Affaire Grégory : trois questions sur le témoignage-clé du cousin de Murielle Bolle

Les dires de ce témoin, qui n'avait jamais été entendu auparavant, ont pesé lourd dans la mise en examen de Murielle Bolle.

Murielle Bolle, le 21 juin 2017 à Granges-sur-Vologne (Vosges).
Murielle Bolle, le 21 juin 2017 à Granges-sur-Vologne (Vosges). (PATRICK HERTZOG / AFP)

Lorsqu'il évoquait la semaine dernière un "témoignage récent" et "très précis" d'un "parent" affirmant avoir "vraiment vu ce qui s'est passé" le 5 novembre 1984, au soir de l'arrestation de Bernard Laroche, c'était à lui que le procureur général faisait allusion. P.F., cousin germain de Murielle Bolle, a récemment livré aux enquêteurs un témoignage inédit qui a bousculé l'enquête sur l'assassinat du petit Grégory. Et qui a pesé lourd dans la mise en examen pour "enlèvement" de cette femme de 48 ans, maintenue en détention mardi 4 juillet.

Franceinfo revient en trois questions sur celui vers qui tous les regards se tournent désormais.

Qui est cet homme ?

Âgé de 54 ans, P.F. se présente au Parisien comme un cousin germain de Murielle Bolle vivant en Lorraine. Entendu par les enquêteurs, il a affirmé avoir fait autrefois de la prison "pour de la violence, beaucoup de violence, et un vol avec violence, mais il y a prescription", selon des éléments des procès verbaux cités par Le Figaro

Dans les colonnes du Parisien, il se dit "gravement malade", et "invalide à 80%". Et explique s'être manifesté auprès des enquêteurs trente-deux ans après les faits pour soulager sa conscience et n'avoir "rien à gagner" dans cette affaire.

Que dit son témoignage ?

Le témoignage de ce fameux cousin permettrait aux enquêteurs de comprendre pourquoi Murielle Bolle s'est rétractée après avoir accusé son beau-frère Bernard Laroche d'avoir enlevé le petit Grégory. P.F. a assuré qu'en revenant chez elle après s'être confiée aux gendarmes le 5 novembre 1984, Murielle Bolle a été victime d'un "lynchage" de la part de ses proches, qui lui reprochaient d'avoir provoqué l'arrestation de son beau-frère.

Parmi les auteurs de ces violences, ce nouveau témoin cite la sœur de Murielle Bolle Marie-Ange, épouse de Bernard Laroche, leur père Lucien, dit "Titi", et leur mère Jeannine. Dans les extraits de procès verbaux cités par Le Figaro, il fait état d'une violence extrême.

[Murielle Bolle] était en train de se faire massacrer à l'étage, par Marie-Ange, sa mère et le Titi. On l'entendait hurler, j'ai été choqué de voir Marie-Ange avec une poignée de cheveux de Murielle dans la mainP.F., cousine de Murielle Bolledevant les enquêteurs

Un des avocats de la famille, Paul Prompt, mort depuis, aurait alors calmé les esprits, et expliqué à la jeune femme comment se rétracter. Mais Murielle Bolle se serait ensuite confié à son cousin P.F., et lui aurait "juré sur la tête de sa mère" que Bernard Laroche était bien l'auteur de l'enlèvement, et que Grégory aurait été remis "à deux personnes, alors qu'il faisait presque nuit".

Comment ont réagi les autres acteurs du dossier ?

Interrogé par franceinfo, maître Gérard Welzer, avocat de Marie-Ange Laroche, la sœur de Murielle Bolle et veuve de Bernard Laroche, a balayé le témoignage de P.F. 

(...) Le 5 novembre 1984 au soir, [le cousin] n'était absolument pas au domicile des Bolle. Murielle a passé la soirée du 5 novembre chez un couple de la famille, ce n'était pas chez ses parents.Maître Gérard Welzerà franceinfo

Dans les colonnes du Parisien, l'avocat réfute également catégoriquement la présence de son confrère Paul Prompt lors de cette fameuse soirée. Et dément donc que celui-ci ait suggéré à Murielle Bolle de revenir sur son témoignage. "A ce moment précis, Paul Prompt n’est pas arrivé dans les Vosges, il est encore à Paris. La preuve, c’est que le lendemain, je vais seul en détention rencontrer Bernard Laroche", explique l'avocat.

Même son de cloche du côté de Jean-Paul Teissonnière, avocat de Murielle Bolle. Selon lui, le juge devant lequel sa cliente s'était rétractée "n'a jamais constaté un visage tuméfié" au lendemain de ces prétendues violences. Et "nous avons la certitude que ceux qu'on nous présente comme les participants (à cette soirée) n'étaient pas là", souligne l'avocat.

Le Figaro note par ailleurs que le nom de P.F. n'apparaît pas sur les procès-verbaux de l'époque. Une source proche de l'enquête citée par le quotidien affirme que "des vérifications sont en cours" à ce sujet, et que "la déposition de ce témoin n'est pas le seul élément qui va vers l'existence de pressions" sur Murielle Bolle.