Alliance pour les régionales en Paca : LREM met en place "une stratégie du coucou" pour s'affirmer comme "une force au plan local", analyse Pascal Perrineau

Selon Pascal Perrineau, politologue, professeur des universités à Sciences Po Paris. LREM "brouille le jeu" en vue d'une candidature à droite à la prochaine élection présidentielle.

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Pascal Perrineau, le 22 janvier 2019. (GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP)

Avec l'alliance entre Sophie Cluzel et Renaud Muselier en vue des régionales en Paca, La République en marche met en place "une stratégie du coucou", estime lundi 3 mai sur franceinfo Pascal Perrineau, politologue, professeur des universités à Sciences Po Paris. LREM "s'invite sur une liste" pour "pouvoir dire ensuite 'vous voyez nous sommes une force au plan local' ", analyse le politologue. Par ailleurs, le parti présidentiel "brouille le jeu" en vue d'une candidature à droite à la prochaine élection présidentielle.

franceinfo : à qui cette alliance profite-t-elle le plus ?

Pascal Perrineau : On a bien l'impression que c'est la majorité présidentielle qui pour l'instant tire son épingle du jeu. Cette majorité présidentielle n'a jamais réussi à s'implanter au plan local, on l'a vu avec les dernières municipales. Et là il y a, à quelques mois de l'élection présidentielle, les élections départementales et régionales qui vont mesurer une fois de plus la difficulté de La République en marche à exister sur le terrain local. Donc, au fond, c'est une stratégie du coucou que met en place la République en marche, c'est à dire s'inviter sur une liste qui est en l'occurrence une liste Les Républicains en Paca, et pouvoir dire ensuite "vous voyez nous sommes une force au plan local". Et le deuxième avantage c'est de semer le trouble dans la droite. On sait très bien que le président de la République en ce moment craint une candidature qui, à droite, pourrait être une vraie concurrence pour lui. Et là, il rend plus difficile, il brouille le jeu parce qu'il faudra expliquer aux électeurs de droite de Paca qu'après avoir voté pour La République en marche associée à un candidat Les Républicains, il serait ensuite utile pour eux de voter contre Emmanuel Macron et pour un candidat LR.

D'ailleurs, on entend d'autres présidents de régions, comme Valérie Pécresse et Xavier Bertrand, dire "pas de ça chez moi"...

Bien sûr, parce qu'on sait très bien qu'il y a un espace électoral et politique pour la droite française, entre ce qu'on pourrait appeler la majorité présidentielle et le Rassemblement national. Il y a un vrai espace, on le voit d'ailleurs dans les enquêtes d'intentions de vote, mais pour l'instant il n'y a pas de candidat. La droite est en effet dans une procédure pour inventer un système que le président du Sénat, Gérard Larcher, appelle un système de "départage" pour essayer de départager les différents prétendants. Et puis certains, comme Xavier Bertrand, se sont lancés seul dans la bataille, sans attendre ce système de départage. Donc c'est déjà très compliqué, mais ça le devient encore plus quand, dans une grande région comme Paca, on a une stratégie d'alliance de fait entre la majorité présidentielle et la majorité régionale LR.

Est-ce que les électeurs LREM et les électeurs LR peuvent-ils se rencontrer ou cette alliance peut-elle provoquer un risque d'abstention ?

Ils peuvent se rencontrer. Ce type d'alliance, ça a existé par exemple dans certaines villes aux élections municipales. Cependant, il faut faire attention, l'élection régionale a une dimension plus nationale et on comprend d'une certaine manière que M. Mariani, tête de liste du Rassemblement national, se réjouisse en se disant qu'il y aura peut-être des électeurs de droite Les Républicains à récupérer. Il y a aujourd'hui à peu près un électeur LR sur deux qui n'envisage pas du tout de faire alliance avec la République en marche.

Et maintenant que vont faire Les Républicains qui ont retiré l'investiture à Renaud Muselier ? Est-ce dans leur intérêt de monter une liste LR contre cette liste d'alliance ?

Cette stratégie de Renaud Muselier a pour but de s'efforcer de garder une région qu'on peut considérer comme pouvant être prise éventuellement par le Rassemblement national. Si la division s'installe, s'il y a une liste LR à côté de la liste Muselier-Cluzel, c'est une véritable machine à perdre qui va se mettre en place. Tous les sondages d'intentions de vote le montrent, en Paca le rapport de force est extrêmement serré entre la liste Muselier et la liste Mariani. Et si une troisième liste LR vient se rajouter à cela, on peut avoir une forte dispersion des forces qui permettent à monsieur Mariani d'être largement en tête à l'issue du premier tour.

Le tollé que cette alliance suscite à la tête des Républicains peut-il potentiellement geler toute tentative de négociation d'alliances dans d'autres régions ?

Oui, l'écho est tel que ça va rafraîchir les ardeurs dans d'autres régions où la menace du Rassemblement national au plan électoral est par ailleurs beaucoup moins importante. Et puis il faut savoir que la loi électorale prévoit une possibilité de fusion entre les deux tours. Donc, là en Paca, c'est presque une fusion avant le premier tour qui a été opérée. Au fond, les forces auraient pu attendre la sanction du corps électoral à l'issue du premier tour et envisager, en fonction de ce rapport de force, une fusion dans la perspective du second tour. Mais là en Paca, les sondages annonçaient régulièrement monsieur Mariani, légèrement devant monsieur Muselier. C'est peut-être un élément qui a poussé Renaud Muselier à adopter cette stratégie qui froisse beaucoup le parti dont il est issu.

Source : invité du 9-12 de franceinfo Heure : 10h41 Validation : BS

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