Plainte contre "Welcome to New York" : Dominique Strauss-Kahn peut-il gagner ?

L'avocat de DSK, Jean Veil, a annoncé porter plainte pour diffamation contre le film d'Abel Ferrara, lundi. 

Dominique Strauss-Kahn au cimetière de Montmartre, à Paris, pour les obsèques du professeur d\'université Guy Carcassonne, le 3 juin 2013.
Dominique Strauss-Kahn au cimetière de Montmartre, à Paris, pour les obsèques du professeur d'université Guy Carcassonne, le 3 juin 2013. (JOEL SAGET / AFP)

"Une merde, une crotte de chien." C'est ainsi que Jean Veil, l'avocat de Dominique Strauss-Kahn, qualifie Welcome to New York, le film d'Abel Ferrara sur l'affaire du Sofitel. Il a annoncé, lundi 19 mai, qu'il allait porter plainte pour diffamation d'ici quelques jours. L'avocat a précisé que la plainte allait concerner "l'ensemble des extraits sur le viol et la manière dont Dominique Strauss-Kahn est traité". Cette action en justice a-t-elle une chance d'aboutir ?

Oui, DSK a déjà gagné contre Marcela Iacub

Dans l'affaire Marcela Iacub et son essai Belle et Bête, dans lequel elle rapporte sa liaison avec DSK, l'auteure et les éditions Stock ont été condamnées à 50 000 euros de dommages et intérêts, après une plainte de l'ancien directeur du FMI pour atteinte à la vie privée. Emmanuel Pierrat, avocat spécialisé en droit d'auteur et propriété intellectuelle, en expliquait les raisons à Slate :  "Si une personne n'est pas nommée dans un livre mais qu'elle est reconnaissable à travers des éléments descriptifs ou des événements, alors cela revient au même que si l'auteur avait mis son nom."

Certes, en préambule du film, des avertissements affirment qu'il s'agit d'une fiction. Mais la médiatisation de Welcome to New York est telle qu'il ne fait aucun doute que le Georges Devereaux d'Abel Ferrara est bien inspiré de DSK.

Oui, DSK n'a jamais été condamné dans cette affaire

"Dominique Strauss-Kahn n'a jamais été condamné pour viol, ni devant une juridiction américaine, ni devant une juridiction française, donc, juridiquement, la plainte tient", affirme Delphine Meillet, avocate spécialisée dans le droit de la presse, contactée par francetv info. Une scène du film, qui se déroule dans la chambre d'un hôtel à New York, serait en effet litigieuse, comme l'explique Nicolas Rebbot, avocat, sur Le Plus du Nouvel Obs : "A l'image, la scène en question fait, selon nous, plus que suggérer que le rapport sexuel qui a eu lieu dans cette fameuse chambre d’hôtel a été forcé. Ferrara semble donc clairement avoir fait sienne la version de (…) de Nafissatou Diallo." Mais l'avocat estime que c'est sur ce seul point que DSK "peut baser sa plainte".

Non, la justice est clémente avec les œuvres artistiques

Toutefois, Nicolas Rebbot, toujours sur Le Plus du Nouvel Obs, affirme que les "marges de manœuvre" de DSK sont "minces". "Les tribunaux se montrent en général plutôt complaisants avec les œuvres artistiques", argumente-t-il. Selon lui, la loi de 1881 sur la liberté de la presse s'applique dans ce cas de figure. L'avocat se demande enfin si la qualification choisie est la bonne. S'agit-il d'une diffamation ou d'une injure ? "Si DSK se trompe de fondement dans sa plainte (diffamation au lieu d'injure), la procédure tombe", conclut Nicolas Rebbot.