Présidentielle : comment fonctionne le vote au jugement majoritaire de la Primaire populaire à gauche ?

Le vote de la Primaire populaire a débuté jeudi matin. Cette consultation citoyenne doit désigner, parmi sept personnalités de gauche, le candidat que les inscrits soutiendront à la présidentielle. Elle repose sur un procédé qui permet d'évaluer chaque candidat.

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Une femme participe au vote au jugement majoritaire de la Primaire populaire, le 27 janvier 2022, à Vincennes. (HERVE CHATEL / HANS LUCAS / AFP)

Anna Agueb-Porterie, Anne Hidalgo, Yannick Jadot, Pierre Larrouturou, Charlotte Marchandise, Jean-Luc Mélenchon et Christiane Taubira. L'un de ces sept noms (peut-être même l'un des moins connus) pourrait être celui du candidat soutenu par la Primaire populaire de la gauche pour l'élection présidentielle de 2022. Le scrutin a débuté jeudi 27 janvier et se déroule jusqu'à dimanche, à 17 heures.

Jean-Luc Mélenchon, Yannick Jadot et Anne Hidalgo n'en reconnaitront cependant pas le résultat et font déjà campagne sur leur propre programme. Mais cette consultation citoyenne sur internet entend tout de même "désigner la candidature la plus apte à rassembler et faire gagner la justice sociale, l’écologie et la démocratie", grâce à un vote au jugement majoritaire. Franceinfo vous explique en quoi consiste ce mode d'élection.

Comment les votants choisissent-ils un candidat ?

En France, le président de la République est élu au scrutin uninominal majoritaire. Les citoyens choisissent un bulletin portant un seul nom. Dans un vote au jugement majoritaire, les électeurs doivent classer chaque candidat avec des mentions allant de "très bien" à "insuffisant". "La personnalité la mieux appréciée par une majorité remporte l'élection", résument les organisateurs. Ce type de vote "permet d'exprimer un avis sur tous les candidats en lice", explique à 20Minutes Thomas Vitiello, docteur en science politique au Cevipof, le Centre de recherches politiques de Sciences Po.

Dans le cas de la Primaire populaire, les 466 895 inscrits doivent évaluer et classer les candidats en complétant cette affirmation : "Pour faire gagner l'écologie et la justice sociale à l'élection présidentielle, j'estime que chacune de ces personnalités serait..." Elles peuvent attribuer à chaque candidat une des mentions suivantes : "très bien", "bien", "assez bien", "passable", "insuffisant(e)". Une même mention peut-être utilisée pour plusieurs candidats.

Comment le vainqueur est-il désigné ?

Au scrutin uninominal, le vainqueur est celui qui remporte le plus de voix. Le cadre du scrutin majoritaire repose, lui, sur le principe de la médiane. "En gros, on additionne le nombre de 'très bien', le nombre de 'bien' et ainsi de suite, graduellement pour chaque candidat et la mention qui fait basculer au-dessus de la barre des 50% détermine sa mention majoritaire", décortique Chloé Ridel, de l'association Mieux voter, au HuffPost.

Concrètement, un candidat reçoit la mention majoritaire "bien" si 35% des électeurs lui attribuent la mention "bien" et 20% la mention "très bien", puisque 55% des électeurs approuvent a minima sur cette mention bien. Il faut donc que l'addition des pourcentages des mentions dépassent les 50% pour que l'on connaisse l'appréciation de chaque candidat. "La personnalité la mieux appréciée par une majorité remporte l'élection", confirment les organisateurs de la Primaire populaire.

Un sondage OpinionWay pour l'association Mieux voter, publié le 15 décembre et réalisé à partir d'une évaluation des candidats au jugement majoritaire, voyait Valérie Pécresse devancer Emmanuel Macron au premier tour de la présidentielle (tous deux avec une mention "passable"). Eric Zemmour se classait dernier parmi les 13 candidats testés. Il récoltait le plus de mentions "à rejeter" (61%) alors que les sondages classiques lui donnaient 12% à 16% des intentions de vote à la même période.

Ce mode de scrutin est-il courant ?

Il a été imaginé à partir de 2002 par deux chercheurs français du CNRS, Michel Balinski et Rida Laraki. Leur réflexion a été nourrie par les modes de scrutin utilisés hors de la politique, dans des disciplines variées. "On s'est rendu compte que les méthodes utilisées pour classer les vins ou les sportifs dans différentes disciplines, comme le patinage artistique ou la gymnastique, sont des méthodes très intelligentes et jamais étudiées dans la théorie du choix social", observe Rida Larakia auprès du HuffPost.

Ce procédé est parfois utilisé dans la vie politique française. Dans le cadre "d'une précédente primaire citoyenne pour l'élection de 2017 ou par LREM dans le cadre de ses élections internes", rappelle Le Journal du dimanche. Plusieurs villes y ont aussi recours pour évaluer les budgets participatifs. C'est le cas de Paris, Annecy ou encore Villeurbanne. Les membres de la Convention citoyenne pour le climat ont également sélectionné ainsi les propositions soumises à Emmanuel Macron.

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