Sondage sur les régionales en Île-de-France : l'important score estimé du RN "marque l'impressionnant déclin de la gauche et de l'écologie", estime un politologue

"Le score que pourrait faire le RN en Île-de-France est une surprise", estime le politologue Pascal Perrineau, alors que le parti d'extrême-droite et sa tête de liste Jordan Bardella sont crédités de 17% au premier tour du scrutin dans notre sondage Ispos-Sopra Steria. 

Article rédigé par
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min.
Pascal Perrineau, politologue et professeur des Universités à Sciences-po Paris. (DANIEL FOURAY / MAXPPP)

Après la publication d'un sondage Ipsos-Sopra Steria pour France Info et Le Parisien samedi 10 avril sur les élections régionales en Île-de-France, Pascal Perrineau, politologue et professeur des Universités à Sciences-po Paris estime que l'importance des intentions de votes au premier tour pour le Rassemblement National "marque l'impressionnant déclin de la gauche et de l'écologie".

franceinfo : Selon un sondage Ipsos-Soprasteria pour France Info et Le Parisien, avec 34% des intentions de votes au premier tour, Valérie Pécresse serait en position de force en Île-de-France pour ces régionales. Autre information : le Rassemblement National arriverait deuxième avec 17% des suffrages. Que pensez-vous de ce sondage ?

Pascal Perrineau : Tout d'abord, en Île-de-France, mais aussi dans de nombreuses autres régions, on constate une prime aux sortants. Valérie Pécresse est créditée depuis de nombreux mois d'un bilan positif. Mais attention : Paris et l'Île-de-France ne sont pas la France et on ne peut pas projeter un résultat éventuel à des élections régionales sur celui d'une présidentielle. Ensuite, le score que pourrait faire le RN en Île-de-France est une surprise.

Traditionellement ce n'est pas une terre favorable à l'extrême-droite, ce pour des raisons sociologiques : sur-représentation de cols blancs, de cadres, un niveau de diplômes et de revenus plutôt élevés.

Pascal Perrineau

à franceinfo

Cela signifie que désormais Jordan Bardella, autrefois candidat RN aux élections européennes, a acquis une notoriété et représente une nouvelle génération de l'extrême-droite. Cela marque aussi l'impressionnant déclin de la gauche et de l'écologie, alors même que la sociologie de cette région leur est très favorable.

On parle souvent d'un déplacement des voix des jeunes vers le Rassemblement National. Est-ce vrai ?

C'est tout à fait vrai. Mais il faut préciser de quels jeunes on parle. Il ne s'agit pas des étudiants ou lycéens, mais plutôt des jeunes travailleurs en difficulté, en apprentissage ou à la recherche d'un premier emploi. Il ne s'agit en fait pas des 18-24 ans, mais des 25-35 ans. Chez ces jeunes entrés dans la vie citoyenne dans les années 2000, Marine Le Pen fait des scores impressionnants. Ils ont l'impression d'avoir tout essayé : Sarkozy, Hollande, Macron et son à la recherche d'autre chose.

Dans ce même sondage, le candidat La République en Marche n'est crédité que de 11 à 12% d'intentions de votes. Est-ce décevant ?

Pas vraiment, car on avait déjà vu l'érosion de LREM dans certains de ses bastions. L'Île-de-France, et en particulier Paris, est un bastion pour Emmanuel Macron. On a déjà pu observer le fiasco des marcheurs aux municipales à Paris, alors que c'était pourtant la ville à prendre pour la macronie. La République en Marche a un problème avec les territoires mais il semblait qu'en Île-de-France et à Paris au moins, elle avait la capacité de résister. Pourtant non, mais là le parti est en déclin.

Selon vous, y aura-t-il un report des élections régionales et départementales ?

En tous cas on sent bien que la tentation est forte pour le gouvernement car ces échéances risquent de tomber comme un couperet comme l'ont fait les municipales il y a quelques mois. Certains au gouvernement évoquent même un report des régionales et départementales après l'élection présidentielle.

"Le parti du Président de la République sait bien que ce scrutin va remettre au premier plan Les Républicains et le Parti Socialiste, c'est-à-dire l'essentiel des exécutifs régionaux, dont les Français approuvent les bilans."

Pascal Perrineau

à franceinfo

Ainsi, le pouvoir éviterait un vote sanction avant la "grande heure", c'est-à-dire l'élection présidentielle. C'est ce qui explique cette tentation gouvernementale de repasser la patate chaude à d'autres acteurs, les maires en l'occurence. Ainsi, alors même que l'association des maires de France a bien dit qu'elle n'était pas en faveur de ce report, le Premier ministre a proposé une consultation des 35 000 maires français en espérant qu'ils vont se prononcer pour un report.

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.