Vrai ou fake Elections régionales : les écologistes et la gauche en sortent-ils vraiment "renforcés", comme l'affirme Yannick Jadot ?

Yannick Jadot a déclaré sur TF1 que le bloc formé par la gauche et les écologistes était sorti renforcé des élections régionales de 2021. Les résultats des différents scrutins sont pourtant bien plus nuancés.

Article rédigé par
Julien Nguyen Dang - franceinfo
France Télévisions
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Temps de lecture : 4 min.
Le député européen Yannick Jadot prononce un discours pour soutenir la candidature de Matthieu Orphelin, à Nantes le 24 juin 2021. (SEBASTIEN SALOM-GOMIS / AFP)

La gauche tient bon. Dans l'Hexagone, le bloc formé des écologistes et de la gauche a réussi à garder les cinq régions qu'il dirigeait depuis 2015, tandis qu'à droite, tous les présidents sortants ont aussi réussi à remporter les élections régionales. A l'inverse, c'est la désillusion pour la majorité présidentielle, qui n'a remporté que la région Guadeloupe, et pour le Rassemblement national qui devra se contenter de siéger dans l'opposition.

"Il y a deux blocs qui sortent renforcés de ces élections", a déclaré le député européen Yannick Jadot d'Europe Ecologie-Les Verts (EELV) sur TF1, dimanche 27 juin. "Il y a le bloc de droite, incontestablement, mais il y a aussi le bloc écolo et de gauche, on est au fond autour de 34-35%." Est-ce réellement le cas ?

Une légère progression à l'échelle nationale

Avec plus de 5,3 millions de voix dans le pays, la gauche a bien rassemblé 34,8% des suffrages exprimés au second tour, comme l'atteste l'agrégation des résultats donnés par le ministère de l'Intérieur. La coalition des forces de gauche a légèrement progressé entre les scrutins de 2015 et 2021. Le bloc passe ainsi de 662 à 681 sièges au sein des conseils régionaux. La droite, elle, ne gagne que six sièges, tandis que l'extrême droite perd 106 postes de conseillers régionaux.

Cependant, la progression des listes écologistes et de gauche n'est pas uniforme. Certaines ont même vu leur score diminuer.

Dans plusieurs régions, les listes de gauche ont été conquérantes. D'abord dans les Hauts-de-France, où la gauche, absente du conseil régional depuis 2015, y fait son retour grâce aux 21,98% des suffrages dirigés vers la liste de l'écologiste Karima Delli, qui lui offrent 28 sièges. Une percée permise par un large accord des mouvements de gauche : du Parti communiste à EELV, en passant par La France insoumise (LFI). Ce bloc de gauche reste cependant distancé par l'union de la droite de Xavier Bertrand (52,37%) et la liste Rassemblement national de Sébastien Chenu (25,65%). Autre résultat marquant : l'Occitanie, où la socialiste et ancienne secrétaire d'Etat Carole Delga a remporté la majorité absolue des suffrages et conquis 16 sièges supplémentaires.

A l'inverse, le bloc de gauche a été incapable de s'installer dans deux régions. En Corse, aucune des trois listes de gauche n'a réussi à se hisser au second tour. En Provence-Alpes-Côte d'Azur, l'écologiste Jean-Laurent Félizia a été poussé par la gauche à retirer sa liste pour faire barrage au Rassemblement national emmené par Thierry Mariani.

La chute est également rude en Guadeloupe, où le président sortant Ary Chalus, ancien social-libéral devenu membre du bureau exécutif de La République en marche en 2017, semble avoir siphonné les voix de la gauche, qui doit se contenter de 27,57% des suffrages et perd 20 sièges. Le changement d'étiquette a aussi réduit les voix de gauche en Guyane, où le président sortant Rodolphe Alexandre, vainqueur en 2015 d'un duel entre des listes de gauche, a, cette fois, dirigé une liste régionaliste, qui devra se contenter de sièges dans l'opposition.

Une perte nette de 2,7 millions de voix en cinq ans

Si, pour Yannick Jadot, le bloc de gauche sort "renforcé" des régionales, c'est pourtant l'inverse qui se dessine lorsqu'on regarde le nombre de voix récoltées au niveau national. En cinq ans, la gauche en a perdu un tiers, soit 2,7 millions de voix. Une perte considérable à mettre en relation avec le record de l'abstention atteint par cette élection, située à 65,7% lors du second tour, contre 50,02% en 2015.

La comparaison des situations locales est sans équivoque. Outre le cas particulier des Hauts-de-France, qui voit le retour de la gauche, les suffrages exprimés en faveur de la gauche ont été inférieurs par rapport au scrutin de 2015 dans toutes les régions, y compris celles où le nombre de sièges de gauche s'est accru.

C'est notamment le cas en Normandie, région remportée par le centriste Hervé Morin, où la baisse atteint 60%. En Ile-de-France, l'alliance entre Julien Bayou, Audrey Pulvar et Clémentine Autain a récolté moitié moins de votes que la liste de gauche portée par Claude Bartolone lors de la triangulaire de 2015 – contre une quadrangulaire en 2021. A titre de comparaison, la présidente sortante Valérie Pécresse a, elle, été réélue avec 550 000 votes en moins dans les urnes lors de ce scrutin.

Ce "renforcement" de la gauche à la lueur des scrutins régionaux semble donc atténué par des résultats contrastés. Lors des élections départementales, organisées simultanément, la gauche a même perdu 108 sièges sur les 1 572 qu'elle occupait en France depuis 2015.

Ces résultats ne sauraient par ailleurs masquer les querelles qui fragmentent le "bloc écolo et de gauche" dans la perspective de l'élection présidentielle de 2022, et notamment EELV, LFI et le Parti socialiste. Là où Julien Bayou a pu rassembler les forces de gauche en Ile-de-France, la socialiste Caroline Delga, reconduite à la tête de l'Occitanie, a refusé de s'allier avec les listes LFI et EELV, éliminées au premier tour. De même, le président socialiste sortant de Nouvelle-Aquitaine, Alain Rousset, rempile pour un cinquième mandat après une large victoire, obtenue sans union avec ses alliés écologistes d'hier.

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