"J'ai peur des représailles" : au procès Merah, le témoignage d'un jeune qui avait porté plainte contre le tueur de Toulouse

Le procès des tueries de Mohamed Merah se poursuit devant la cour d'assises spéciale de Paris. Mardi, un jeune, ancien habitant du quartier des Izards, a témoigné devant la cour. Sa mère et lui sont terrorisés par la possibilité de représailles.

Abdelkader Merah à l\'ouverture de son procès devant la cour d\'assises spéciale de Paris, le 2 octobre 2017.
Abdelkader Merah à l'ouverture de son procès devant la cour d'assises spéciale de Paris, le 2 octobre 2017. (BENOIT PEYRUCQ / AFP)

Le procès pour les complicités dans les sept assassinats commis par Mohamed Merah en 2012 se poursuit à la cour d'assises spéciale de Paris. Le frère de Mohamed Merah, Abdelkader, fait notamment partie des accusés. Mardi 17 octobre, la cour a entendu de façon anonyme un jeune qui a habité dans le quartier des Izards, où a grandi le tueur de Toulouse. Il est, avec sa mère, totalement terrorisé à l'idée de faire l'objet de représailles s'il est identifié à cause de son témoignage. 

"Ils peuvent s'en prendre à moi" 

Ce jeune et sa mère sont venus à Paris pour témoigner mais mardi matin, juste avant l’audience, la mère de famille a été prise d’un malaise. Elle a vomi, terrorisée à la perspective de son audition, et a dû être transportée à l’hôpital Cochin. Son fils, âgé aujourd’hui de 23 ans, a pour sa part demandé à témoigner sous X, par visio-conférence, depuis une autre salle du palais de justice.

"J’ai peur des représailles", a dit le jeune homme dont on ne verra donc pas le visage. "J’habite toujours près du quartier. Si les gens savent que je témoigne à ce procès, ils peuvent s’en prendre à moi, penser que je travaille pour l’État", a-t-il expliqué à la cour. Cinq ans et demi après la mort de Mohamed Merah, cette famille vit toujours avec la peur au ventre parce qu'elle avait porté plainte en 2010 contre celui qui allait devenir le tueur au scooter. À l'époque, Mohamed Merah a montré des vidéos de décapitation au jeune homme, qui n’avait que 15 ans, a exhibé un sabre et lui a dit :

C’est avec ça qu’il faut couper la tête. Je vais faire des attentats contre l’armée.Mohamed Merah à un jeune du quartier des Izards, en 2010

L’adolescent a prévenu sa mère, qui est allée voir Mohamed Merah : il l'a frappée. La famille est donc allée au commissariat et a tout raconté aux policiers, deux ans avant les tueries. Depuis, cette famille a quitté les Izards : "Je me sens un peu mieux", avait confié la mère de famille au juge d’instruction, "mais je ne dors que d’un œil".