Accusation de viol chez les pompiers de Paris : la jeune femme a vécu "l'enfer pendant plusieurs mois", explique son avocat

La victime subissait un harcèlement moral et sexuel sur son lieu de travail. Elle affirme avoir été violée par un caporal avec qui elle avait évoqué les faits.

Un véhicule des sapeurs-pompiers de Paris (illustration)
Un véhicule des sapeurs-pompiers de Paris (illustration) (ALEXIS SCIARD / MAXPPP)

Un caporal de la brigade des sapeurs-pompiers de Paris est accusé de viol par une jeune femme qui était sous ses ordres. Les faits présumés se sont produits le 18 août 2016, une plainte a été déposée en octobre 2017, selon une information du journal Le Monde, dont franceinfo a eu confirmation samedi 28 juillet.

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Alizée, dont le prénom a été modifié, dit avoir d'abord subi des brimades, des humiliations et un harcèlement moral, selon maître Frank Berton, son avocat. "Elle était sans cesse dévalorisée parce qu'elle était du sexe féminin", précise-t-il à franceinfo. "On lui mettait des préservatifs dans son sac. On lui dessinait des sexes dans son cahier de cours. Il y avait des commentaires sur son attitude physique parce que c'est une jeune fille assez mignonne, il faut le dire".

Ce harcèlement a eu des conséquences sur son activité professionnelle, assure Frank Berton. "On lui faisait des réflexions, des propositions et même sur l'aspect professionnel des choses : on ne supportait pas qu'elle soit meilleure que certains hommes. On la dévalorisait donc systématiquement en essayant même de la freiner dans sa formation."

"Aucun soutien" au sein de la brigade

Les faits se sont ensuite aggravés. "Le harcèlement moral est devenu très violent. Le harcèlement sexuel l'était tout autant, alors elle a décidé, un jour, de saisir sa hiérarchie, de dénoncer les faits", raconte Frank Berton. Alizée est reçue par une psychologue de l'armée mais elle n'est pas entendue, relate son avocat. "Alors qu'elle pensait avoir un soutien avec lui parce qu'elle avait dénoncer à sa hiérarchie les faits de harcèlement moral et sexuel qu'elle subissait, la réponse de la psychologue a été de la classer P5 [inapte à exercer en tout milieu militaire et de fonction publique] et de la virer des cadres", assure Frank Berton.

C'est peu après que la jeune femme aurait été violée. "Elle s'en ouvre à un caporal de sa section qui, finalement, va la violer au sein de l'infirmerie", détaille l'avocat. "Il va perpétrer sur elle à la fois un viol et des faits d'agressions sexuelles. Donc là, c'est la descente aux enfers pour cette jeune femme de 20 ans".

Elle est virée des pompiers de Paris, elle a dénoncé des faits de harcèlement à sa hiérarchie et elle n'a eu aucun soutien et le seul soutien qu'elle pense avoir se termine par des faits de viol la veille de son départ de la caserne où elle est congédiéeFrank Bertonà franceinfo

Un sentiment d'"omerta" pour "protéger" les sapeurs-pompiers

Après les faits, la jeune femme vit "l'enfer psychologiquement pendant plusieurs mois. Elle va s'en ouvrir aux services de police, déposer plainte et c'est la raison pour laquelle j'ai écrit au procureur de Créteil en disant cette affaire est gravissime, qu'il faut prendre la mesure des faits dénoncés", explique l'avocat de la victime.

"Parce que le sentiment qu'elle a - et que je ne suis pas loin de partager - c'est que l'omerta qui est en train de se dessiner est destinée à protéger ce qu'il se passe au sein des sapeurs-pompiers de Paris", conclut maître Franck Berton.

L'avocat de la jeune femme a écrit une lettre de rappel au procureur de la République de Créteil, que franceinfo a pu consulter. En plus d'y détailler la gravité des faits et les circonstances du viol, il rappelle au procureur qu'il y a "urgence à ce qu'une réponse soit apportée à cette série de faits dénoncés par sa cliente", il y a plus de 9 mois, le 3 octobre 2017, date à laquelle Alizée a porté plainte.