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Affaire Théo à Aulnay-sous-Bois : il n'y a pas assez de "transparence dans la police" française

Après l'interpellation violente de Théo à Aulnay-sous-Bois le 2 février, Mathieu Zagrodzki, spécialiste de la sécurité publique, déplore, vendredi, le manque de transparence de la police française. 

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Radio France
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Des policiers français, dans le quartier de la Rose des Vents, à Aulnay-sous-Bois, le 7 février 2017. (GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP)

Mathieu Zagrodzki, chercheur associé au CESDIP (Centre de recherche sociologique sur le droit et les institutions pénales) et spécialiste de la sécurité publique, estime sur franceinfo vendredi 10 février qu'il n'y a pas assez de "transparence dans la police". Une semaine après l'interpellation violente du jeune Théo à Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), le sociologue regrette le manque de statistiques sur le nombre de plaintes contre les policiers.

franceinfo : Douze ans après les émeutes de 2005, on a l'impression que rien n'a changé. C'est aussi votre sentiment ?

Mathieu Zagrodzki : Je dirais même plus : rien n'a changé depuis 1981 et les émeutes en banlieue lyonnaise. C'est la répétition d'un schéma assez classique : un incident entre des jeunes d'un quartier et des policiers, des émeutes, une émotion collective tout à fait légitime, une discussion sur le rôle de la police dans ces quartiers et un débat qui s'estompe très rapidement. Si on prend les émeutes de 2005, qui ont duré trois semaines, il n'y a pas eu de discussions de fond sur le travail de la police après les faits. Aux Etats-Unis, en Angleterre, sur des évènements de ce genre, il y a eu une réflexion derrière. Mais pas en France.

Pourquoi ?

C'est un sujet très sensible et il n'y a pas, en France, une culture de la transparence des services publics en général, mais plus spécifiquement de la police. On a tendance à garder ça dans le secret. Les chiffres sur les plaintes contre la police, sur d'éventuelles brutalités, ne sont pas publics aujourd'hui. 

Combien de policiers ont été poursuivis pour ce type de faits ? Combien de condamnés ? On ne sait pas.

Mathieu Zagrodzki, chercheur associé au CESDIP

à franceinfo

Quel rôle doit avoir la police dans ces quartiers où il y a beaucoup de tensions en ce moment ?

Le contact quotidien est un axe oublié. Depuis une quinzaine d'années, la police priviligie les approches offensives : les interpellations ou les contrôles.

Qu'est-ce qu'il faudrait, au niveau de la police, pour changer les choses ?

Augmenter, sur la formation, toute la partie gestion du stress.

Ce n'est pas encore appris dans les écoles de police ?

Si, bien sûr, il y a 14 heures de formation sur cette question-là. Mais 14 heures sur un an, c'est quoi ? Pas grand-chose. La question des contrôles d'identité est aussi un aspect qu'il faudrait revoir. C'est devenu un mode d'occupation du terrain et un mode d'autorité. Alors que, selon le code pénal, c'est un moyen de rechercher de l'information.

Le recrutement des policiers devrait-il être plus représentatif de la société française ?

C'est difficile à dire car nous n'avons pas de statistiques ethniques en France. Certes il y a déjà des évolutions. De plus en plus de personnes issues de l'immigration intègrent les rangs de la police. Mais de là à dire que la police représente la société, non. La majorité des recrues viennent plutôt de villes petites et moyennes, en milieu rural. Et le problème, c'est que ces nouveaux sont envoyés dans des zones urbaines, très denses.

A-t-on trop la culture du chiffre en France ?

C'est certain. On utilise des indicateurs, le nombre d'interpellations notamment, qui n'ont aucune signification pour la population. Avec ces indicateurs-là, on incite les policiers à se focaliser sur des affaires de faible importance et la pression statistique conduit à un effet pervers.

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