Cet article date de plus d'un an.

Violences après la mort de Nahel : on vous résume la polémique autour d'un communiqué de syndicats de police en cinq actes

Dans un communiqué publié vendredi, Alliance et Unsa police ont appelé au "combat" contre les "nuisibles" qui prennent part aux émeutes. En réaction, deux députés de gauche ont annoncé saisir la justice.
Article rédigé par franceinfo avec AFP
France Télévisions
Publié
Temps de lecture : 4 min
Les syndicats policiers Alliance et Unsa police sont à l'origine du communiqué au cœur d'une polémique démarrée le 30 juin 2023. (SAMUEL BOIVIN / NURPHOTO / AFP)

Ils se disent prêts au "combat" contre les "nuisibles" et les "hordes sauvages". Alliance, syndicat majoritaire de gardiens de la paix, et Unsa police ont appelé, dans un communiqué publié vendredi 30 juin, au "combat"  face aux personnes qui prennent part aux violences. Cette prise de position intervient après plusieurs jours d'émeutes nocturnes consécutives à la mort de Nahel, ce jeune homme de 17 ans tué par un policier mardi lors d'un contrôle routier à Nanterre (Hauts-de-Seine).

>> Violences après la mort de Nahel : suivez les dernières informations en direct

Alors que des élus de gauche dénoncent une "menace de sédition" de la part des syndicats policiers. Cette communication suscite de vives réactions politiques et pourrait bien prendre un tournant judiciaire. Franceinfo résume les rebondissements de ce dossier brûlant en cinq actes.

1 Un communiqué qui appelle au "combat" contre des "nuisibles"

Alliance, syndicat majoritaire des gardiens de la paix, qui revendique sur son site près de 30 000 adhérents, se fend, avec Unsa police, d'un communiqué. Ils appellent dans ce communiqué au "combat" contre les "nuisibles" et les "hordes sauvages", qui prennent part aux violences urbaines nocturnes après la mort de Nahel. Ils préviennent : "Demain, nous serons en résistance et le gouvernement devra en prendre conscience".

Les deux syndicats disent ne plus en pouvoir de "supporter le dictat de ces minorités violentes". "Se soumettre, capituler et leur faire plaisir en déposant les armes ne sont pas des solutions au regard de la gravité de la situation", ajoute le communiqué.

2 Une partie de la classe politique s'indigne de ces propos

Plusieurs responsables de gauche, dont Jean-Luc Mélenchon (LFI) et Marine Tondelier (EELV) dénoncent vendredi, dans la foulée, le contenu de ce communiqué. Selon eux, il s'agit d'une "menace de sédition". "Les 'syndicats' qui appellent à la guerre civile doivent apprendre à se taire. On a vu les comportements meurtriers sur lesquels débouchent ce genre de propos", tweete Jean-Luc Mélenchon. L'ancien candidat à la présidentielle de LFI appelle le "pouvoir politique" à "reprendre en main la police" et conclut : "Ceux qui veulent le calme ne jettent pas de l'huile sur le feu". De son côté, le député insoumis François Ruffin s'insurge : "Des syndicats de police se disent 'en guerre', et préparent la 'résistance', y compris contre le gouvernement".

"Gérald Darmanin est en responsabilité et doit se saisir de ces propos qui sont dangereux", réagit également Fabien Roussel, secrétaire national du Parti communiste français, samedi sur franceinfo. Latifa Ibn Ziaten, mère d'un soldat tué par Mohammed Merah en 2012, dénonce, elle aussi, le communiqué, vendredi sur franceinfo. "On ne peut pas traiter les jeunes de sauvages parce que vous allumez encore le feu (...) Les cités ont été oubliées", a-t-elle commenté.

3Les syndicats CFE-CGC et l'Unsa se désolidarisent de ces déclarations

Du côté de la corporation, ces déclarations ne font pas l'unanimité. Le secrétaire général de l'Unsa, Laurent Escure, et le président de la CFE-CGC, François Hommeril, prennent leurs distances avec le communiqué d'Alliance et Unsa police. "La défense catégorielle d'une profession, même sincère, n'autorise pas à déroger par les mots aux valeurs qui font notre République et qui fondent l'Unsa", a tweeté Laurent Escure.

Le président de la CFE-CGC juge, lui, auprès de Libération, "totalement inappropriés" les termes utilisés. Il précise également au quotidien prévoir d'appeler le secrétaire général d'Alliance pour lui demander s'il a "pris la mesure du trouble que cela peut provoquer". Le contenu de ce communiqué pourrait être abordé lundi lors de la réunion hebdomadaire du bureau national, selon lui.

4Alliance Police et Unsa Police répondent à la polémique

Vendredi soir, Alliance Police et Unsa Police réagissent aux critiques formulées par la classe politique, dans un nouveau communiqué. "Quelques explications de texte pour les mauvais esprits : 'Nous sommes en guerre' est une image relatant ce que subissent nos collègues chaque jour sur le terrain. Nous sommes face à une guérilla urbaine et non plus face à des violences urbaines, c'est donc contre une guerre urbaine que nos collègues luttent pour gagner", peut-on notamment lire dans ce texte.

"Quand nos organisations évoquent la résistance, nous parlons de résistance syndicale, de combats syndicaux à venir, résistance dont font preuve nos collègues face à la foudre de ceux qui veulent semer le chaos. Chaos voulu par les nuisibles, ceux qui veulent nuire aux valeurs de notre république", écrivent-ils encore.

5Des députés saisissent la justice

Le député LFI Frédéric Mathieu annonce se saisir de la justice. Sur son compte Twitter, l'élu d'Ille-et-Vilaine publie le courrier adressé au procureur de la République de Rennes. Il dénonce "un discours tendant à faire entrer une partie de la police dans une dynamique de guerre civile contre une partie de notre population et de notre jeunesse".

"Je saisis le procureur de la République après le communiqué des syndicats Alliance Police Nationale et Unsa Police", réagit aussi sur Twitter l'eurodéputée écologiste Karima Delli. Elle dénonce des propos "qui tendent à faire entrer une partie de la police dans une dynamique de guerre civile contre une partie de notre population et de notre jeunesse."

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.