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DSK au procès du Carlton : histoire de la mise à nu d'un roi

Le procès s'est tenu du 2 au 20 février devant le tribunal correctionnel de Lille (Nord). Parmi les prévenus renvoyés pour proxénétisme aggravé, l'ex-patron du FMI, qui a cristallisé l'attention et les débats. Francetv info vous fait revivre ce procès très médiatisé.

Article rédigé par
Par Catherine Fournier et Violaine Jaussent, envoyées spéciales à Lille (Nord) - franceinfo
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Publié Mis à jour
Temps de lecture : 15 min.
L'ex-directeur du FMI, Dominique Strauss-Kahn, au tribunal correctionnel de Lille (Nord), le 17 février 2015. (ELISABETH DE POURQUERY / FRANCETV INFO)

Dans deux heures, "il" va arriver. La file d'attente est déjà longue, devant l'entrée du palais de justice de Lille (Nord), où s'ouvre le procès dit du Carlton, en ce lundi 2 février. Les journalistes sont massés derrière des barrières en fer. "Son" nom est sur toutes les lèvres. "Il" arrive dans une berline aux vitres teintées, et ne s'arrête pas. Le "monsieur" s'est toujours fait désirer et en quelque sorte, cela continue.

C'est ainsi que l'appelle Jade, à la barre du tribunal correctionnel. "'Il, il, il. Il va arriver' : je n'entendais que cela dans les soirées. Mais je ne savais pas qui c'était, ni de qui on parlait", raconte cette ex-prostituée. Pendant les "parties fines" auxquelles Jade a participé, c'était l'effervescence autour du "monsieur", dont elle apprend l'identité par hasard :

Un jour, je l'ai vu à la télé, et là, je me suis dit : "C'est lui, mais il est habillé!"

Jade, ex-prostituée

Audience au tribunal de Lille

Vêtu d'un costume sombre, le "monsieur" s'explique à la barre, lui aussi, une semaine après le début de l'audience. Il est littéralement mis à nu. Pendant trois semaines, sa vie sexuelle est décortiquée, de façon quasi-chirurgicale : rudesse des gestes, penchant pour la sodomie, rapports avec plusieurs femmes à la fois... Ce "monsieur", c'est Dominique Strauss-Kahn, l'ancien patron du Fonds monétaire international (FMI), qui pouvait prétendre à l'Elysée. Il était hier l'un des hommes les plus puissants de la planète.

Dominique Strauss-Kahn, le 11 février 2015 au tribunal correctionnel de Lille (Nord). (ELISABETH DE POURQUERY / FRANCETV INFO)

Petits fours, champagne et sexe à volonté

Que faisait donc DSK à frayer dans une vie parallèle avec des notables lillois, accusés comme lui de proxénétisme aggravé, parce qu'ils ont, des années durant, constitué autour de lui une cour aussi secrète que dévouée ? Leur admiration était sans limites, l'envie de briller à ses côtés irrésistible. Pour s'attirer ses faveurs, ils s'improvisent organisateurs de soirées avec petits fours, champagne et sexe à volonté.

Le premier de ses serviteurs, c'est Fabrice Paszkowski. Le lien qui l'unit à DSK tient en une phrase, prononcée par ce dernier :

A l'enterrement de ma mère, il y avait 25 personnes. Et il y avait Fabrice.

Dominique Strauss-Kahn

Audience au tribunal de Lille

Le quadragénaire est à la tête d'une société de matériel médical. DSK fait sa connaissance en 2006, dans un cadre politique : c'est Jacques Mellick, fils de l'ancien député-maire de Béthune (Pas-de-Calais), qui les présente. Après cette rencontre, "Fabrice" devient un fidèle, et se démène sans compter pour son mentor. Peu à peu, il se transforme en courtisan des temps modernes.

A la barre, grand, chemise à carreaux entrouverte, cheveux clairs coupés en brosse, visage poupin, Fabrice Paszkowski explique qu'il a fait de DSK son invité privilégié. En "hôte bienveillant", pour faire plaisir à DSK, il convie des femmes, beaucoup de femmes, aux soirées qu'il organise. "C'était difficile à trouver, donc si elles me demandaient de l'argent, je ne disais pas non", se justifie-t-il d'un air penaud, lui qui s'avoue davantage "voyeur" dans ces "parties fines". La substitut du procureur, Alice Clérot, le décrit, lors de ses réquisitions, comme un "véritable ambitieux prêt à tout, même à trahir ses penchants : il s'est inventé le goût pour le libertinage pour plaire à son ami."

