Présidentielle : pourquoi le score historique de Marine Le Pen n'est pas un triomphe

La présidente du Front national obtient 21,4% des voix et place son parti à un niveau inédit. Mais derrière ce résultat, la candidate peine à masquer un demi-échec.

La candidate du Front national, Marine Le Pen, lors de son discours à Hénin-Beaumont, le 23 avril 2017 au soir du premier tour.
La candidate du Front national, Marine Le Pen, lors de son discours à Hénin-Beaumont, le 23 avril 2017 au soir du premier tour. (KAY NIETFELD / DPA / AFP)

"Le résultat est historique, la première étape est franchie", s'est félicitée Marine Le Pen devant ses partisans réunis à Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais), dimanche 23 avril au soir du premier tour. Avec 21,4% des voix, la présidente du Front national réalise le meilleur score de son parti à une élection présidentielle. Mais en dépit de la qualification au second tour, les militants frontistes laissent transparaître une certaine déception. Car malgré les apparences, ce score est loin d'être un triomphe pour celle qui rêvait de virer en tête au premier tour.

>> Résultats, réactions, analyses... Suivez notre direct au lendemain du premier tour de la présidentielle

Parce que Marine Le Pen visait la première place

Avec ses 21,4% et ses 7 millions de voix, Marine Le Pen peut se targuer d'avoir hissé le Front national à un niveau jamais atteint. Mais dimanche soir, une ambiance mitigée régnait à Hénin-Beaumont, où la candidate avait décidé de passer la soirée. La présidente du Front national ne cachait en effet pas son objectif d'avoir le leadership au premier tour.

Je serai en tête le soir du premier tour parce que je sens qu'il y a une incroyable mobilisation, une incroyable dynamique, je connais assez bien mes électeurs et je pense qu'ils vont me porter en tête dimanche soir.Marine Le Pensur Europe 1, le 20 avril

Longtemps, d'ailleurs, les sondages lui promettaient la pole position, avec un score plus proche de 26%. Mais depuis la mi-mars, son socle s'est lentement érodé, pâtissant peut-être d'un léger regain de forme de François Fillon, mais aussi de la percée de Jean-Luc Mélenchon.

Avec ce résultat, Marine Le Pen ne peut plus affirmer, comme elle l'avait fait en décembre 2015 après les 27,1% de voix obtenues aux élections régionales, que le Front national est "le premier parti de France". Une nouvelle donne qui pourrait peser dans la perspective des élections législatives, en juin.

Parce qu'elle ne bénéficie pas de la fameuse "dynamique" pour le second tour

Face à Emmanuel Macron, le second tour s'annonce d'ores et déjà très difficile pour Marine Le Pen. Pour espérer emporter la mise le 7 mai, la patronne du Front national aurait dû frapper un grand coup au premier tour, et engranger des soutiens de poids. Ce n'est pas le cas : ce dimanche, pas une personnalité – hormis Christine Boutin, avec des réserves – n'a émis la possibilité de voter pour elle au second tour.

L'identité de son adversaire n'est pas forcément une bonne nouvelle pour Marine Le Pen. Certes, le programme d'Emmanuel Macron est aux antipodes du sien et permet donc une véritable opposition projet contre projet. "Ce match sera intéressant, puisque cela va opposer le représentant du mondialisme à la représentante de la défense des identités", se réjouit ainsi le député européen frontiste Bruno Gollnisch.

Mais elle aura beaucoup de mal à battre dans les urnes le candidat d'En marche !, dont la position centrale sur l'échiquier politique lui permet d'engranger de nombreux soutiens. Pour espérer une victoire, un dirigeant du FN cité par l'AFP estime qu'il aurait fallu a minima "Marine à 29-30, Macron à 21-22 et Fillon à 20". Le résultat de dimanche soir est loin du compte.

Selon un sondage Ipsos/Sopra Steria pour France Télévisions réalisé dimanche soir après l'annonce des résultats, Emmanuel Macron est crédité de 62% des intentions de vote au second tour, contre 38% pour Marine Le Pen. A l'inverse, les sondages réalisés avant le premier tour faisaient tous état de duels biens plus serrés face à François Fillon, plombé par les affaires, ou face à Jean-Luc Mélenchon, dont la candidature effarouchait une bonne partie de la droite.

Parce que sa ligne politique est contestée en interne

Le score mi-figue mi-raisin de Marine Le Pen vient sanctionner une campagne en demi-teinte, où elle a parfois péché par excès d'optimisme, et commis quelques erreurs. A plusieurs reprises, sa ligne est apparue brouillonne, sans colonne vertébrale, réagissant à l'actualité immédiate. "C’est comme s’il n’y avait pas de direction de campagne. Il n’y a pas de séquençage, elle n’impose jamais ses thèmes", estimait un ancien conseiller cité par RTL avant le premier tour.

En interne, certains choix stratégiques sont critiqués, comme celui de défendre une sortie de l'euro, une perspective inquiétante pour de nombreux électeurs potentiels. "Moi, je m'en fous d'avoir l'euro ou pas, si on reste submergé par l'immigration", confiait ainsi à franceinfo Philippe Olivier, l'un des stratèges de la campagne de Marine Le Pen.

"Elle navigue à vue, mais elle finit toujours par retomber sur ses deux pieds en revenant aux fondamentaux du FN", observe pour sa part l'historienne Valérie Igounet, spécialiste du parti frontiste. De fait, dans la dernière ligne droite, Marine Le Pen a d'ailleurs tenté de revenir à ses fondamentaux – insécurité et immigration – mais sans doute trop tard. Cette inflexion de ligne politique traduit en tout cas le débat qui traverse le Front national depuis quelques années, entre le discours souverainiste de Florian Philippot et les velléités identitaires de Marion Maréchal-Le Pen.