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Procès du Carlton : comment DSK se défend

Prévenu le plus médiatique, Dominique Strauss-Kahn a été entendu, mardi, par le tribunal correctionnel de Lille. L'ex-directeur du FMI assure qu'il ne savait pas qu'il se trouvait en compagnie de prostituées lors de ses parties fines. 

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M., ex-prostituée et Dominique Strauss-Kahn, au tribunal correctionnel de Lille (Nord), mardi 10 février 2015.  (ELISABETH DE POURQUERY / FRANCETV INFO)

Son visage est d'abord apparu à travers les vitres teintées d'une voiture noire. Le véhicule s'est aussitôt engouffré dans le parking, sous les crépitements des flashs, et les cris de trois militantes Femen qui ont tenté d'escalader le pare-brise du véhicule. Puis, Dominique Strauss-Kahn est arrivé dans la salle d'audience, prenant le soin d'éviter les nombreux médias. L'ex-directeur du Fonds monétaire international (FMI) est l'un des 14 prévenus du procès, poursuivi pour proxénétisme aggravé, dans l'affaire dite du Carlton.

>> Suivez en direct la comparution de DSK au tribunal correctionnel de Lille 

Son audition a commencé mardi 10 février. Il a deux jours et demi pour tenter de se disculper à la barre du tribunal correctionnel de Lille (Nord). Au cours d'une première matinée où il a encore peu parlé - invité surtout à décliner son identité - il a tout de même dévoilé sa stratégie de défense.

Des accusations balayées

DSK est le seul prévenu à avoir refusé une expertise psychiatrique, pourtant ordonnée par les juges d'instruction. Il avait la "certitude" que ses propos, tronqués, se retrouveraient "inévitablement" dans la presse, une fois qu'ils seraient versés au dossier. Il a donc préféré remettre aux experts une lettre.

Dans ce courrier lu mardi par le président du tribunal, Bernard Lemaire, DSK réfute toutes les accusations.

Je n'ai commis ni crime, ni délit.

Dominique Strauss-Kahn

Audience au tribunal de Lille

Calme, les mains jointes, il répond sobrement aux questions du président.

Quelques rencontres, pas d'activité sexuelle "frénétique"

DSK a ensuite été invité à détailler les liens qui l'unissent au commissaire divisionnaire et ex-chef de la sûreté départementale du Nord, Jean-Christophe Lagarde, et à deux entrepreneurs, David Roquet et Fabrice Paszkowski. Ce dernier, qu'il a rencontré à Béthune (Pas-de-Calais) en 2006, dans un cadre politique, est un ami. "A l'enterrement de ma mère, il y avait 25 personnes. Et il y avait Fabrice, explique DSK. Avec David Roquet et Jean-Christophe Lagarde, c'était plus de la camaraderie, je les ai rencontrés par l'intermédiaire de Fabrice."

"Nous nous sommes rencontrés quatre fois par an pendant trois ans et pas plus que ça, poursuit l'ex-patron du FMI. Quand on lit l'ORTC [l'ordonnance de renvoi devant le tribunal correctionnel] on a l'impression d'une activité [sexuelle] frénétique." Or, selon lui, ce n'était pas le cas. 

Il n'y a pas eu cette activité [sexuelle] débridée.

Dominique Strauss-Kahn

Audience au tribunal de Lille

Il nie avoir su qu'il s'agissait de prostituées

Comme il l'avait déjà fait, Dominique Strauss-Kahn a ensuite nié face au président du tribunal avoir eu connaissance de la présence de prostituées lors des parties fines :

"Aviez-vous connaissance de l'aspect prostitutionnel de ces soirées ?

- Non.

- Vous n'avez pas changé d'avis ?

- Sur la connaissance de l'aspect prostitutionnel ? Non."

Pas d'argent évoqué lors des soirées

C'est ensuite M., ex-prostituée et partie civile au procès, qui est interrogée. A nouveau, comme lundi, elle doit raconter sa soirée à l'hôtel Murano à Paris, au cours de laquelle elle a eu une relation sexuelle avec DSK. David Roquet, qui l'aurait payée pour cela par la suite, a qualifié cette soirée de "sortie libertine".

M. détaille la soirée et répond aux questions du président du tribunal. Ce dernier s'intéresse aux circonstances, tout en tentant d'éviter les détails crus. Puis, c'est au tour de Frédérique Beaulieu, une des avocates de DSK, de poser quelques questions à l'ancienne prostituée. 

"Lors de cette soirée, il y avait plutôt une atmosphère conviviale et sympathique ?

- Oui bien sûr, c'était correct.

- Vous n'avez pas parlé d'argent avec les femmes qui étaient là ?

- Non. Elles m'ont dit qu'elles venaient du nord de la France et qu'elles travaillaient dans des bars. On n'a jamais parlé d'argent."

Pour M., c'est clair : "Il n'y a pas eu d'argent évoqué, de tarif, ou quoi que ce soit." On sent que Frédérique Beaulieu vient d'obtenir la réponse qu'elle cherchait : si l'argent n'a pas été évoqué, comment DSK pourrait savoir qu'il vient d'avoir un rapport sexuel avec une prostituée ?

L'ex directeur du FMI va devoir encore s'en expliquer. Car pour M., tous les éléments laissent penser qu'il savait qu'il se trouvait en présence de prostituées. "Pour moi, il y avait une atmosphère préparée, d'organisation, tout ça pour avoir des relations sexuelles avec DSK", a-t-elle insisté mardi en fin de matinée.

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