Jean-Luc Mélenchon prédit un "grave incident" avant la présidentielle : on vous résume la polémique en trois actes

Après l'interview du candidat LFI à la présidentielle sur France Inter et franceinfo dimanche, une partie de la classe politique a dénoncé des propos "complotistes". Depuis, Jean-Luc Mélenchon a précisé sa pensée et déploré "un buzz affligeant".

Article rédigé par
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 7 min.
Jean-Luc Mélenchon, chef de file de La France insoumise et candidat à la présidentielle de 2022, prononce un discours lors d'une manifestation des salariés grévistes de Ferropem, le 5 juin 2021 à Livet-et-Gavet, près de Grenoble (Isère).  (PHILIPPE DESMAZES / AFP)

"Vous verrez que dans la dernière semaine de la campagne présidentielle, nous aurons un grave incident ou un meurtre", a déclaré Jean-Luc Mélenchon pendant l'émission "Questions politiques" sur France Inter et franceinfo, dimanche 6 juin. Le député des Bouches-du-Rhône et candidat à l’élection présidentielle a voulu mettre en garde contre un éventuel "événement gravissime" qui permettrait de "montrer du doigt les musulmans" à l'approche du scrutin. 

Le chef de file de La France insoumise a notamment évoqué l'agression d'un retraité, surnommé "Papy Voise", en avril 2002, les tueries de Mohammed Merah en mars 2012, ainsi que la mort de Xavier Jugelé, policier assassiné sur les Champs-Elysées à trois jours du premier tour de la présidentielle de 2017. Ses propos ont immédiatement suscité des réactions aussi bien du côté des familles de victimes des attentats qu'au sein de la classe politique. Franceinfo revient en trois actes sur cette polémique. 

1Jean-Luc Mélenchon prédit un "grave incident" ou un "meurtre" avant la présidentielle

Dimanche, Jean-Luc Mélenchon, invité de "Questions politiques", répond à Ali Baddou sur l'éventuelle candidature d'Emmanuel Macron à la présidentielle. Avant que le journaliste ait pu enchaîner avec la question suivante, le chef de file des Insoumis assène : "Vous verrez que dans la dernière semaine de la campagne présidentielle, nous aurons un grave incident ou un meurtre. Ça a été Merah en 2012, ça a été l'attentat la dernière semaine sur les Champs-Elysées, avant on avait eu Papy Voise, dont plus personne n'a jamais entendu parler après. Tout ça, c'est écrit d'avance (...)."

Il conclut que "nous aurons le petit personnage sorti du chapeau, nous aurons l'événement gravissime qui va une fois de plus permettre de montrer du doigt les musulmans et d'inventer une guerre civile, voilà, c'est bateau tout ça."

Jean-Luc Mélenchon fait allusion à plusieurs événements. D'abord, les attentats commis par Mohammed Merah à Montauban et à Toulouse en mars 2012. Le terroriste islamiste a tué trois jeunes militaires : Imad Ibn Ziaten sur un parking à Toulouse le 11 mars, et Mohamed Legouad et Abel Chennouf, à Montauban, le 15 mars. Puis, le 19 mars, à l'école juive Ozar Hatorah, à Toulouse, il a assassiné un enseignant, Jonathan Sandler, ses deux fils Gabriel et Aryeh, ainsi qu'une petite fille de 8 ans, Myriam Monsonégo. Il a finalement été abattu par les forces de l'ordre le 22 mars. Ces attaques se sont déroulées un mois avant le premier tour de la présidentielle de 2012 auquel participaient notamment François Hollande et le président sortant Nicolas Sarkozy. 

Il a ensuite évoqué l'attentat sur les Champs-Elysées, revendiqué par l’organisation Etat islamique (EI), où le capitaine de police Xavier Jugelé a été tué et deux autres policiers blessés le 20 avril 2017 par un homme radicalisé, trois jours avant le premier tour de l'élection présidentielle à laquelle Emmanuel Macron était candidat. Il a aussi rappelé l'agression à son domicile du retraité Paul Voise, à Orléans, juste avant le premier tour de l'élection présidentielle de 2002 où Jacques Chirac briguait un second mandat face notamment à Jean-Marie Le Pen.

