelles interpellations dans le cadre de l'enquête.

Le procureur de la République de Paris, François Molins, le 12 mai 2018, dans le 2e arrondissement de Paris, après l\'attaque au couteau qui a fait un mort et quatre blessés.
Le procureur de la République de Paris, François Molins, le 12 mai 2018, dans le 2e arrondissement de Paris, après l'attaque au couteau qui a fait un mort et quatre blessés. (THOMAS SAMSON / AFP)

Il a fait le point sur l'enquête. François Molins, le procureur de Paris, a donné une conférence de presse, jeudi 17 mai, à 18 heures, sur l'attaque au couteau à Paris qui a fait un mort et quatre blessés samedi soir. Il a précisé des informations sur Khamzat Azimov, l'auteur de l'attaque abattu par la police, ainsi que sur Abdoul Hakim A., un de ses amis interpellés dimanche à Strasbourg. En outre, François Molins a annoncé l'interpellation de deux jeunes femmes proches des deux hommes. Franceinfo liste ce qu'il faut retenir de cette conférence de presse.

Sur le parcours de l'assaillant

"Samedi 12 mai dans la soirée, peu après 20h30, le terrorisme a frappé une nouvelle fois notre territoire", a commencé François Molins. "Le croisement des nombreux témoignages avec les données issues des bandes de vidéosurveillance a permis de reconstruire le cheminement suivant", a ensuite déclaré François Molins, avant de détailler le mode d'action du terroriste. "A 20h41, il a croisé rue Marsollier un jeune homme qui marchait tranquillement sur le trottoir. Il a attendu de le dépasser, puis s'est rapproché de lui par-derrière pour le frapper à plusieurs reprises et très violemment avec un couteau."

La victime, qui allait avoir 30 ans dans quelques jours, est décédée sur place d'une hémorragie interne aiguë occasionnée par dix plaies par arme blanche, dont une est compatible avec une tentative d'égorgement.François Molins

Le terroriste s'est ensuite dirigé vers l'avenue de l'Opéra, où il a successivement attaqué un homme, puis une jeune femme "qui se trouvait dans la file d'attente d'un restaurant". "A 20h43, il s'est engagé rue Gaillon où il a blessé à la tête une autre femme", a poursuivi le procureur de Paris. Peu de temps après, les caméras de vidéosurveillance l'ont filmé en train de porter un coup de couteau à un autre passant. Enfin, il s'en est pris à une dernière passante à l'intérieur du passage Choiseul.

"A 20h50, [l'assaillant] est sorti du passage Choiseul pour emprunter à nouveau la rue Saint-Augustin, où il s'est retrouvé face aux policiers qui l'ont neutralisé peu après", a encore détaillé François Molins. Le procureur est revenu sur ce face-à-face : "L'un des fonctionnaires armé de son Taser a tiré à deux reprises dans sa direction sans interrompre sa progression. (...) Un autre a tiré à deux reprises sur l'agresseur". Un récit conforme à celui du gardien de la paix interrogé par France 3.

"Les enquêteurs ont fait rapidement le rapprochement avec Khamzat Azimov, qu'ils avaient entendu quelques mois auparavant comme témoin, en avril 2017, dans le cadre d'une procédure", a-t-il encore précisé.

Sur son profil

François Molins a également confirmé ce que l'on sait de Khamzat Azimov. Né le 1er novembre 1997, il possédait la double nationalité russe et française, après avoir été naturalisé en 2010. Sa famille est arrivée en France en 2004. Ces derniers jours, ses parents ont été brièvement placés en garde à vue, puis relâchés. "Ils ont décrit leur fils comme un étudiant timide et ils [l'ont] reconnu formellement sur la vidéo d’allégeance à l'Etat islamique, mais ils ignoraient qu'il avait été entendu en avril 2017", a indiqué jeudi soir le procureur.

Khamzat Azimov poursuivait des études pour devenir infirmier, "après une première année de médecine ratée". "Il n'a jamais été condamné ou mis en cause par une enquête. Il était inscrit au fichier des signalements pour la prévention de la radicalisation à caractère terroriste", a confirmé le procureur de Paris.

La perquisition a permis de saisir un ordinateur dont l'analyse a mis en évidence des recherches sur internet en lien avec la Syrie.François Molins

Elle a également permis de saisir "une batterie de couteaux de cuisine, dont un manquant correspondant à celui retrouvé à proximité de l'assaillant".

Sur son ami interpellé

Le procureur s'est aussi attardé sur le profil d'Abdoul Hakim A., un ami de Khamzat Azimov interpellé dimanche à Strasbourg, présenté jeudi après-midi à un juge parisien en vue d'une éventuelle mise en examen. "Abdoul Hakim A. est inscrit depuis octobre au fichier des signalements pour la prévention de la radicalisation à caractère terroriste. Sa famille est venue en France en 2005. Après avoir vécu en Vendée, elle s'est installée à Strasbourg", a déclaré François Molins.

Fiché S pour radicalisation depuis juin 2016 mais sans antécédents judiciaires, Abdoul Hakim A. "a contesté une quelconque participation et implication dans la préparation et la commission des faits et tout lien récent avec Khamzat Azimov, prétendant ne pas l'avoir vu et contacté depuis plusieurs mois", a révélé le procureur.

Lors d'une perquisition à son domicile, sept téléphones ont été saisis mais le portable qu'il utilisait le plus souvent demeure introuvable. "Il a indiqué l'avoir égaré le matin même" de son interpellation, a rapporté François Molins. Les investigations sur sa ligne téléphonique ont cependant permis d'établir que, peu avant l'attaque, Abdoul Hakim a adressé à sa sœur, via une messagerie instantanée, "un chant jihadiste régulièrement repris par l'Etat islamique", a ajouté le procureur.

Sur les deux nouvelles interpellations

En fin de conférence de presse, François Molins a annoncé que deux jeunes femmes avaient été interpellées jeudi après-midi en région parisienne, "peu après 14 heures". Ces deux femmes sont des proches de Khamzat Azimov et d'Abdoul Hakim A. Le procureur de la République n'a pas souhaité faire de commentaire supplémentaire sur ces interpellations.

Selon les informations de France 2, l'une des femmes est Inès Hamza, une Francilienne radicalisée de 19 ans, qui s'était mariée religieusement avec Abdoul Hakim A. avant d'essayer de partir en Syrie. Elle a été extraite de la prison de Sequedin (Nord) jeudi matin.