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Présidentielle 2022 : quels sont les profils des électeurs qui ont plébiscité Macron, Le Pen, Mélenchon et Zemmour au premier tour ?

Qu'est-ce qui rassemble les électeurs d'Eric Zemmour ? Qu'ont en commun les supporters du président sortant ? Jean-Luc Mélenchon a-t-il rassemblé bien au-delà des frontières de La France insoumise ? Voici ce que l'on sait des électeurs qui ont choisi les quatre candidats arrivés en tête dimanche. 

Article rédigé par franceinfo
France Télévisions
Publié Mis à jour
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Un électeur dans l'isoloir, à Paris, le 10 avril 2022, lors du premier tour de l'élection présidentielle.  (PIERRE LARRIEU / HANS LUCAS / AFP)

Certains se sont décidés à la dernière minute. D'autres étaient convaincus depuis plusieurs mois. Jeunes, ouvriers, cadres, retraités, citoyens préoccupés par le pouvoir d'achat, l'environnement ou l'immigration... Les électeurs ont tranché, dimanche 10 avril, portant au second tour de l'élection présidentielle le président sortant, Emmanuel Macron (27,84%) et la candidate du Rassemblement national, Marine Le Pen (23,15%), selon les résultats définitifs.

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Dans une France qui apparaît polarisée et marquée par les scores importants de l'extrême droite et de l'extrême gauche, une enquête Ipsos-Sopra Steria pour Le Parisien, France Télévisions et Radio France, menée durant les trois jours précédant le premier tour sur un échantillon de 4 000 personnes, permet d'y voir plus clair dans les profils des électeurs des quatre premiers candidats, Emmanuel Macron, Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon et Eric Zemmour.

Emmanuel Macron : les voix des retraités et des plus aisés 

Les seniors ont plébiscité le président-candidat. Un peu plus de 41% des plus de 70 ans lui ont accordé leur voix, contre 13% pour Marine Le Pen, en seconde position. Logiquement, Emmanuel Macron arrive donc le premier chez les retraités (38%).  

Le président sortant remporte également de nombreuses voix parmi les cadres (35%) et les professions intermédiaires (28%), deux catégories socioprofessionnelles dans lesquelles il arrive en tête. C'est aussi chez lui que l'on trouve le plus d'électeurs disposant d'un niveau d'éducation qui atteint au moins bac +3 et le plus de ménages aisés : 35% de ses électeurs touchent plus de 3 000 euros net mensuels par mois (contre 15% de foyers sous la barre des 1 250 euros). C'est aussi parmi les électeurs d'Emmanuel Macron que l'on trouve le plus de personnes se disant "très satisfaites" de leur vie : 43%. Enfin, 53% d'entre eux déclarent être issus de milieux aisés ou privilégiés. 

Les électeurs d'Emmanuel Macron sont aussi les plus fidèles : 74% d'entre eux avaient déjà voté pour lui en 2017. D'ailleurs, 71% de ces électeurs ont déclaré apprécier chez lui en priorité sa "stature présidentielle", et le fait qu'il "saura faire face à une crise majeure" (65%): autant d'arguments qui vont dans le sens d'une prime au sortant. Emmanuel Macron a par ailleurs gagné de nombreuses voix sur sa droite, alors que 39% des électeurs de François Fillon (Les Républicains) au premier tour de la précédente élection présidentielle se sont tournés cette fois vers le candidat d'En marche !. Peu d'hésitation également chez les électeurs du président-candidat, puisque 61% d'entre eux assurent avoir fait leur choix il y a plusieurs mois. 

Marine Le Pen : la candidate des classes populaires moins diplômées

Les électeurs de Marine Le Pen sont ceux qui ont le plus mis en avant l'enjeu du pouvoir d'achat (69%) – devant l'immigration (55%) – pour faire leur choix. Et pour cause, ils sont ceux qui ont le niveau de revenus le plus bas : 31% des électeurs de la candidate du Rassemblement national déclarent toucher moins de 1 250 euros net par mois (une proportion qui passe à 57% chez les moins de 2 000 euros). Ils sont aussi 37% à être issus de milieux défavorisés (37%) ou populaires (29%), quand 30% d'entre eux assurent boucler tout juste leur budget. Les employés et les ouvriers ont ainsi plébiscité Marine Le Pen : ils composent 36% de ses voix pour chacune de ces deux catégories socioprofessionnelles. 

L'enquête Ipsos-Sopra Steria pour "Le Parisien", France Télévisions et Radio France sur la sociologie du vote au premier tour de l'élection présidentielle du 10 avril 2022. (IPSOS-SOPRA STERIA / FRANCE TELEVISIONS)

La candidate du Rassemblement national est par ailleurs celle qui a reçu le plus de voix de l'électorat le moins diplômé, avec 35% des électeurs n'ayant pas le baccalauréat. Ses électeurs sont aussi ceux qui disent être le moins satisfaits de leur vie (46% se disant "pas satisfaits du tout.") 