Un ami intime donc, mais qui ignore que, dans ces soirées, les femmes étaient des prostituées. C'est la ligne de défense de l'ex-directeur du FMI, et il fait tout pour s'y tenir, aidé par Fabrice Paszkowski, fidèle jusqu'au bout. "Je n'ai rien dit, car ce n'est pas glorieux de se faire accompagner par des personnes rémunérées", insiste le quadragénaire. Une seule personne partage son secret : David Roquet.

"Ah, ce que le pouvoir a du bon !"

C'est l'autre entrepreneur de l'affaire. Les deux hommes font la paire. Ils sont, à un an près, du même âge. Au moment de leur rencontre, David Roquet est encore directeur d'une filiale du groupe de BTP Eiffage et dispose à ce titre de notes de frais. "Fabrice m'a dit : 'Je connais bien DSK, on se fait des petites sorties. Est-ce que ça t'intéresse ?'" David Roquet se lance. Lui se découvre un goût pour le libertinage, et voit aussi, dans ces soirées, une opportunité "professionnelle".

De gauche à droite : David Roquet, Dominique Strauss-Kahn et Fabrice Paszkowski, au tribunal correctionnel de Lille (Nord), le 12 février 2015. (ELISABETH DE POURQUERY / FRANCETV INFO)

A ce duo, se joint le commissaire divisionnaire Jean-Christophe Lagarde. Il était dans les fêtes, mais n'a pas su, ni vu, dit-il, qu'il y était avec des prostituées. Aveuglé par la lumière, l'ex-chef de la Sûreté du Nord est, lui aussi, obnubilé par DSK.

DSK, un personnage d'une telle intensité. (...) J'aime l'homme, j'aime son intelligence.

Jean-Christophe Lagarde, commissaire divisionnaire

Audience au tribunal de Lille

Les trois amis imaginent déjà le ténor socialiste président de la République. "Ah, ce que le pouvoir a du bon", s'exclame ainsi David Roquet à l'une des soirées, selon une ex-prostituée. "Ce film-là, on se l'est tous fait", avoue celui qui, tout au long du procès, la mine contrite, apparaît pâle et diminué. Mais à l'époque, c'est un autre homme, un fêtard, un mondain. David Roquet connaît du monde, et surtout René Kojfer, le personnage central de ce dossier, celui par qui le scandale est arrivé. C'est sa mise sur écoute, dans l'intention de faire tomber son vieil ami Dominique Alderweireld, gérant de maisons closes en Belgique, qui a déclenché la chute en cascade de plusieurs notables de la région. Et mené la justice jusqu'à DSK.

Ce dernier n'a pourtant jamais mis les pieds à l'hôtel Carlton de Lille. Il ne connaît pas René Kojfer, chargé des relations publiques de l'établissement. Pas plus que l'autre Dominique de l'affaire, dit Dodo la Saumure, en référence au liquide dans lequel les maquereaux macèrent. Et voilà que les trois hommes comparaissent sur le même banc des prévenus. Le style, au micro du pupitre en béton du tribunal, n'est pas le même. Les prévenus, renvoyés pour le même chef d'accusation, ne jouent pas à armes égales.

Les réponses cinglantes et précises de DSK contrastent avec les borborygmes de René Kojfer, 74 ans, à moitié sourd. On découvre un homme à la mine fatiguée, au costume froissé, loin de l'image luxueuse de son ancien employeur. Ex-alcoolique, cet ancien vendeur de trousseaux de mariage au carnet d'adresses bien rempli, indic à ses heures, a souvent la mémoire qui flanche. Dodo la Saumure, lui, c'est plutôt la gouaille. Le "souteneur", comme il plaît à se définir, "fait d'l'Audiard" à la barre, et surfe sur la vague DSK pour cultiver ses talents d'entrepreneur. "J'ai le projet d'ouvrir un club FMI"- pour Famous Miss International -, lance-t-il tout de go au président du tribunal.

