Elections régionales en Paca : comment l'écologiste Jean-Laurent Félizia a fini par renoncer à se maintenir au second tour

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Le candidat de la gauche aux régionales en Paca, Jean-Laurent Félizia, annonce le retrait de sa liste avant le second tour, lors d'une conférence de presse, le 21 juin 2021, à Marseille (Bouches-du-Rhône). (NICOLAS TUCAT / AFP)

Moins de vingt-quatre heures après avoir annoncé le maintien de sa liste, le candidat de gauche, arrivé en troisième position au premier tour, a fini par céder aux appels à faire barrage au Rassemblement national.

Après une courte nuit, Jean-Laurent Félizia s'est réveillé lundi avec une ferme intention : "Je ne dévie pas de ce que j'ai annoncé dimanche soir : je maintiens ma liste." Arrivé troisième du premier tour des élections régionales en Provence-Alpes-Côte d'Azur avec sa liste d'union de la gauche, le candidat écologiste a suscité la controverse, dimanche 20 juin, en refusant de s'effacer au profit de la droite et de faire barrage au Rassemblement national.

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Moins de vingt-quatre heures plus tard, sous la pression d'une grande partie de la gauche, Jean-Laurent Félizia a fini par renoncer à présenter sa liste au second tour. Retour en quatre actes sur ce nouveau retrait de la gauche en Paca, six ans après celui opéré en 2015 par Christophe Castaner pour empêcher l'élection de Marion Maréchal-Le Pen.

1En campagne, il entendait se maintenir

Durant la campagne du premier tour, dominée par le face-à-face annoncé entre le président sortant Renaud Muselier et le frontiste Thierry Mariani, Jean-Laurent Félizia est régulièrement interrogé sur sa stratégie en cas de troisième place. Après avoir laissé planer le doute, il abat ses cartes, fin mai, dans Libération, en se disant prêt à prendre le risque de précipiter une victoire du Rassemblement national. 

"Mon sentiment personnel, c'est que je pourrais assumer cette volonté de rester dans l'échiquier politique avec un RN majoritaire."

Jean-Laurent Félizia, candidat du Rassemblement écologique et social

à "Libération"

Ajoutant qu'une telle décision ne pourra être prise que "collectivement", le natif de Brignoles (Var) justifie cette ligne de conduite par le traumatisme de l'effacement du candidat socialiste Christophe Castaner aux régionales de 2015. "L'absence d'élus de gauche nous a empêchés d'apporter une parole d'opposition à la politique de Renaud Muselier, explique-t-il. Aujourd'hui, on sait que ce type de posture est nocif pour la démocratie."

Début juin, son entourage maintient la pression. "Cette fois, on ne sera pas les cons de l'histoire", prévient l'un de ses proches dans Vaucluse-Matin. Agé de 52 ans, cet ingénieur horticole ferme aussi la porte à une éventuelle fusion de listes avec Renaud Muselier. "On rajouterait quelques ingrédients à une cuisine de mauvais goût", répond-il au micro de Radio Emotion, préférant "laisser les autres faire de la malbouffe". Le 11 juin, toutefois, il semble infléchir sa position sur BFM Alpes : "On respectera ce que nous avons toujours fait : le fait de ne pas laisser à l'extrême droite une région."

2Dimanche soir, il refuse de se retirer

Arrivé sur la troisième marche du podium avec 16,9% des suffrages, loin derrière le RN (36,4%) et LR (31,9%), Jean-Laurent Félizia met fin au suspense peu après 22 heures. A l'issue d'un "débat collectif", il annonce qu'il a été décidé de "maintenir la voix de la gauche et de l'écologie au second tour". Selon lui, Renaud Muselier est "en position de l'emporter" dans une triangulaire, grâce notamment à la mobilisation attendue au second tour d'abstentionnistes opposés au RN et au possible report des voix du candidat centriste Jean-Marc Governatori (5,3%) vers le candidat LR. A ce stade, le bénéfice d'avoir des conseillers régionaux de gauche l'emporterait donc sur le risque d'une victoire du RN.

