Présidentielle : pourquoi Yannick Jadot et les écologistes se sont encore heurtés "au plafond de Verts"

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Yannick Jadot n'a pas réussi son pari d'offrir aux écologistes leur meilleur score à une élection présidentielle. (JEFF PACHOUD / AFP)

Avec 4,63% des voix, EELV a signé dimanche un score très éloigné des ambitions de victoire et de domination à gauche du parti écologiste.

Les Verts n'étaient pas encore assez mûrs. Le candidat écologiste, Yannick Jadot, a été éliminé dès le premier tour de l'élection présidentielle, dimanche 10 avril, en recueillant 4,63% des suffrages exprimés, selon les résultats définitifs communiqués par le ministère de l'Intérieur.

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Porté par sa troisième place aux européennes en 2019 (13,5% des voix) et par des succès remarqués dans son camp lors des municipales de 2020 (Lyon, Bordeaux, Strasbourg...), le chef de file d'Europe Ecologie-Les Verts (EELV) déclarait viser la victoire. Il termine finalement à la sixième place, sans parvenir à égaler le record de Noël Mamère en 2002, et surtout sous la barre des 5%, synonyme de non-remboursement de ses principaux frais de campagne. Immédiatement après l'annonce des résultats, dimanche soir, le candidat vert a d'ailleurs lancé un appel aux dons.

"C'était une candidature pour gagner, pas pour témoigner", confirme sur franceinfo la porte-parole d'EELV, Eva Sas. "On a signé la campagne la plus efficace et la plus professionnelle qu'on ait jamais faite." Mais les rêves de victoire se sont envolés au fil des mois, du fait d'une incapacité de Yannick Jadot à prendre le leadership à gauche, à peser dans les débats et à apparaître comme un chef d'Etat crédible aux yeux des Français.

Il a perdu la bataille à gauche

Déterminé à maintenir sa candidature jusqu'au bout, Yannick Jadot s'est opposé à toute participation à la Primaire populaire et a appelé les autres forces de gauche à se ranger derrière son projet. En vain. "On a collectivement déçu les citoyens qui aspiraient à ce que la gauche se rassemble, reconnaît Eva Sas. Mais, face à l'urgence climatique, il aurait été irresponsable de ne pas présenter une candidature écolo. Remettre l'écologie à plus tard, c'était la remettre à trop tard."

Malgré les divisions et la faiblesse du bloc de gauche, "Yannick Jadot a pris un pari risqué" en "tentant d'établir un rapport de force qu'il espérait faire pencher en sa faveur", observe Simon Persico, professeur à Sciences Po Grenoble et spécialiste de l'écologie politique. C'est finalement Jean-Luc Mélenchon, arrivé troisième dimanche avec 21,95% des voix, qui a pris l'ascendant à gauche, en capitalisant notamment sur "sa notoriété et son socle électoral de 2017".

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Première force de gauche aux élections européennes il y a trois ans, EELV se voit désormais relégué en deuxième position et concurrencé sur son propre terrain par La France insoumise. En axant une partie de sa campagne sur le climat et en appelant la gauche au "vote efficace" en sa faveur, Jean-Luc Mélenchon a attiré une partie de l'électorat écologiste, y compris chez les jeunes et les figures du mouvement associatif pour le climat, adeptes d'une plus grande radicalité. Seule consolation : Yannick Jadot devance nettement le Parti socialiste, derrière lequel il s'était rangé en retirant sa candidature en 2017 au profit de Benoît Hamon.

Il n'a pas su peser sur l'agenda médiatique

Dans son discours de défaite, dimanche soir, Yannick Jadot a déploré que les enjeux écologiques aient été "ignorés" durant la campagne présidentielle. Cité à longueur de sondages dans le trio de tête des préoccupations des Français, l'environnement a en effet très peu existé dans les débats ces dernières semaines. "Les Verts ont échoué à gagner mais aussi à imposer l'écologie sur les plateaux, ce qui était leur but quand ils présentaient des candidatures de témoignage", estime Daniel Boy, directeur de recherches au Cevipof et observateur avisé des dernières campagnes écologistes.

"Une victoire des Verts passera par une capacité à structurer les débats, et donc les comportements des électeurs en fonction des enjeux écologiques."

Simon Persico, politologue spécialiste de l'écologie politique

à franceinfo

C'est une autre préoccupation, celle du pouvoir d'achat, qui s'est rapidement imposée dans la campagne, couplée dans les dernières semaines à la guerre en Ukraine. "Sur ce terrain, les écologistes n'ont pas réussi à convaincre, malgré des propositions intéressantes pour le portefeuille des gens", observe Simon Persico. Seuls 2% des Français ont ainsi perçu Yannick Jadot comme le candidat le plus digne de confiance sur le thème du pouvoir d'achat, selon un sondage Ifop pour Le JDD (en PDF) publié début avril.

Aurait-il fallu davantage de radicalité pour orienter la campagne et pousser les intervieweurs à aborder davantage les questions environnementales ? "Nous avons fait un choix stratégique différent, sur le moyen terme, défend la porte-parole d'EELV. Nous ne cherchions pas à faire le buzz ou exister à tout prix dans cette campagne, mais à faire la preuve de notre capacité à gouverner un jour. Cela prendra peut-être plus de temps qu'imaginé, mais nous sommes sur le bon chemin."

Il n'a pas acquis la stature présidentielle

Yannick Jadot avait-il l'étoffe d'un chef d'Etat, capable de faire face à une crise économique, une guerre ou une pandémie ? A cette question, seuls 15% des Français ont répondu "oui" dans une enquête Ipsos pour Le Monde (en PDF) réalisée en mars. Les cinq principaux candidats étaient tous devant lui. Malgré des efforts notables pour asseoir sa stature présidentielle, notamment en travaillant les sujets régaliens, il a fait les frais de l'image d'un parti encore perçu comme mono-thématique, compétent sur l'écologie mais pas sur le reste. "On s'est encore heurtés au fameux plafond de Verts", déplore Eva Sas.

"Le problème n'est pas personnel mais structurel : les Français n'imaginent pas un écologiste devenir président."

Daniel Boy, politologue spécialiste de l'écologie politique

à franceinfo

Yannick Jadot a également dû composer avec une famille politique peu friande de la personnalisation des scrutins présidentiels. "Les Verts ont toujours voulu faire de la politique autrement, avec une tentation de couper les têtes dès qu'un chef émergeait", rappelle Daniel Boy. Favori de la primaire écologiste, Yannick Jadot est passé près de subir ce sort. Loin d'avoir écrasé le premier tour, il ne s'est imposé qu'avec 51% des voix au second, face à Sandrine Rousseau. Cette dernière a ensuite remis en cause certaines orientations du candidat et a été exclue de l'équipe de campagne.

"On a beaucoup gagné en maturité sur cette campagne, défend Eva Sas. Chacun a pris ses responsabilités, notre parole a été alignée et on a lancé un travail de fond très en amont, avec des équipes formées, ce qui a aidé Yannick à s'emparer de tous les sujets."

"On sait maintenant expliquer la mise en œuvre de ce qu'on a toujours défendu. On est plus opérationnels, plus ancrés dans l'appareil d'Etat."

Eva Sas, porte-parole d'EELV

à franceinfo

Reste à gagner en crédibilité pour faire mieux lors de la prochaine présidentielle, en 2027. "Les écologistes doivent faire leurs preuves au niveau local, prouver leurs capacités dans les villes où ils ont été élus, estime Daniel Boy. Ils doivent continuer à entrer dans les institutions. A cet égard, les législatives vont être un test beaucoup plus important que la présidentielle."

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