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Armes : et si la tuerie de Newtown ne changeait rien ?

On le lit dans plusieurs titres depuis vendredi, le massacre de Newtown relancerait le débat sur le port d'armes aux Etats-Unis. Pourtant, le pays du deuxième amendement semble loin d'un durcissement des lois. Pourquoi ?
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Radio France
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 (Reuters)

Le Connecticut, où se trouve la tristement célèbre ville de Newtown, est le 5ème Etat le plus sécuritaire dans la législation des armes aux Etats-Unis, selon une organisation américaine anti-port d'arme. Au Connecticut, il existe d'ailleurs des lois pour empêcher la vente d'arme sans vérification préalable. Ou des mesures pour prévenir le risque des armes sur les enfants. Selon André Kaspi, historien spécialiste des Etats-Unis, les lois strictes peuvent endiguer les massacres. Mais ce n'est pas l'unique solution. 

"Dans les Etats où la législation est laxiste, il y a eu en effet des massacres de masse [...]. Et dans les Etats les plus strictes, on s'apperçoit que des massacres de ce genre peuvent également se produire. L'exemple du Connecticut est particulièrement révélateur de ce point de vue."

La position de Barack Obama

Vendredi lors de son allocution, Barack Obama en appelait à des "actions significatives " pour prévenir de nouvelles tueries. Une formule vague, qui arrivait juste après celle du porte-parole de la Maison Blanche : "aujourd'hui n'est pas le bon jour pour discuter de politique ". 

Cette inertie n'est pourtant pas surprenante de la part de Barack Obama. En pleine campagne électorale cet été, le président a éludé la question, alors même qu'elle était soulevée par la tuerie d'Aurora (Colorado). Le même porte-parole avait alors fait une déclaration qui ménageait la chèvre et le chou.

"Nous avons besoin de prendre des mesures de bon sens pour protéger les droits des Américains tels que définis par le deuxième amendement, tout en assurant que ceux qui ne devraient pas détenir d'arme selon les lois actuelles n'en disposent pas."

Une fausse idée du deuxième amendement de la Constitution ?

Si au moins 200 millions d'Américains possèdent aujourd'hui une arme à feu (sur 320 millions d'habitants), c'est grâce au deuxième amendement de la Constitution des Etats-Unis. Il y est stipulé que les milices constituées dans les Etats peuvent s'armer. Mais selon Philippe Golub, professeur de Relations Internationales à l'université Paris 8, cet amendement n'a plus exactement le même sens.

"[Il] a été interprêté et réinterprêté par la droite américaine comme représentant un droit pour tous les individus de s'armer individuellement."

Aujourd'hui, 60% de la population américaine serait convaincue de cette interprétation. Posséder une arme étant un droit, il est parfois très ancré dans la culture. 

Le pouvoir des lobbys

Au-delà de l'opinion publique, les lobbys des armes à feu pèsent lourdement dans le débat. Sur la ligne de front, la National Rifle Association a une stratégie de communication qui a fait ses preuves face aux tueries. Pour l'instant, le lobby s'est contenté d'un communiqué expliquant qu'il ne déclarerait rien "tant que les faits ne sont pas soigneusement établis ". Toutefois la rhétorique de la NRA est reprise en écho par ses militants, "ce ne sont pas les armes, mais les gens qui tuent ".

D'un côté comme de l'autre du débat, on prend ses précautions. L'heure est encore au recueillement et les enjeux sont trop importants pour risquer une déclaration sous le coup de l'émotion.  

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