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Ce que l'on sait de l'enquête visant DSK dans l'affaire LSK

L'ancien patron du FMI n'en a pas fini avec la justice. Certains clients floués par la faillite du fonds d'investissement LSK se retournent contre lui.

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L'ancien directeur du FMI Dominique Strauss-Kahn assiste le 11 septembre 2015 à la 12e rencontre annuelle organisée par la fondation Yalta European Strategy en Ukraine. (YALTA EUROPEAN STRATEGY PRESS / ANADOLU AGENCY / AFP)

Encore des ennuis pour Dominique Strauss-Kahn. Relaxé le 12 juin dans l'affaire du Carlton, l'ancien directeur du FMI est visé dans une nouvelle procédure judiciaire. Le parquet de Paris a ouvert le 28 juillet une enquête préliminaire pour escroquerie et abus de biens sociaux, en lien avec l'ancienne société d'investissement luxembourgeoise en faillite LSK, dont DSK a été administrateur. Francetv info revient sur ce que l'on sait de cette affaire révélée vendredi 16 octobre par France Inter et Le Parisien magazine :

Pourquoi une enquête a-t-elle été ouverte ?

L'enquête préliminaire fait suite à une plainte déposée le 30 juin 2015 par l'homme d'affaires français Jean-François Ott. Cet ex-actionnaire de LSK a perdu les 500 000 euros qu'il avait investis dans le fonds d'investissement. Depuis, un ancien banquier macédonien a à son tour porté plainte, selon les informations des deux médias. Du côté des clients, quelque 156 créanciers de multiples nationalités réclament 100 millions d'euros que leur devrait la société. La brigade financière de la police judiciaire de Paris va donc tenter de savoir où est passé cet argent.

Qu'est-ce que le fonds LSK ?

Il s'agissait à l'origine d'une holding créée en 1994 par le banquier privé franco-israélien Thierry Leyne. A la fin de l'été 2013, Dominique Strauss-Kahn s'associe à lui pour créer le fonds LSK (Leyne Strauss-Kahn). Objectif des deux hommes : organiser une levée de fonds de deux milliards de dollars. 

LSK s'appuie, détaille Le Figaro"sur un réseau déjà existant de filiales nommées Assya, établies, entre autres, à Tel-Aviv, Monaco, Luxembourg et en Roumanie".  Au temps de sa splendeur, sa principale filiale, Assya Luxembourg, "gérait les portefeuilles de près de 500 clients aujourd'hui floués", explique France Inter.

Parmi ces clients, "de riches hommes d'affaires, comme Mohamed Bouamatou, ex-magnat des cimenteries mauritaniennes, qui avait investi cinq millions d'euros. Mais aussi de grandes institutions comme la banque du Luxembourg. Et de modestes anonymes, comme ce père de famille qui a perdu toutes les économies qu'il avait placées pour assurer un avenir à sa fille handicapée", énumère France Inter.

Qu'est-ce qui cloche avec cette société ?

Le scandale éclate lorsque le corps de l'homme d'affaires Thierry Leyne, âgé de 49 ans, est retrouvé le jeudi 23 octobre 2014 au pied d'une des tours les plus hautes de Tel-Aviv, où il résidait. Selon ses proches, il s'est défenestré. Les médias commencent à s'intéresser à la société LSK. Un mois plus tard, le fonds est déclaré en faillite. 

Le plus étrange est que la sonnette d'alarme n'ait pas été tirée plus tôt. "Selon le dernier bilan disponible au 31 décembre 2012, signale Le Point, LSK accusait une perte totale de 25,8 millions d'euros alors que ses capitaux propres s'élevaient à seulement 1,43 million d'euros. Dans son rapport sur les comptes 2012, Ernst & Young Luxembourg émettait une 'opinion avec réserve' sur deux filiales." A l’automne 2013, incapable d'attester de la sincérité des bilans qui lui sont présentés, Ernst & Young démissionne de son mandat de commissaire aux comptes. Les derniers comptes 2013 de LSK n'ont jamais été accessibles, selon Les Echos.

Dès 2013, selon France Inter, la principale filiale de la holding, Assya Luxembourg, a "du mal à payer ses notes de téléphone, d'électricité, de fournitures de bureau… Les salaires seront bientôt versés avec du retard. Quant aux dossiers clients, beaucoup sont incomplets, rangés dans des dossiers papiers, alors que tout devrait être informatisé."

Pire encore, au lieu de placer l'argent des clients sur le marché, Assya Luxembourg, la principale filiale, l'investit dans des actions maison. En clair, explique la radio publique, "elle rachète les titres de ses filiales pour en faire monter artificiellement le cours". Les salariés commencent à s'inquiéter. Une employée confie à France Inter : "On était plusieurs à se dire qu'on ne voulait pas finir en prison."

De quoi DSK est-il soupçonné ?

Au mieux, d'avoir été léger, au pire d'avoir été complice. L'ancien président du FMI devient président du conseil d'administration de LSK le 18 octobre 2013. A ce moment-là, la holding est déjà dans une situation difficile. La Commission de surveillance du secteur bancaire luxembourgeois, prise de doute, s'est livrée à une inspection "qui se révèle calamiteuse", selon France Inter. Une responsable de LSK passe ainsi "une nuit blanche à rédiger une procédure antiblanchiment qui n'existait pas. On rappelle les clients un à un pour remettre leurs dossiers à jour."

Thierry Leyne a-t-il fait venir DSK, un nom qui reste prestigieux dans l'univers de la finance, pour rassurer investisseurs et clients ? Pendant plusieurs mois, Dominique Strauss-Kahn ne semble guère inquiet sur l'état du fonds qu'il préside. Ni très présent. Jusqu'à mai 2014, il n'assiste à des réunions qu'épisodiquement à LSK, selon France Inter.

A partir de mai, il devient soudain plus assidu et se rend chaque semaine dans les locaux de la société. Après la mort de Thierry Leyne, le 28 octobre 2014, on apprend que DSK avait renoncé à présider le conseil d'administration de LSK trois jours avant le suicide de son associé. Version officielle : l'ancien ministre souhaitait se consacrer "à d'autres activités". Sa société, Parnasse International, détenait 20,2% de LSK, et Thierry Leyne en possédait 30%. DSK assure aujourd'hui, selon France Inter, n'avoir jamais exercé "de fonction opérationnelle" au sein du fonds d'investissement. Pas sûr que les clients se contentent de cette réponse.

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