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DSK au procès du Carlton : "J'aime que ce soit la fête, avant et après les relations sexuelles"

Au premier jour de son audition, l'ex-directeur du FMI a martelé qu'il ne savait pas qu'il avait des relations sexuelles avec des prostituées. Mais ces dernières disent le contraire. Elles ont aussi livré leur version des faits.

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France Télévisions
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Dominique Strauss-Kahn, devant le tribunal correctionnel de Lille (Nord), le 10 février 2015. (ELISABETH DE POURQUERY / FRANCETV INFO)

DSK à la barre : c'est le fait marquant de la septième journée d'audience du procès de l'affaire dite du Carlton de Lille. L'ex-directeur du Fonds monétaire international (FMI), qui comparaît pour proxénétisme aggravé, était déjà apparu à l'ouverture du procès, lundi 2 février. Mais son audition a véritablement commencé mardi 10 février. Elle se poursuit mercredi et jeudi.

Dominique Strauss-Kahn a confirmé mardi sa ligne de défense : il ignorait que ses partenaires de soirées libertines étaient des prostituées. Il estime donc n'avoir rien à se reprocher. Deux ex-prostituées parties civiles, M. et Jade, ne sont pas d'accord. Elles ont livré leurs versions des faits. Un fossé sépare les visions d'une même soirée. DSK savait-il ou pas ? Ce point reste au coeur des débats.

DSK : "Je n'ai jamais soupçonné, ni su qu'il y avait des prostituées"

Comme il l'avait déjà fait devant les juges d'instruction, Dominique Strauss-Kahn a nié mardi, à plusieurs reprises, avoir eu connaissance de la présence de prostituées dans les soirées ou les réunions auxquelles il a participé. Il le dit d'abord lors de sa première apparition à la barre. Au président du tribunal, Bernard Lemaire, qui lui demande s'il n'a pas changé d'avis sur ce point, il répond : "Sur la connaissance de l'aspect prostitutionnel ? Non."

Puis, à 14 heures, l'ancien directeur du FMI, toujours en costume noir sur chemise blanche et cravate grise, les cheveux blancs coiffés en arrière, est invité à s'expliquer sur les circonstances d'une soirée à l'hôtel Murano, à Paris, à laquelle l'ex-prostituée M. a participé. La date, vague jusqu'ici - quelque part au printemps 2010 -, est finalement retrouvée : c'était le 29 juillet 2010.

DSK qualifie ce moment de "séance", de "rencontre de récréation" de trois heures, voire de "soupape de récréation", car il travaillait beaucoup. Puis il donne des précisions sur l'organisation : il s'est toujours considéré comme invité par Fabrice Paszkowski.

Je ne m'estime en rien organisateur de quelconque soirée. Je n'avais pas le temps. Et à aucun moment, je ne demande qu'on ne m'organise une soirée.

Dominique Strauss-Kahn

Audience au tribunal de Lille

DSK affirme ensuite qu'il n'est pas amateur de prostituées. "Les prostituées mènent une vie difficile, elles peuvent être l'objet de pressions, de souteneur ou de policier. Je n'ai aucun plaisir et j'ai même horreur" des relations sexuelles tarifées, déclare-t-il. Pour justifier son refus de rapport sexuel avec des prostituées, il révèle ce qui lui plaît dans le libertinage.

Ce qui me plaisait dans ces rencontres, c'était une atmosphère de fête. J'aime que ce soit la fête, avant et après les relations sexuelles.

Dominique Strauss-Kahn

Audience au tribunal de Lille

L'ex-directeur du FMI ajoute qu'avoir recours à des prostituées est un risque qu'il n'aurait jamais pris. "Si je l'avais su, ça aurait été une sacrée bêtise et j'aurais refusé de participer à ces soirées", commente-t-il.

En fin d'après-midi, DSK revient à la barre. Il maintient une nouvelle fois qu'il n'a jamais "su ni soupçonné" qu'il y avait des prostituées dans les soirées auxquelles il a participé. A propos des versions données par M. et Jade, il dit qu'il ne se souvient pas avoir ressenti la même chose : "Je ne l'ai pas vécu comme ça." Comment ont-elles vécu ces soirées, elles ?

