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Catastrophe de Furiani : "On ne peut pas continuer à fêter le football pendant que les familles commémorent le drame"

Francetv info s'est entretenu avec le Collectif des victimes de la catastrophe de Furiani, qui demande l'interdiction des matchs de foot le jour anniversaire de l'accident qui avait fait 18 morts et plus de 2 300 blessés, le 5 mai 1992.

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France Télévisions
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Des personnes se recueillent devant la stèle en mémoire aux victimes mortes dans l'effondrement de la tribune nord du stade Armand-Cesari de Furiani (Haute-Corse), vingt et un ans après le drame, le 5 mai 2013. (MAXPPP)

Pas de match de football professionnel le 5 mai. C'est la demande du Collectif des victimes de la catastrophe de Furiani. Le mouvement n'en démord pas, rappelle France 3 Corse, vingt-trois ans après l'effondrement de la tribune nord du stade Armand-Cesari, qui a fait 18 morts et 2 357 blessés, le 5 mai 1992, près de Bastia (Haute-Corse). "Il s'agit de la catastrophe la plus grave du sport français : il faut faire en sorte de respecter ces victimes et leurs familles", martèle Bastien Dumas-Paoli, vice-président du collectif, contacté par francetv info. Son père, Jean-Baptiste Dumas, journaliste à RTL, a perdu la vie dans l'accident. 

"On ne peut pas continuer à fêter le football sur le continent, pendant que les familles des victimes commémorent le drame en Corse", ajoute la présidente, Josepha Guidicelli, qui a elle aussi perdu son père dans le drame. Une allusion au titre de champion de France de l'Olympique de Marseille, célébré après une victoire contre Rennes le 5 mai 2010. "On aime le foot, on comprend leur joie. Mais, au même moment, ma sœur et moi étions en train de nous recueillir en mémoire des victimes", poursuit-elle.

Obtenir des commémorations au niveau national

Comme de nombreux proches de victimes, Josepha Guidicelli et sa sœur ont été déçues par l'issue du procès de la catastrophe de Furiani. Le directeur de la société de construction des gradins a été condamné à deux ans de prison ferme, en 1995, rappelle Le Figaro. Les responsables du foot corse écopent de condamnations moindres alors que le président de l'époque de la Fédération française de football, Jean Fournet-Fayard, est relaxé.  "Le collectif a été créé pour que justice soit faite, mais il n'y en a pas eu. Alors on se réveille aujourd'hui, pour faire changer les choses", explique la présidente du Collectif, qui veut en outre obtenir des "commémorations au niveau national". 

La pétition pour la "sacralisation" du 5-Mai, soutenue par les familles des victimes, a déjà récolté près de 45 000 signatures. Mais les instances dirigeantes du football refusent cette idée. "La Fédération française de football (FFF) et la Ligue de football professionnel (LFP) ne veulent pas nous entendre, estime Bastien Dumas-Paoli. Frédéric Thiriez a toujours refusé les rencontres que lui propose le comité, en faisant preuve de mépris à notre égard."

Ce n'est pas une catastrophe "corso-corse"

Un comité de pilotage s'est pourtant tenu en 2014, à l'initiative de Noël Le Graët, président de la FFF. A l'issue des discussions, la Fédération a annoncé qu'aucun match de foot ne serait joué en Corse le 5 mai, ni aucune finale de la Coupe de France. "Depuis 1992, plus aucune rencontre n'est jouée en Corse à cette date, nous n'avons pas attendu la FFF, répond Josepha Guidicelli. Ne pas étendre cette décision au reste de la France, c'est faire croire qu'il s'agit d'une catastrophe corso-corse, alors que c'est un drame national."

Le Collectif des victimes de la catastrophe de Furiani a donc porté l'affaire devant le secrétaire d'Etat aux Sports, Thierry Braillard, rapporte France 3 Corse. "Une nouvelle rencontre doit avoir lieu le 10 juin avec, on l'espère, toutes les parties prenantes", indique Bastien Dumas-Paoli. Le gouvernement n'a pour l'instant pas confirmé si la FFF et la LFP seront représentées. "Le secrétaire d'Etat semble à l'écoute, les diffuseurs ne sont pas opposés à ce qu'il n'y ait pas de match un 5 mai, plusieurs clubs et footballeurs nous soutiennent, affirme Josepha Guidicelli. Il n'y a que les instances qui font obstacle."

Le Collectif estime qu'il ne "demande pas la lune". Selon ses calculs, l'interdiction de jouer à cette date ne perturberait le championnat qu'à sept reprises durant les cinquante années à venir. "Tout ce que l'on demande, c'est un jour. François Mitterrand avait promis qu'il n'y aurait plus de foot un 5 mai, rappelle Josepha Guidicelli. Pour l'instant, la promesse n'est pas du tout tenue."

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