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Témoignage Mort de Nahel : "Je le connaissais comme si c'était mon petit frère", témoigne l'ambulancier filmé en train d’interpeller avec colère des policiers

L'ambulancier a été reconnu coupable d'outrage, mais dispensé de peine par le tribunal de Nanterre. Il raconte à franceinfo avoir été emporté par l'émotion.
Article rédigé par Lauriane Delanoë
Radio France
Publié
Temps de lecture : 2 min
L'ambulancier Marouane et son avocate, Me Sarah Mauger-Poliak, à la sortie du dépôt du tribunal judiciaire de Nanterre, jeudi 29 juin 2023. (LAURIANE DELANOË / RADIO FRANCE)

Le policier mis en cause dans la mort de Nahel tué par balle après un refus d'obtempérer, a été mis en examen pour homicide volontaire et placé en détention provisoire jeudi 29 juin. L'ambulancier interpellé après avoir invectivé des policiers lui a été reconnu coupable d'outrage, mais dispensé de peine par le tribunal de Nanterre. Marouane avait été filmé en train de s'énerver contre des fonctionnaires devant l’hôpital de la ville des Hauts-de-Seine, peu après la mort de l'adolescent mardi. L'homme de 31 ans était proche de la victime. Il dit avoir été emporté par son émotion.

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À sa sortie du tribunal, Marouane a les yeux qui s'embrument, quand il parle du jeune Nahel, son ancien voisin, qu'il connaissait depuis sa naissance : "Je le connaissais comme si c'était mon petit frère", explique-t-il, encore très ému. "Ma mère l'a déjà gardé quand il était petit. On l'a pris un peu sous nos ailes, parce que sa mère l'a fait grandir toute seule. Son père, il ne le connaissait pas."

"Il avait la vie devant lui"

L'ambulancier raconte qu'il a vu grandir Nahel, qu'il décrit comme un garçon "gentil et serviable" : "Vous pouvez demander à tout Nanterre, même s'il ne vous connaissait pas, il vous rendait un service". Le jeune homme de 17 ans "avait la vie devant lui", souligne Marouane qui se demande ce que va devenir sa mère dans les années à venir. 

"C'est juste qu'il a dû avoir peur avec l'arme braquée sur lui, mais est-ce que ça vaut une balle dans le thorax et qu'il se vide de son sang et qu'il meurt ?"

Marouane

à franceinfo

Cette émotion a donc submergé l'ambulancier mardi, quand, juste après la mort de Naël, il croise des policiers de la même brigade que l'auteur du tir devant l'hôpital de Nanterre. L'homme de 31 ans les invective, déverse sa colère. Une colère encore forte à sa sortie du tribunal, après ses presque deux jours en garde à vue et sa condamnation pour outrage : "Tout ça parce que j'ai exprimé mon mécontentement face à ce qu'ils ont fait, à la bavure extrêmement, mais extrêmement choquante qu'ils viennent de faire devant le monde entier".

Appel au calme

Mais au tribunal et en garde à vue, Marouane a croisé d'autres jeunes interpellés lors des violences ces derniers jours. Alors, ce père d'une fillette de trois ans appelle au calme. "On sera tous perdants", prévient-il. "Je suis d'accord sur le fait d'exprimer notre colère, mais pas de cette manière-là", dit-il. "Si le feu continue, poursuit l'ambulancier, ce sont toutes les personnes qui font violence, qui vont se faire interpeller, qui vont être perdant, qui vont se retrouver en mandat de dépôt ou en mandat d'arrêt."

"Ça ne va pas faire revenir Nahel, ça va ne faire que leur donner raison."

Marouane

à franceinfo

Si les violences continuent "ils vont dire : 'Regardez les banlieusards, ils ne savent pas se calmer, ils brûlent partout'", craint-il. "Et au final, on se retrouvera tous à avoir des problèmes : justice, prison, maison d'arrêt pendant que la police va rentrer chez elle. Elle va manger, et dormir avec sa famille". "Soutenons la mère de Nahel et laissons faire la justice, même si elle prend parfois son temps", conclut l'ambulancier.

Témoignage de l'ambulancier : le reportage de Lauriane Delanoë

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