M. : "DSK ne pouvait ignorer que j'étais payée"

 
M. est appelée à la barre en fin de matinée. Elle porte un pull beige sur son jean. Son carré de jais, autour de son visage, se mêle à son écharpe noire. Elle est invitée à s'expliquer sur les circonstances de la soirée du 29 juillet 2010 au Murano. Elle affirme avoir eu un seul rapport sexuel, pour lequel elle a été payée à son retour à Lille. Comme lundi, elle ajoute qu'elle avait été dûment prévenue par son recruteur de l'identité de son partenaire : DSK.
 
Avec des sanglots dans la voix, M. évoque un rapport sexuel difficile, "brutal mais consenti". "Il me fallait cet argent, j'en avais besoin." Des larmes coulent sur son visage et laissent des traces de Rimmel. Le président du tribunal lui pose des questions précises.
 
"Vous avez toujours été consentante ?
 
- J'ai montré quelques réticences, pas par des mots, mais par des gestes.
 
- Des gestes qui montraient quoi ? Un refus ?
 
- Oui ça montrait que je ne voulais pas. Je ne l'ai pas dit oralement.

- Vous avez pleuré ?

- Oui beaucoup.

- Votre partenaire l'a vu ?

- Oui. C'est son sourire qui m'a marquée du début à la fin."
 
L'ambiance est lourde. Un silence s'installe. M. sanglote. Puis elle se reprend. "Il y a eu cet épisode qui s'est mal passé, mais en dehors de ça, il y a eu du respect." M. poursuit et précise sa pensée. Selon elle, tous les éléments laissent penser que DSK savait qu'il se trouvait en présence de prostituées. "Pour moi, il y avait une atmosphère préparée, d'organisation, tout ça pour avoir des relations sexuelles avec DSK."
 
DSK, lui, déclare l'après-midi qu'il n'a pas ressenti de "dénégation" de sa part. "Avez-vous remarqué qu'elle pleurait ?", lui demande Bernard Lemaire. "Absolument pas. Ça m'aurait glacé", répond-il. Peu après il affirme : "Je n'ai jamais eu le sentiment que ces femmes venaient pour moi."

Jade : "Ce n'était pas du libertinage"

 
En milieu d'après-midi, après une rapide suspension d'audience, c'est au tour de Jade de parler d'une sortie à l'hôtel Murano à Paris. Cette fois, on est au premier semestre 2009 : en mars ou en juin, les avis divergent encore. Petites lunettes, chevelure rousse qui laisse penser qu'elle porte une perruque, engoncée dans une veste polaire à motifs colorés, elle raconte sa première rencontre avec DSK.
 
A cette époque, Jade a quitté le club Madame, un bar de Dodo la Saumure en Belgique. Indépendante, elle continue de se prostituer de temps à autre, avec une "activité de danse" à son compte en parallèle. Elle accepte cette sortie au Murano pour 500 euros. Elle aussi parle de buffet à disposition avant des rapports sexuels, qu'elle a avec plusieurs hommes. Puis elle se retrouve avec "un monsieur". C'est DSK, mais Jade ne le connaissait pas.

Un jour je l'ai vu à la télévision et là je me suis dit : "C'est lui, mais il est habillé !"

Jade

Audience au tribunal de Lille

La scène avec DSK au Murano, Jade n'est pas prête de l'oublier. "Il y avait beaucoup de femmes autour. Ce n'était pas du libertinage, il n'y avait pas d'autres hommes", commence-t-elle. Puis elle poursuit.

Le libertinage ? Des hommes et des femmes. Là c'est un homme et des femmes. Il y a un aller et un retour, là c'est un aller simple.

Jade

Audience au tribunal de Lille

Jade n'hésite pas à utiliser des mots crus. Au président qui lui demande si
elle avait parlé avec DSK, elle répond : "Pas vraiment, car je l'avais en bouche." Elle explique lui avoir prodigué une fellation avec préservatif.
 
Jade est intelligente : le rapport d'un expert mentionne son QI élevé. Mais Frédérique Baulieu, seule femme du trio d'avocats de DSK, parvient à la déstabiliser. Elle démontre qu'il y avait bien le même nombre d'hommes et de femmes à cette soirée, et qu'ils étaient bien dotés de préservatifs, en sous-entendant qu'on l'est toujours dans une soirée libertine.
 
"Je suis sûre que Jade dit la vérité", reconnaît de son côté DSK. Avant de rapidement ajouter : "On a tous des souvenirs changés par le temps" dans ce dossier. "Cette rencontre au Murano, je ne l'ai pas vécue comme ça", conclut-il. Chacun a sa vérité, et la défend.

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