La traversée du désert bien remplie de Dominique Strauss-Kahn

Retiré de la vie politique, l'ancien directeur du FMI se retrouve au cœur de l'actualité après le suicide de son principal partenaire en affaires.

Dominique Strauss-Kahn devant des étudiants ukrainiens pour une conférence sur le futur de l\'économie mondiale, le 4 avril 2012, à Kiev.
Dominique Strauss-Kahn devant des étudiants ukrainiens pour une conférence sur le futur de l'économie mondiale, le 4 avril 2012, à Kiev. (SERGEI SUPINSKY / AFP)

Une nouvelle fois, Dominique Strauss-Kahn doit s'expliquerLe Parisien publie, mercredi 30 octobre, un entretien dans lequel l'ancien directeur du FMI revient sur les raisons qui l'ont poussé à quitter le fonds d'investissement LSK, trois jours avant le suicide de son principal associé Thierry Leyne.

Depuis les accusations de viol formulées par Nafissatou Diallo, le 14 mai 2011, et la chute qui a suivi, DSK a tourné la page, surfant sur sa réputation pour donner des conférences lucratives et se lancer dans les affaires. Francetv info revient sur la nouvelle vie de l'ex-champion socialiste.

En affaires, il a fait un investissement imprudent

LSK – pour Leyne, Strauss-Kahn & Partners – était sans doute le principal projet de Dominique Strauss-Kahn depuis la fin de sa carrière politique. En septembre 2013, il avait pris la tête du conseil d'administration de ce groupe, renommé pour l'occasion, après avoir rencontré l'homme d'affaires Thierry Leyne par l'intermédiaire de la compagne de ce dernier. Au sein de LSK, l'économiste avait pour rôle de développer une activité de banque d'affaires et de fonds d'investissement. Mettant à profit sa renommée et son image d'expert, il avait pour but de récolter 2 milliards de dollars (1,4 milliard d'euros) de capitaux, un objectif très ambitieux, auprès d'investisseurs de pays émergents comme la Chine ou le Bahreïn. "Dans cinq ans, je serai plus gros que la banque Lazard", se vantait-il alors auprès d'un ami, selon un article de L'Express en mai dernier.

Mais entre temps, le vent a tourné. Au Parisien, Strauss-Kahn explique aujourd'hui s'être lassé d'être le seul à parcourir le monde pour "apporter des affaires" au futur fonds d'investissement. Surtout, il dit avoir découvert, ce mois-ci, "une série d'emprunts excessifs" contractés par Thierry Leyne, dans lesquels il affirme n'avoir aucune responsabilité et qu'il "ne peut accepter". Le 20 octobre, il renonce donc à la présidence de LSK. Trois jours plus tard, Thierry Leyne (également marqué par un drame familial) se jette du haut d'une tour à Tel Aviv (Israël). La société, basée au Luxembourg, a depuis demandé à être placée en "sursis de paiement", la protégeant ainsi de ses créanciers. Strauss-Kahn, actionnaire du groupe à hauteur de 15%, estime qu'il a "probablement perdu [son] investissement", soit "beaucoup d'argent". D'autant plus qu'il assure n'avoir perçu aucune rémunération.

Mais Dominique Strauss-Kahn va pouvoir se concentrer sur les activités plus lucratives de sa propre société, Parnasse International, créée pour développer ses activités de conseil et de conférences. Ces dernières années, l'ancien ministre de l'Economie a livré son expertise à des entreprises chinoises, coréennes ou encore ukrainiennes, a été nommé au conseil de surveillance de deux institutions financières russes et a conseillé les gouvernements de la Serbie et du Soudan du Sud. En 2013, sa petite société a réalisé 2,5 millions d'euros de chiffre d'affaires, rapportait Capital en juillet, et il se serait versé 700 000 euros de dividendes.

En politique, il fréquente à nouveau les socialistes

En 2012, Dominique Strauss-Kahn était encore un paria au PS, son apparition à l'anniversaire de Julien Dray provoquant le départ de Manuel Valls et Ségolène Royal. Des relations qui semblent s'être apaisées. Le Monde révélait ainsi que, pour la première fois depuis sa chute, DSK avait passé une soirée avec un certain nombre de figures du parti – Cambadélis, Le Guen et même le Premier Ministre –, samedi 11 octobre, pour la fête d'anniversaire de la communiquante Anne Hommel, une amie proche. Signe, peut-être, du début de la fin de sa traversée du désert politique.

S'il ne se prive pas de donner son avis parfois tranché, notamment sur la compétence de l'exécutif, Strauss-Kahn assure qu'il ne se voit aucun avenir en politique. "C'est derrière moi", confiait-il en privé en juin dernier selon Le Parisien. "D'abord, je n'en ai pas envie et, même si j'en avais envie, je ne crois pas que ce serait possible."

Contrairement à la classe politique, de nombreux Français semblent lui avoir pardonné ses écarts, et il le dit lui-même, toujours selon Le Parisien "Dans la rue, les gens m'arrêtent tous les 50 m et me disent : 'On a besoin de vous'. C'est sympathique et excellent pour l'ego, mais pas forcément représentatif." En mars, ils le plaçaient même en tête des personnalités qui pourraient faire mieux que François Hollande, selon un sondage au résultat jugé tellement surprenant et polémique que Le Parisien Magazine avait décidé de ne pas le publier. Trois mois plus tard, 22% de sondés, et 26% parmi les sympathisants socialistes, souhaitaient le voir jouer un rôle politique important à l'avenir, rapportait Le Figaro Magazine. Une "cote d'avenir" plus élevée que celle de François Hollande.

En justice, il ne se sent pas menacé

Libéré de l'affaire du Sofitel de New York par l'abandon des poursuites pénales, et un accord financier avec Nafissatou Diallo pour le volet civil, Dominique Strauss-Kahn reste menacé par la justice dans l'affaire du Carlton de Lille. Il sera jugé, avec douze autres personnes, pour "proxénétisme aggravé en réunion" devant le tribunal correctionnel de Lille, du 2 au 20 février 2015. Un procès que l'ex-directeur du FMI aborde sereinement, explique-t-il aujourd'hui au Parisien"Cela n'est certes pas agréable. Je rappelle que le procureur avait demandé un non-lieu [en juin 2013]." Ce sont les juges d'instruction qui avaient décidé, un mois et demi plus tard, de renvoyer l'affaire en correctionnelle. "Cette histoire a été montée en épingle", assure DSK, qui dit avoir "bon espoir que le tribunal [lui] rendra justice".