Des scènes dignes de l'Antiquité

Les deux Dominique de l'affaire ne se sont jamais rencontrés avant le procès. Le trait d'union entre les deux ? Les prostituées. Jade, par exemple : Dodo la Saumure a été son patron, et Dominique Strauss-Kahn, son client, malgré lui soutient-il. Coiffée d'une perruque rousse aux cheveux lisses, Jade, quadragénaire au ton assuré, porte des lunettes. Elle témoigne des difficiles conditions de vie dans les bars à hôtesses de Dodo la Saumure. A tel point que d'autres passes plus "haut de gamme" faisaient office de "récréation". Elle parle des déjeuners "champagne pain garni et rapports sexuels", organisés à Lille par René Kojfer, dans un appartement du Carlton. C'est cette envie de s'extraire des maisons de passe de Dodo qui l'a aussi menée dans plusieurs soirées préparées pour DSK, en France et aux Etats-Unis.

Ainsi, Jade passe une soirée à l'hôtel Murano, à Paris, pour 500 euros. Au programme : champagne dans le TGV, avec Fabrice Paszkowski, David Roquet et l'ex-commissaire Jean-Christophe Lagarde, puis buffet avant les rapports sexuels. Jade décrit à l'audience une scène digne de "l'Antiquité". Elle se retrouve face à un lit, sur lequel trône DSK, "avec des femmes autour". "C'est un peu bestial, commente-t-elle. Ce n'était pas du libertinage, il n'y avait pas d'autres hommes." L'image qu'elle donne est plutôt celle de la toute-puissance d'un homme incarnée dans sa sexualité.

Quand j'ai vu entrer DSK dans ce tribunal, j'ai eu une espèce de vision de ces dessins érotiques que faisait Picasso, dans lesquels il figurait le Minotaure ayant des ébats avec des jeunes filles.

Gilles Maton, avocat de Jade

Plaidoirie au tribunal de Lille

C'est ce que dit Gilles Maton, l'avocat de Jade, lors de sa plaidoirie. "C'est le Minotaure, c'est la toute-puissance, elle est abrupte." Son confrère Emmanuel Daoud, de l'association d'aide aux prostituées Le Nid, voit, lui, DSK en "Sardanapale des temps modernes, avec sa cour de serviteurs dévoués", en référence à ce roi d'Assyrie célèbre pour sa luxure et sa débauche, au VIIe siècle avant Jésus-Christ.

"C'était une boucherie"

Autre lieu, même scène. Quand Jade arrive au Tantra, un club échangiste situé à une heure de Bruxelles, en pleine campagne belge, DSK est "déjà occupé", au milieu d'une quarantaine de personnes. Des femmes surtout. "C'était une boucherie", décrit Jade, qui refuse de se mêler à "tous ces corps". Mais elle a été payée... Alors, conscience professionnelle oblige, elle part quand même en voiture avec DSK dans un hôtel à Bruxelles pour accomplir son "travail". A la barre, elle est en larmes : "C'était un moment plus que désagréable quand j'ai tourné le dos à DSK." Elle triture un mouchoir en papier.

Jade, ex-prostituée partie civile, (à gauche), avec Dominique Strauss-Kahn à l'arrière, le 11 février 2015 au tribunal correctionnel de Lille (Nord). (ELISABETH DE POURQUERY / FRANCETV INFO)

Quelques mois plus tard, Jade part à Washington avec Fabrice, Jean-Christophe et d'autres, pour y retrouver Dominique Strauss-Kahn. Pourquoi accepte-t-elle, alors qu'elle a gardé le souvenir de ce rapport douloureux à Bruxelles ? "Pour les euros", répond-elle. Depuis son divorce, Jade doit une somme conséquente à son avocate. Cette fois, le moment est agréable. Elle prend une photo avec DSK, dans son bureau au FMI. "Cette photo, c'était un souvenir, un bon souvenir, comme mes photos d'écureuils dans les parcs de Washington", raconte-t-elle.

A ce moment-là, DSK perçoit la faille qui commence à s'ouvrir dans l'accusation. Il s'y engouffre et tourne la situation à son avantage. Au fond, rien ne prouve qu'il savait que ces femmes étaient des prostituées. Avec un ton professoral, comme s'il était en pleine conférence sur les questions économiques, il en fait une démonstration brillante devant le tribunal.