Moins aisés et moins diplômés, les électeurs de Marine Le Pen sont aussi plus jeunes : 26% d'entre eux ont moins de 25 ans. C'est cependant dans la tranche des 35-59 ans que Marine Le Pen arrive en tête (58%) parmi tous les candidats. 

Les électeurs de Marine Le Pen sont eux aussi des soutiens fidèles, puisque 78% d'entre eux avaient déjà voté pour elle au premier tour de l'élection présidentielle de 2017. 

Jean-Luc Mélenchon : un électorat jeune et socialement hétérogène

Les jeunes ont voté Jean-Luc Mélenchon. En effet, 31% des moins de 24 ans ont voté pour lui (avec les 25-34 ans, ce taux passe à 65%). A l'inverse, les seniors sont ceux qui ont le moins accordé leur confiance au candidat de La France insoumise (seulement 9% des plus de 70 ans). 

D'un point de vue socioprofessionnel, les catégories "cadres", "professions intermédiaires" et "employés" ont chacune voté à hauteur de  25% pour Jean-Luc Mélenchon. Les ouvriers ne sont pas loin, et représentent 23% des électeurs du candidat de La France insoumise.

L'enquête Ipsos-Sopra Steria pour "Le Parisien", France Télévisions et Radio France sur la sociologie du vote au premier tour de l'élection présidentielle du 10 avril 2022. (IPSOS-SOPRA STERIA / FRANCE TELEVISIONS)

C'est lui qui a reçu le plus de voix émanant des personnes au chômage (34%) et il se trouve juste derrière Marine Le Pen en proportion d'électeurs qui ont les plus bas salaires : 28% de ceux qui touchent moins de 1 250 euros net par mois et 25% de ceux qui touchent de 1 250 à 2 000 euros. La situation financière des électeurs de Jean-Luc Mélenchon est la plus hétérogène, puisqu'on compte presque autant d'électeurs déclarant pouvoir mettre beaucoup d'argent de côté que d'électeurs parvenant tout juste à joindre les deux bouts. 

Ainsi, comme Marine Le Pen, une forte proportion de ses électeurs ont cité le pouvoir d'achat parmi leurs principales préoccupations (63%). A l'inverse, ils ne sont que 4% à avoir cité l'enjeu de l'immigration, la seconde préoccupation des électeurs mélenchonistes étant les inégalités sociales (51%), suivies de l'environnement (44%). Le taux de diplômés est par ailleurs bien plus important chez le candidat de La France insoumise que chez Marine Le Pen : 26% des électeurs ayant au moins un bac +3 ont accordé leur confiance à Jean-Luc Mélenchon, le plaçant en deuxième position dans cette catégorie, derrière les électeurs d'Emmanuel Macron. 

Si 66% des électeurs du candidat de La France insoumise avaient déjà voté pour lui en 2017, il a bénéficié cette fois du transfert de 42% des voix qui étaient allées à Benoît Hamon à l'époque. De même, 33% des électeurs qui se disent sympathisants du PS (et 29% de sympathisants d'Europe Ecologie-Les Verts) ont accordé leur vote au candidat des "insoumis". Enfin, c'est chez Jean-Luc Mélenchon que l'on retrouve le plus d'électeurs ayant fait leur choix à la dernière minute : 23% d'entre eux déclarent avoir pris leur décision les derniers jours précédant le vote.

Eric Zemmour : un vote déterminé contre l'immigration 

L'électorat d'Eric Zemmour est hétérogène, varié tant sur le plan de l'âge que de la catégorie socioprofessionnelle. Lui qui se présente pour la première fois peut se targuer d'un électorat qui s'identifie pleinement (à 90%) à son tout jeune parti, Reconquête !. Par ailleurs, 14% des personnes qui ont voté Marine Le Pen au premier tour de la présidentielle de 2017 et 12% des électeurs de François Fillon se sont tournés cette fois vers le polémiste d'extrême droite.

Ce qui rassemble les électeurs d'Eric Zemmour, ce sont leurs préoccupations : l’immigration est citée comme le principal enjeu chez ces électeurs (72%), très loin devant les autres thématiques, dont la délinquance (55%) et le pouvoir d'achat (41%). D'autres préoccupations sont surreprésentées chez les électeurs d'Eric Zemmour, notamment la défense de la République et de la laïcité (22%, contre 12% de l'ensemble de l'électorat) et le terrorisme (21%, contre 9% de l'ensemble de l'électorat). 

L'enquête Ipsos-Sopra Steria pour "Le Parisien", France Télévisions et Radio France sur la sociologie du vote au premier tour de l'élection présidentielle du 10 avril 2022. (IPSOS-SOPRA STERIA / FRANCE TELEVISIONS)

Ainsi, 81% des électeurs d’Eric Zemmour ont déclaré voter pour lui par adhésion, contre 69% de ceux de Marine Le Pen (67% chez Emmanuel Macron et 59% chez Jean-Luc Mélenchon). Ils ont en outre fait leur choix depuis plusieurs mois pour 64% d'entre eux (soit la proportion la plus forte parmi les candidats). Ces électeurs sont aussi les plus nombreux (63%) à estimer que leur candidat "veut vraiment changer les choses."

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