L'affaire Le Scouarnec est "un échec du recueil de la parole de l'enfant", d'après l'association La Voix de l’enfant

Pour Martine Brousse, présidente de La Voix de l’enfant, ce procès est l'occasion de casser l'omerta et de rappeler que "s'il y a une suspicion, il faut parler", notamment en composant le numéro 119.

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 Martine Brousse, le 26 juin 2012, au Mans. (OLIVIER BLIN / MAXPPP)

L'affaire Le Scouarnec, "c'est un échec de la famille, qui n'a pas su protéger ses enfants, c'est un échec des institutions, c'est un échec du recueil de la parole de l'enfant", a déclaré lundi 30 novembre sur franceinfo Martine Brousse, présidente de La voix de l’enfant, association qui s'est portée partie civile dans le procès de Joël Le Scouarnec qui reprend ce lundi. L’ex-chirurgien pédophile est jugé pour les viols et agressions sexuelles sur quatre victimes mineures à l'époque des faits. Pour Martine Brousse, ce procès est l'occasion de casser l'omerta et de rappeler que "s'il y a une suspicion, il faut parler", notamment en composant le numéro 119.

franceinfo : C'est la voix d'une petite voisine qui fait tomber l'ancien chirurgien, alors que sa nièce avait déjà parlé d'abus à sa famille. Est-ce que ce procès, c'est aussi celui du silence ?

Martine Brousse : Tout à fait, c'est l'omerta. Et, bien que le procès soit à huis clos afin de respecter les victimes, je pense que le travail des médias tout au long de cette semaine va être d'informer, pour que les messages passent auprès des familles, auprès des voisins, des professionnels : s'il y a un doute, une suspicion, il faut parler, il y a notamment le numéro 119 qui permet d'interpeller, de poser des questions, de chercher des conseils. Et puis le plus important, c'est de recueillir la parole de l'enfant. Dans cette affaire, on n'a pas cru les enfants. Il a fallu la force d'une petite fille et un ou deux adultes qui la croient pour que cette affaire soit dévoilée. Mais le pire c'est le silence de la famille, parce que les nièces ont parlé. On les a sans doute entendues, mais il ne fallait pas faire de vagues dans cette famille. Ce silence, ce déni pour ne pas entacher la famille, a engendré des drames, d'une part pour les premières victimes dans cette affaire, mais des drames pour plus de 300 victimes après, donc les responsabilités sont très lourdes.

Dans cette affaire, il y avait eu des alertes dans le système hospitalier qui sont restées quasiment lettre morte. C'est un échec du système, d'après vous ?

Martine Brousse : C'est un échec total. C'est un échec de la famille, qui n'a pas su protéger ses enfants, c'est un échec des institutions, et puis c'est un échec du recueil de la parole de l'enfant, parce que l'enfant, avec sa souffrance, il dit sa vérité. Et donc, c'est à nous aujourd'hui de déployer tous les moyens pour que les enfants qui sont victimes soient accueillis dans des unités en service pédiatrie car ce sont les professionnels les mieux à mêmes de comprendre les souffrances d'un enfant. Et puis c'est aux familles de parler, et là les responsabilités sont grandes aussi bien celles des familles, des voisins et des institutions.

Depuis loi du 6 aout 2018, le délai de la prescription est passé de 20 à 30 ans à compter de la majorité de la victime de viol. Mais dans cette affaire Le Scouarnec, parmi plus de 300 victimes potentielles, il y a des faits qui sont quand même prescrits. Est-ce qu'il faudrait rendre ces affaires imprescriptibles ?

La voix de l'enfant n'est pas pour l'imprescriptibilité. Elle ne souhaite pas qu'on banalise ces affaires. L'imprescriptibilité c'est pour les crimes de guerre, pour les crimes contre l'humanité. Et aussi odieux que soient tous ces crimes sur les enfants, il nous faut avant tout mettre des moyens en place pour libérer la parole, car plus nous allons libérer la parole, moins il y aura besoin de ces délais de prescription. Vous savez, si on parle à 48 ans, il va falloir apporter les preuves. Les personnes seront peut-être décédées ou elles ne pourront pas répondre. Il nous faut permettre dès le plus jeune âge aux enfants de parler et surtout de recueillir leur parole et de faire ce que cette parole soit entendue et reconnue. Et s'il y a des faits qui relèvent de la justice, ces faits et les auteurs doivent être jugés. Plus nous irons vers ça, moins nous aurons besoin de parler d'imprescriptibilité.

L'une des nièces de Joël Le Scouarnec raconte qu'à l'époque elle a appelé un numéro vert pour raconter ce qui lui a été fait, et qu'on lui a répondu que les faits étaient prescrits, que ça ne servait à rien d'aller plus loin. Est-ce que les choses ont changé depuis ?

Oui, les choses ont changé. D'une part, elles ont changé parce que le numéro vert national, le 119 répond et travaille en pluridisciplinarité, avec des associations, des professionnels. Tous les écoutants sont des professionnels. Et puis aussi, ce qui ce qui a changé, c'est la possibilité et la réactivité aujourd'hui, grâce à la formation, grâce à ce travail fait avec les associations, la possibilité de croiser les informations. Et puis, pour les personnes qui n'obtiennent pas de réponse à leur appel, il faut qu'elles n'hésitent pas à rappeler soit le 119 soit les associations, et aussi à saisir les autorités. Toute personne peut saisir le procureur de la République de son tribunal.

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