INFO FRANCEINFO. Affaire Adama Traoré : une nouvelle expertise médicale écarte la responsabilité des forces de l'ordre

L'expertise médicale auquelle a eu accès franceinfo conclut vendredi qu'Adama Traoré n'est pas décédé d'asphyxie positionnelle mais d'un œdème cardiogénique. Selon la famille du jeune homme, cette expertise médicale se base sur un faux témoignage. 

Rassemblement en mémoire d\'Adama Traoré, le 30 juillet 2016.
Rassemblement en mémoire d'Adama Traoré, le 30 juillet 2016. (AURELIEN MORISSARD / MAXPPP)

La nouvelle expertise médicale attendue depuis plusieurs jours dans le cadre de l'affaire d'Adama Traoré écarte vendredi 29 mai la responsabilité des forces de l'ordre dans la mort du jeune homme de 24 ans en 2016, a appris franceinfo auprès d'une source proche de l'enquête. "M. Amada Traoré n’est pas décédé d’asphyxie positionnelle, mais d’un œdème cardiogénique", conclut l'expertise médicale auquelle a eu accès franceinfo. La précédente expertise, demandée par la partie civile, mettait en cause la technique d'intervention des gendarmes, d'où cette nouvelle expertise qui avait été ordonnée par les juges d'instruction

>> Affaire Adama Traoré : les proches de la victime dénoncent un faux témoignage

Adama Traoré est mort le 19 juillet 2016, à la caserne de Persan, dans le Val-d’Oise, deux heures après son interpellation mouvementée par des gendarmes à Beaumont-sur-Oise. Les proches d'Adama Traoré soutiennent que c'est la technique d'intervention des gendarmes, le plaquage ventral, qui a provoqué la mort du jeune homme.

"La conclusion est très claire: le plaquage ventral qui est dénoncé depuis le début  par la famille comme étant l'origine du décès vient pour la troisième fois d'être infirmé par les experts médicaux", a réagi Rodolphe Bosselut, avocat de deux des gendarmes placés sous statut de témoin assisté. "Aucune responsabilité des gendarmes ne peut être engagée dans ce dossier", selon l'avocat. "Je pense que l'instruction peut être clôturée", conclut-il. 

L'avocat de la famille dénonce "de pseudos-experts"

"Nous estimons que cette expertise n'a aucune valeur", a réagi auprès de franceinfo Yassine Bouzrou, avocat de la famille d'Adama Traoré. "Je m'interroge sur le travail réalisé par ces pseudos-experts. Je pense qu'ils ont été choisi pour rendre ce travail-là. Ils font honte à la médecine. Cette énième expertise réalisée par des médecins incompétents en la matière n'apporte absolument rien. C'est même très grave d'inventer une pathologie cardiaque, sachant que des cardiologues l'ont complètement écartée il y a quelques mois", déclare Yassine Bouzrou.

Yassine Bouzrou ajoute que "le rapport d'expertise se base sur un témoignage mensonger" : "Un témoin a fait état des difficultés respiratoires d'Adama Traoré. Ce témoin refuse de témoigner devant les juges d'instruction, refuse de se rendre aux convocations, et doit faire l'objet d'une arrestation afin de l'entendre. Une personne qui refuse à ce point de témoigner, en général on peut considérer que c'est un menteur."

Ce témoin, âgé de 38 ans, a affirmé au moment des faits qu’Adama était arrivé à son domicile déjà essoufflé, qu’il respirait bruyamment et qu’il ne parvenait presque pas à parler. Pour la partie civile, c’est en s’appuyant notamment sur ce témoignage, que les experts ont estimé qu’Adama Traoré était en état de détresse respiratoire, avant son interpellation mouvementée. 

"Nous demandons aujourd'hui aux juges de convoquer les gendarmes, et de les mettre en examen, car il existe une quinzaine d'indices graves laissant présumer que les gendarmes ont tué Adama Traoré en mettant tout leur poids sur son corps", termine l'avocat de la famille d'Adama Traoré.