Ronaldo et le soda, Pobga et la bière... "Les athlètes marchent sur une ligne de crête", selon un spécialiste du management sportif

Lors de conférence de presse, les deux joueurs ont repoussé les bouteilles des sponsors. Il s'agit d'un "énorme enjeu" pour les marques. 

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Radio France
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Cristiano Ronaldo lors d'une conférence de presse (sans bouteille de soda devant lui), le 14 juin 2021.  (HANDOUT / UEFA)

Guillaume Bodet, professeur de management du sport à l’Université Lyon 1, a affirmé jeudi 17 juin sur franceinfo que "les athlètes marchent sur une ligne de crête" quand ils prennent position dans le débat public. "Il y a aussi un risque à se mettre en avant, à prendre position." Cristiano Ronaldo ou Paul Pogba ont enlevé des bouteilles de soda [Coca-Cola] ou de bière sans alcool [Heineken] du champ de la caméra lors d’une conférence de presse alors que ce sont des sponsors officiels de l’Euro 2021. Conséquence, la marque de soda a plongé en bourse. Un geste qui n’est pas sans conséquence, mais qu’on pourrait ne pas revoir, selon Guillaume Bodet, "compte tenu des enjeux" financiers. Mais aujourd'hui, "les athlètes ont un rôle", qui pour certains "est plus important que les sponsors. Il va falloir les considérer et ne plus les mettre de côté", dit-il.

franceinfo : Faut-il s’attendre à de nouveaux gestes de cette nature à l’Euro ?

Guillaume Bodet : Je ne suis pas convaincu que l'on revoit ces scènes compte tenu des enjeux, les enjeux pour les sponsors en termes de visibilité. Aujourd'hui, les organisations sportives vont briefer les équipes et vont briefer les joueurs avec des codes et des règles qu’ils vont devoir ne pas enfreindre parce que cela met effectivement en danger ces organisations et leurs relations avec les sponsors.

Est-ce qu’on assiste de plus en plus à de prises de position des sportifs ?

Oui et non. Les positionnements, les engagements ont toujours été présents. On peut penser, il y a très longtemps, aux JO de Mexico. Le poing levé de Tommie Smith, John Carlos ou même, de manière plus récente, à l'équipe de Norvège qui a porté un maillot pour manifester un soutien aux droits humains au Qatar dans le cadre de la Coupe du monde. Ce qui est nouveau, par contre, c'est la caisse de résonance par rapport aux athlètes qui se prononcent, à la fois parce qu’ils sont aujourd'hui des célébrités et des influenceurs de premier plan. Ils sont eux-mêmes des marques. Ils cherchent à influencer et à créer une image de marque. Et il y a également aussi les attentes de la société de ce point de vue là. Avant, la société assignait les sportifs au sport : occupez-vous du terrain ! Aujourd'hui, on se rend bien compte que devant les enjeux sociaux, sociétaux, environnementaux, il y a des attentes à ce que l’athlète soit acteur. Aujourd'hui, notamment grâce aux réseaux sociaux et à la caisse de résonance médiatique, les athlètes ont un rôle qui devient quasiment à hauteur, ou pour certains, plus important que les sponsors. Il va falloir les considérer et ne plus les mettre de côté dans ce dialogue de ce qui est faisable ou pas.

L’implication des athlètes américains pour soutenir le mouvement Black Lives Matter a été un facteur amplificateur des prises de position des sportifs ?

Oui, certainement. Cela fait référence à cette attente sociétale d'un engagement des athlètes. Cet engagement est très compliqué et les athlètes eux-mêmes marchent sur une ligne de crête. Aujourd'hui, il y a un débat très important autour de l'équipe de France, autour de l'équipe d'Angleterre de football dans le cadre de cet Euro sur s'agenouiller ou ne pas s'agenouiller avant les matchs. C’est quelque chose de très compliqué pour des athlètes qui ne sont parfois pas forcément bien encadrés, pas tous encadrés et conseillés de la même manière. Et donc, il y a aussi un risque à se mettre en avant, à prendre position.

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