Une affiche de campagne du candidat du Rassemblement écologique et social aux régionales en Paca, Jean-Laurent Félizia, le 4 juin 2021, à Nice (Alpes-Maritimes). (SYSPEO/SIPA)

Au siège de campagne, à Marseille, l'annonce est accueillie par des applaudissements. Les militants locaux ne supportent plus d'être absents de l'hémicycle régional et redoutent la mort de la gauche en Paca. "Sur le terrain, les électeurs nous ont dit que si, cette fois-ci, on se retirait, ce serait la dernière fois qu’ils voteraient pour nous", affirme une militante à Libération"On avait un vrai devoir à l'égard de nos électeurs", abonde l'une des candidates dans le Vaucluse, Mariane Domeizel, prête à tenter le coup : "Si le RN doit passer, il passera avec ou sans nous, et ce serait bien d'avoir des élus si Mariani gagne."

Jean-Laurent Félizia sait qu'il a l'appui d'électeurs sur le terrain. Avant le premier tour, il a commandé un sondage auprès des électeurs de gauche sur la marche à suivre dans un tel scénario. "Les résultats sont explicites, assure-t-il à Nice-Matin. Le maintien de la liste au second tour est largement plébiscité. (...) Le retrait de la liste, en revanche, est rejeté par une large majorité." Seul un départ massif de ses colistiers pourra remettre en cause sa décision, prévient-il.

3Dans la foulée, la gauche met la pression

Dès dimanche soir, Europe Ecologie-Les Verts appelle son poulain à retirer sa liste. Les cadres se réunissent en bureau exécutif et décident de retirer le soutien du parti au Rassemblement écologique et social, pour "faire barrage à l'extrême droite en Paca". Du côté du PCF, la fédération des Bouches-du-Rhône dénonce la "faute politique" de Jean-Laurent Félizia et de ses colisitiers. Parmi ces derniers, de premiers candidats se désolidarisent de leur chef de file : "Nous ne nous relèverions pas d'avoir jeté la région dans les bras de l'extrême droite", prévient notamment Alexandre Latz, représentant de Place publique.

Lundi matin, le secrétaire national d'EELV hausse le ton : sur franceinfo, Julien Bayou menace d'exclure le candidat en cas de maintien de sa liste et confirme qu'"elle n'aura pas le soutien d'Europe Ecologie-Les Verts (...) du PS ou du Parti communiste".

"On ne peut pas jouer cette élection aux dés. Le risque Rassemblement national est trop élevé."

Julien Bayou, secrétaire national d'EELV

sur franceinfo

A son tour, le premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure, dénonce une stratégie "irresponsable" et martèle que "la gauche ne peut pas porter le poids d'une victoire du RN qui serait un tremplin pour Marine Le Pen l'année prochaine". A Marseille, la première adjointe socialiste à la mairie, Michèle Rubirola, rappelle Jean-Laurent Félizia à son "devoir" de "se retirer".

4 Lundi après-midi, il finit par renoncer

La pression locale et nationale finit par avoir raison des intentions du conseiller municipal d'opposition du Lavandou, jamais autant exposé. En début d'après-midi, le journal La Marseillaise révèle que Jean-Laurent Félizia s'est entretenu avec le bureau exécutif d'EELV et qu'il a, après un long débat avec ses colistiers, pris la décision de retirer sa liste. "Je n'avais pas le droit de jouer avec le feu" et de "laisser Marine Le Pen faire de Paca le marchepied de ses funestes ambitions", confirme le principal intéressé, en fin d'après-midi.

"Je voterai Muselier pour battre Thierry Mariani et sa triste cohorte."

Jean-Laurent Félizia, tête de liste du Rassemblement écologique et social

en conférence de presse

Tiraillé jusqu'au bout, le chef de file écologiste dit avoir dû trancher entre "deux responsabilités : celle de recomposer la gauche ou de s'exposer à un péril à court terme". Selon lui, "il n'y avait pas de bon choix mais c'était ma responsabilité d'en prendre un", aussi "déchirant" soit-il. Niant avoir cédé aux pressions, Jean-Laurent Félizia assure s'être fié au "souci de l'intérêt général".

Salué par une grande partie de la gauche, ce revirement laisse un goût amer à certains candidats de la liste en Paca. "C'est une erreur politique majeure, car le risque était très faible", déplore l'écologiste Jean-Pierre Cervantes, tête de liste dans le Vaucluse, joint par franceinfo. Dénonçant "le matraquage des appareils nationaux" et le "harcèlement" subi par Jean-Laurent Félizia, le militant a décidé de quitter le Rassemblement écologique et social. "Je ne peux pas supporter cette décision", conclut-il. A la veille des prochaines élections régionales, en mars 2028, cela fera treize ans qu'aucun élu de gauche n'aura mis les pieds dans l'hémicycle du conseil régional de Paca, que le socialiste Michel Vauzelle dirigea de 1998 à 2015.

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