2Des familles de victimes et des politiques condamnent ses propos

Les propos de Jean-Luc Mélenchon ont suscité une série de réactions indignées dès dimanche. Des familles de victimes s'en sont émues, à l'instar de Latifa Ibn Ziaten, dont le fils a été la première victime de Mohammed Merah. "Les propos de Jean-Luc Mélenchon sont inadmissibles et ne devraient même pas être tenus", a-t-elle tweeté le jour même, demandant "le respect" pour son fils et les autres victimes.

Réaction immédiate également de la part de Patrick Klugman, avocat de la famille Sandler, autres victimes de Mohammed Merah. Invité sur franceinfo lundi matin, il a dit se tenir prêt à saisir la justice si Jean-Luc Mélenchon ne retirait pas ses propos. Il a précisé que son client, Samuel Sandler, le père de Jonathan, avait "extrêmement mal réagi" aux déclarations de l'homme politique. Selon l'avocat, ce sont des paroles "d'une violence inouïe, qui banalisent et presque nient ce qui est arrivé à sa famille, ce qu'ont été les assassinats perpétrés par Mohammed Merah et le combat judiciaire que monsieur Sandler a mené pour les faire reconnaître. Oui, ces propos sont insupportables."

Lundi matin, Albert Chennouf-Meyer, le père d'Abel Chennouf, a également réagi sur franceinfo : "Ce sont les propos de quelqu'un qui a perdu tout sens des réalités et de la noble politique. (…) C'est quelqu'un qui est dans le déni de tout ce qui concerne le terrorisme, notamment le terrorisme islamique."

A Toulouse, le maire LR de la ville, Jean-Luc Moudenc, a demandé à Jean-Luc Mélenchon de "retirer ses propos".

Le maire a réitéré sa demande lundi matin au micro de France Bleu Occitanie : "C'est une déformation de la vérité ; je souhaite qu'il retire ses propos. S'excuser, c'est trop facile. On ne peut pas être candidat à la présidentielle et tenir de tels propos." 

Toujours côté politiques, la présidente du groupe PS à l'Assemblée, Valérie Rabault, a jugé "inacceptable" le fait de "réduire les atrocités des attentats de Montauban et Toulouse en 2012 à de la machination électorale". "Quand on manie ainsi la démagogie, on ne peut prétendre à devenir président de la République", a fustigé la députée de Montauban sur Twitter. 

"On est vraiment au-delà de la honte", a aussi réagi la députée LREM des Yvelines Aurore Bergé sur Twitter.

3Jean-Luc Mélenchon précise sa pensée sur les réseaux sociaux

Dans la soirée de dimanche, Jean-Luc Mélenchon a complété ses propos tenus plus tôt dans la journée. Dans un message posté sur Twitter, il a estimé que "les complotistes anticomplotistes (...) nient que les assassins font leur coup au moment qui fait parler d'eux".

Puis, sur son compte Facebook, l'homme politique a explicité ses propos, déplorant "un mot monté en épingle""En gros, je résume : quand Le Pen récupère l'émotion d'un crime pour faire sa propagande, c'est génial ; quand quelqu'un met en garde contre ce type de manipulation, c'est qu'il est complice avec les meurtriers. Ainsi en vient-on à nier cette évidence que les meurtriers attendent le meilleur moment pour faire parler d'eux. Nombreux qui n'ont rien écouté de l'émission s'en tiennent au commentaire qui en est fait sans se soucier de savoir ce qui a été dit. Telle est l'ère de la 'post-vérité' que je décrivais ici-même il y a peu."

Jean-Luc Mélenchon ajoute s'être appuyé sur un article du Figaro sur "les attentats et faits divers qui ont bouleversé les campagnes présidentielles", datant de 2017. Avant de conclure qu'il a voulu "mettre en garde". Lundi 7 juin, sur YouTube, le député a dénoncé "une odieuse manipulation" et "renouvelé sa compassion pour les victimes et les familles des victimes"

Prolongez votre lecture autour de ce sujet

tout l'univers Affaire Merah

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.