Trois questions sur l'échec du FN à former un groupe au Parlement européen

Le parti de Marine Le Pen a reconnu lundi que ses députés européens siégeraient parmi les non-inscrits pour la première session du Parlement européen.

La présidente du Front national, Marine Le Pen, et son allié néerlandais du PVV, Geert Wilders, le 28 mai 2014 à Bruxelles (Belgique).
La présidente du Front national, Marine Le Pen, et son allié néerlandais du PVV, Geert Wilders, le 28 mai 2014 à Bruxelles (Belgique). (DURSUN AYDEMIR / ANADOLU AGENCY / AFP)

Le Front national n'aura pas de groupe au Parlement européen pour la première session, qui débute le 1er juillet. Son allié néerlandais du Parti pour la liberté (PVV), Geert Wilders, a annoncé la nouvelle, lundi 23 juin, à quelques heures de la date butoir du 24 juin. "Ce n'est pas passé", a confirmé le vice-président du FN Florian Philippot, sur Europe 1, un peu plus tard dans la soirée.

S'ils atteignent largement le quota des 25 eurodéputés à réunir, le FN et ses alliés ont échoué à rassembler des élus de sept pays différents. Seuls quatre partis - le PVV néerlandais, la Ligue du Nord italienne, le FPÖ autrichien et le Vlaams Belang belge - ont dit oui. Quelles sont les conséquences de ce raté pour le FN ? Pourquoi cet échec politique ? Est-ce définitif ? Francetv info vous aide à y voir plus clair.

Quelles conséquences ?

L'échec est d'abord politique. Marine Le Pen avait affirmé le 28 mai qu'elle n'avait "aucune inquiétude quant à l'existence future de [son] groupe". Depuis cette date, la présidente du Front national n'a pas ménagé sa peine pour convaincre de potentiels alliés, sans succès.

Ce raté vient ternir la victoire du parti d'extrême droite aux européennes et l'empêche de devenir le chef de file des eurosceptiques au Parlement. Ce rôle lui échappe au profit des Britanniques de l'Ukip, mené par Nigel Farage, "grand vainqueur de ces élections" selon Joël Gombin, politologue spécialiste du FN. Ironie de l'histoire, c'est la défection de l'élue frontiste Joëlle Bergeron, écartée par le FN, qui permet à Farage de former son groupe.

Matériellement, les 23 députés frontistes devront siéger avec les non-inscrits. Ils auront ainsi moins de temps de parole, moins de fonds, moins de personnel, et ne pourront pas présider de commission. Former un groupe aurait permis au FN et à ses alliés de recevoir entre 20 et 30 millions d'euros de subventions au cours des cinq prochaines années.

Pourquoi cet échec ?

Officiellement, Geert Wilders a expliqué ce raté par l'impossibilité de s'allier avec les Polonais du Congrès de la nouvelle droite (KNP). Ce parti défend des positions sociétales extrêmement conservatrices et, contrairement au FN, des thèses économiques ultralibérales. "On n'a pas de groupe pour la première session du 1er juillet parce que nous avons fait le choix de la cohérence politique", abonde Florian Philippot.

Le FN a également souffert de la concurrence de l'Ukip, qui a d'emblée refusé de s'allier avec lui. En avril, Nigel Farage avait estimé que "l'antisémitisme reste inscrit dans l'ADN" du Front national. La récente sortie de l'eurodéputé Jean-Marie Le Pen, sur la "fournée" d'artistes hostiles au FN, n'a pas dû le faire changer d'avis, observe un journaliste spécialiste des questions européennes.

Pendant ce mois de négociations, l'Ukip a réussi à tailler des croupières à son rival français, en récupérant par exemple les Démocrates suédois, un temps indécis, ou Joëlle Bergeron, exclue par le FN.

Est-ce définitif ?

Non. Le FN peut espérer former un groupe tout au long de la mandature, en attirant par exemple des députés isolés. "On aurait préféré en avoir un, mais on peut toujours le faire dans les cinq ans, il n’y a pas de date butoir. Le principal est que nous soyons là", a expliqué Florian Philippot.