Si j'avais su que c'était une prostituée, je n'aurais pas pris cette photo. Vous rendez-vous compte ? C'est inconcevable que le directeur du FMI prenne une photo avec une femme dans son bureau s'il sait que c'est une prostituée.

Dominique Strauss-Kahn

Audience au tribunal de Lille

Dominique Strauss-Kahn devant le tribunal correctionnel de Lille (Nord), le 11 février 2015. (ELISABETH DE POURQUERY / FRANCETV INFO)

Comme un château de cartes, le dossier s'effondre

Le visage impassible, comme s'il arborait un masque, DSK ne nie pas les faits, mais décrédibilise leur qualification juridique. Son aisance oratoire le place dans le camp des dominants, la caste des gens de pouvoir. Il maîtrise parfaitement son image : le grand déballage sur sa vie sexuelle ne semble pas l'atteindre. Agacé, il se paie même le luxe de faire la leçon au tribunal :

Ecoutez, je commence à en avoir assez. Quel intérêt de revoir de manière sempiternelle ces pratiques, sauf à me faire comparaître pour pratiques sexuelles dévoyées, mais ça n'existe plus. Les comportements que j'ai, chacun est libre de les apprécier ou pas.

Dominique Strauss-Kahn

Audience au tribunal de Lille

Il a raison, il le sait. Le président lui-même s'était engagé à ce que le tribunal ne soit "pas le gardien de l'ordre moral" dans ce procès.

Dominique Strauss-Kahn a été déshabillé lors du procès, contraint de se justifier sur sa vie sexuelle. Il doit s'expliquer sur des SMS, dans lesquels il évoquait les soirées et où les femmes sont désignées comme du "matériel". "Un terme inconvenant", "du vocabulaire de corps de garde", reconnaît-il. Mais il sait que, dans ces messages, hormis, à nouveau, un jugement moral, rien ne peut l'accabler.

Dominique Strauss-Kahn, au tribunal correctionnel de Lille (Nord), le 12 février 2015. (ELISABETH DE POURQUERY / FRANCETV INFO)

Même attitude sur les questions autour de sa garçonnière, un appartement situé à Paris, et où se tiennent des soirées "libertines" en présence de femmes, parfois des prostituées. L'examen de ce volet, très important dans l'instruction car ces faits peuvent caractériser le délit de proxénétisme, dure huit petites minutes. Il se justifie ainsi : "Je suis un homme politique marié, j'ai donc besoin d'un lieu pour recevoir de manière discrète des personnalités politiques, mais aussi pour l'utiliser à des fins personnelles, disons-le." Du débat autour de ce lieu, DSK ne fait qu'une bouchée. C'est Pantagruel avalant l'accusation.

C'est que le dossier est fragile. Si fragile qu'il s'effondre tel un château de cartes au fil des jours. Les parties civiles ne peuvent que constater leur impuissance à démontrer la culpabilité de DSK à l'issue des deux semaines de débats. "Nous ne serons pas plus royalistes que le roi", déclare Gilles Maton le jour des plaidoiries. Il annonce, à la surprise générale, que les deux prostituées Jade et M. retirent leur constitution de partie civile contre ce prévenu, tout comme l'association Equipes d'action contre le proxénétisme.

Mis à nu, puis réhabilité

DSK a été mis à nu, mais il reprend du poil de la bête. Taquin, il "tape sur l'épaule" d'une dessinatrice d'audience pour lui demander de lui "mettre de côté un ou deux dessins signés", histoire de garder un petit souvenir du procès. Après tout, ces trois semaines d'audience sont aussi "son" moment. "De ce que j'ai vu des images retransmises du procès aux Etats-Unis, où DSK était filmé, il a, ici, beaucoup moins de gestes de nervosité. On sent qu'il y va tranquille, qu'il est plus à l'aise. On l'a vu sourire, et même rire", confie l'illustratrice Elisabeth de Pourquery.

