Les premières images de Mohamed Merah, tueur présumé de Toulouse

Identifié depuis Montauban, l'homme, un Toulousain de nationalité française âgé de 23 ans, se revendique de la mouvance islamiste Al-Qaïda. 

Mohamed Merah, le \"tueur au scooter\", ici à 21 ans.
Mohamed Merah, le "tueur au scooter", ici à 21 ans. (CAPTURE D'ECRAN / FRANCE 2)

Suspect numéro un des tueries de Toulouse et Montauban qui ont fait sept victimes, trois enfants, un rabbin, et trois militaires les 11, 15 et 19 mars, Mohammed Merah était cerné par la police mercredi 21 mars dans son appartement situé dans un petit immeuble d'un quartier résidentiel de la ville rose. Les négociateurs du Raid, unité d'élite de la police, étaient en contact avec lui. Retour sur un profil atypique et un parcours chaotique. 

• Son parcours 

> Un jeune ordinaire

Identifié depuis la fusillade de Montauban, jeudi 15 mars, ce jeune Français d'origine maghrébine réside à Toulouse où il est né le 10 octobre 1988. Il a travaillé dans un garage automobile comme carrossier. 

Dans le quartier toulousain des Izards dont il est originaire, un jeune l'a pourtant décrit comme "gentil, calme, respectueux et généreux". "Il priait, mais ce n'était pas un extrémiste", a assuré un autre. "Il ressemble à un jeune de maintenant". Dans une vidéo diffusée mercredi soir, on le voit, souriant, en train de s'amuser à faire des dérapages avec une voiture. 

Loïc De la Mornais et Nicolas Bertrand - France 2

En 2008, le suspect a par ailleurs tenté d'entrer dans l'Armée de terre et deux ans plus tard dans la Légion étrangère, selon la Défense. Sans succès.

> La prison 

Mohamed Merah a été condamné à 15 reprises pour des faits de droit commun, quand il était mineur, dont "quatre ou cinq" fois pour des faits de violence, a indiqué le procureur de la République de Paris, François Molins. Il présente un "profil d'autoradicalisation salafiste atypique" car il ne peut être rattaché à "une organisation structurée connue", a-t-il précisé.

Selon une source policière, c'est en prison qu'il a rencontré des islamistes radicaux.  Il a été détenu deux ans, "entre décembre 2007 et septembre 2009", a dit sur France 2 son avocat de l'époque, Christian Etelin. Lui qui a connu Mohamed Merah très jeune, quand il comparaissait devant les tribunaux pour enfants, s'est dit surpris de découvrir un parcours de "terroriste".

FRANCE 2

> La radicalisation 

Mohamed Merah a revendiqué son appartenance à la mouvance islamiste Al-Qaïda. Salafiste, il a séjourné à plusieurs reprises en Afghanistan et au Pakistan. Selon le ministre de l'Intérieur, Claude Guéant, il aurait participé au jihad, la "guerre sainte" islamiste, et était suivi "depuis des années" par la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI).

"Il a effectué deux séjours : le premier par ses propres moyens, sans passer par les pays surveillés. Son deuxième séjour, effectué en 2011, a été écourté parce qu'il avait contracté une hépatite A. Il a dû revenir en France pour être soigné", a complété le procureur de la République de Paris. 

"L'essentiel est le séjour qu'il a fait dans les zones tribales pakistanaises. C'est le lieu où il s'est très certainement converti au salafisme, et donc à la haine de l'Occident", explique Louis Caprioli, ancien sous-directeur chargé de la lutte antiterroriste à la Direction de la surveillance du territoire (DST) dans un entretien à FTVi.

Ses motivations

"Il regrette de ne pas avoir fait davantage de victimes et se vante d'avoir mis la France à genoux", a affirmé le procureur de la République de Paris lors de sa conférence de presse mercredi après-midi. Selon un policier présent sur place, interviewé mercredi matin par FTVi, l'homme, "très bavard" a tenu des propos antisémites et jihadistes au Raid. 

> Missionné par Al-Qaïda

Toutefois, Mohamed Merah a expliqué qu'il n'a pas "une âme de martyr" et aurait l'intention de se rendre "plutôt en fin de soirée", selon le procureur de Paris. Interrogé mercredi sur TF1, le ministre de l'Intérieur a expliqué que le suspect avait "refusé de commettre un attentat suicide" pour Al-Qaïda mais avait accepté "une mission générale" pour un attentat en France, selon ses dires.

> Le voile, l'Afghanistan et la Palestine

Il a revendiqué avoir appelé Ebba Kalondo, rédactrice en chef à la chaîne France 24 mercredi à 1 heure depuis une cabine téléphonique. Il lui a précisé ses motivations, expliquant "qu'il était contre la loi sur le voile [intégral, entrée en vigueur en avril 2011] et luttait contre la participation française aux opérations de l'Otan en Afghanistan". Il aurait ajouté : "Les juifs ont tué nos frères et nos sœurs en Palestine". Plus tard, il a en effet raconté aux négociateurs vouloir "venger les enfants palestiniens""Il m'a aussi affirmé qu'il avait filmé tous les assassinats. Il a dit que les vidéos seraient mises en ligne", précise Ebba Kalondo. 

Son entourage

> Une famille de la même "mouvance"

La mère du suspect était sur place mercredi matin mais a indiqué aux policiers du Raid qu'elle ne souhaitait pas entrer en contact avec son fils car elle n'aurait "aucune influence sur lui". Elle a depuis été placée en garde à vue, tout comme le frère aîné du suspect, âgé de 27 ans, et sa compagne. Les policiers ont trouvé chez ce dernier, ainsi que dans sa voiture, des explosifs et des armes. 

D'après les enquêteurs, la sœur du suspect serait aussi dans la même mouvance que lui, mais dans une pratique moins violente. Le plus jeune des trois frères, également visé par l'enquête, aurait été interpellé. Les deux n'ont pas effectué de séjour dans la zone pakistano-afghane.