Régionales dans le Nord-Pas-de-Calais-Picardie : le divorce entre Valls et le candidat PS en quatre actes

Pierre de Saintignon, tête de liste PS aux régionales en Nord-Pas-de-Calais-Picardie, a demandé jeudi à Manuel Valls de "cesser ces petites phrases qui nuisent à notre campagne", alors que le Premier ministre a évoqué l'hypothèse d'une fusion des listes gauche-droite face au FN.

Pierre de Saintignon, la tête de liste socialiste aux régionales en Nord-Pas-de-Calais-Picardie dans sa permanence de campagne, le 29 septembre 2015 à Lille (Nord).
Pierre de Saintignon, la tête de liste socialiste aux régionales en Nord-Pas-de-Calais-Picardie dans sa permanence de campagne, le 29 septembre 2015 à Lille (Nord). (DENIS CHARLET / AFP)

Pour mener campagne dans le Nord-Pas-de-Calais-Picardie, le candidat PS aux élections régionales, Pierre de Saintignon, ne veut pas de l'aide de Manuel Valls. Bien au contraire. Depuis plusieurs semaines, l'adjoint de Martine Aubry à la mairie de Lille attaque la stratégie imaginée par le locataire de Matignon pour faire barrage au Front national, lors des élections régionales.

Au point d'insister, mercredi 11 novembre, en demandant "que Manuel Valls fasse son travail de Premier ministre". Jeudi 12 novembre, Pierre de Saintignon lui a très sèchement répondu. Francetv info revient sur les raisons de la brouille. 

Acte 1 : Valls prône le front républicain (et agace de Saintignon)

Fin octobre, le message de Manuel Valls se veut clair : "Il est hors de question de laisser le Front national gagner une région. Donc tout devra être fait pour l'empêcher", déclare le Premier ministre avec, en tête, les régions Nord-Pas-de- Calais-Picardie et Provence-Alpes-Côte d'Azur, très convoitées par le parti de Marine Le Pen. 

La réaction de Pierre de Saintignon, alors en pleine campagne dans le Nord-Pas-de-Calais et en Picardie, ne se fait pas attendre. Agacé, il répond au Premier ministre sur le plateau de Public Sénat : "Je laisse à chacun la responsabilité de ses propos. Ce n'est pas utile de parler de cette manière-là, lorsque nous sommes engagés dans une campagne. Il s'agit de convaincre nos concitoyens de ce que nous leur proposons", rétorque le candidat socialiste, qui compte sur le rassemblement des voix de la gauche, plutôt que sur un front républicain. 

Acte 2 : de Saintignon ne veut pas voir Valls et Macron en meeting dans sa région

A l'approche des élections régionales, Manuel Valls enchaîne les meetings de campagne. Mais sa tournée a soigneusement évité la région Nord-Pas-de-Calais-Picardie où, pourtant, les sondages donnent Marine Le Pen en tête. Un élu nordiste, proche de Pierre de Saintignon, indique alors à l'AFP qu'"on lui a demandé de ne pas venir". 

Proche de Martine Aubry, dont il est l'adjoint à la mairie de Lille, Pierre de Saintignon n'a en effet cessé ces dernières semaines de critiquer Manuel Valls ainsi que son gouvernement. "Les ministres feraient mieux de travailler et d'avoir des résultats", sermonne-t-il même, début octobre, au micro de France Info.

Un conseil qui vaut également pour Emmanuel Macron. Interrogé sur i-Télé sur une éventuelle visite du ministre de l'Economie, la tête de liste en Nord-Pas-de-Calais-Picardie répond : "Ça, très clairement, je ne le souhaite pasJe serais obligé de lui dire avec une très grande sincérité que les fonctionnaires de notre pays font un travail formidable. Je serais obligé de lui dire qu’en 2002, quand la loi des 35 heures s’applique, au terme de l’année, c’est plus 2 milliards d’heures de travail." Autant de références à des polémiques lancées par le locataire de Bercy.

Acte 3 : Valls souhaite une fusion des listes PS et Les Républicains contre le FN

Au fil des jours et des déclarations, les relations ne s'améliorent pas. Craignant toujours une victoire du Front national, le Premier ministre plaide, mardi 10 novembre, pour une fusion des listes PS et Les Républicains, "dans l'hypothèse où Marine Le Pen arriverait très largement en tête" dans la région, explique Europe 1, qui révèle l'information. Cette stratégie risquée, "il ne faut pas se l'interdire", estime l’entourage du Premier ministre, cité par la radio. Manuel Valls l'envisagerait même de plus en plus sérieusement, renchérissent des sources citées par Le Monde (pour abonnés) et Le Parisien.

Seulement voilà, l'idée ne séduit apparemment ni l'Elysée ni Les Républicains en campagne dans la région derrière Xavier Bertrand. Et certainement pas Pierre de Saintignon. 

Acte 4 : de Saintignon et Aubry fustigent une stratégie mortifère

Pour Martine Aubry, la fusion des listes est impossible : "C'est une très bonne idée, réagit-elle, ironique, auprès d'Europe 1. On voudrait faire gagner le FN qu'on ne s'y prendrait pas autrement."

Pierre de Saintignon, lui, confie en avoir "assez". Toujours selon la radio, il "demande au Premier ministre 'd'arrêter de tenir des propos qui nuisent à sa campagne'". "J'en ai assez. Que Manuel Valls fasse son travail de Premier ministre", ajoute-t-il également sur RMC.

Jeudi, la tête de liste PS aux régionales en a remis une couche. "De grâce, laissons-nous travailler, laissons-nous agir auprès de nos concitoyens, et puis cessons ces petites phrases qui jettent le trouble et qui nuisent à notre campagne. Donc, assez, stop !" s'est-il exclamé.