Quand un étudiant en droit demande à DSK de lui dédicacer son Code pénal, il s'exécute avec un certain bonheur. Soulagé comme si tout était déjà fini. Heureux d'avoir pu s'expliquer, comme il l'a dit au président du tribunal, au dernier jour du procès, vendredi 20 février :

Durant ces audiences, c'est la première fois, dans la procédure, que j'ai pu m'exprimer et que j'ai eu le sentiment d'être écouté. Je vous en remercie.

Dominique Strauss-Kahn

Audience au tribunal de Lille

Et de fait, il n'y a plus guère de suspense sur le sort de Dominique Strauss-Kahn. Le jugement a été mis en délibéré et sera prononcé le 12 juin, mais l'ex-patron du FMI ne pourra être que relaxé. "Un homme puissant serait-il nécessairement coupable ?", pointe le procureur Frédéric Fèvre, qui avait déjà requis un non-lieu à la fin de l'instruction. Son réquisitoire sonne comme une véritable réhabilitation de l'homme :

Dominique Strauss-Kahn doit être traité comme n'importe quelle autre personne. (...) Sa notoriété ne doit en aucun cas être une présomption de culpabilité.

Frédéric Fèvre, procureur

Réquisitoire au tribunal de Lille

"Ce n'est pas la connaissance de la qualité de prostituée qui fait le proxénétisme, mais la réalisation des éléments constitutifs de l'infraction", rappelle-t-il à point nommé quand il requiert la relaxe "pure et simple".

Dominique Strauss-Kahn, le 12 février 2015 au tribunal correctionnel de Lille (Nord). (ELISABETH DE POURQUERY / FRANCETV INFO)

DSK le "puissant" a-t-il été victime de juges d'instruction moralisateurs ? Le procureur le sous-entend. Les plaidoiries des avocats de Dominique Strauss-Kahn sont un écho à ce réquisitoire. Frédérique Baulieu lâche sa "colère", "pour ce qu'on a fait à Jade pendant l'instruction". Puis, point par point, elle répond aux plaidoiries des avocats des parties civiles : "On compare [DSK] à Sardanapale, au Minotaure. Il n'a pas de sincérité, c'est un acteur brillant, il ment, il ne s'excuse pas", ironise-t-elle. Richard Malka, un autre de ses avocats, s'attaque à la médiatisation : "Une bulle médiatique se crée. Arrivés au tribunal, la bulle éclate."

L'estocade est portée par le troisième de ses conseils, Henri Leclerc, avocat respecté de 80 ans. "Les pires choses ont été affirmées sur DSK. (...) C'était l'incarnation du mal ! Vous rendez-vous compte, un président du FMI proxénète !", s'exclame-t-il. Comme ses confrères, il cherche à remettre les choses à leur juste valeur : DSK n'est qu'un homme parmi les autres, avec ses faiblesses et ses zones d'ombre sans doute, mais qui n'a pas enfreint la loi. "Dans ce dossier, il ne reste plus rien."

Le droit et la morale

Les charges s'écroulent autour du prévenu le plus médiatique de l'affaire. Les réquisitions sont douces : un an ferme et un avec sursis pour Dodo la Saumure, qui risquait le plus gros, et du sursis pour tous les autres. Ce n'est pas le procès du proxénétisme qui a été fait à Lille, mais celui de la prostitution.

Certains, à l'instar de l'avocat de l'association Le Nid, veulent croire que les débats auront fait avancer leur cause. Et tant pis si, pour cela, il a fallu sacrifier l'intimité d'un homme en dévoilant sa sexualité sous toutes les coutures. Et replonger d'anciennes prostituées dans leur calvaire passé. Il y aura "un avant et un après procès du Carlton", espère Emmanuel Daoud. "On veut faire le procès de la société mais ici, on fait le procès des hommes", rétorque Henri Leclerc.

Et DSK, alors ? Le roi est nu, mais debout. On aurait pu croire qu'il allait sortir abîmé de ce strip-tease imposé par les juges. C'est tout le contraire. Certes, "il y a des larmes rentrées", comme le dit son avocat, mais Dominique Strauss-Kahn a retrouvé sa superbe. A la barre, il a assumé la nature d'une vie sexuelle différente avec habileté. Il s'est défendu sans écraser, sans humilier. Pour autant, peut-il, maintenant, retourner à la rencontre des Français ? Sur ce plan-là au moins, DSK garde une part de mystère.

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