Présidentielle 2022 : pourquoi la candidature de Christiane Taubira a viré au fiasco

Sans surprise, l'ancienne garde des Sceaux a annoncé mercredi qu'elle se retirait de la campagne pour l'élection présidentielle, faute de parrainages suffisants.

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L'ancienne ministre Christiane Taubira lors d'un meeting à Rennes (Ille-et-Vilaine), le 11 février 2022. (QUENTIN VERNAULT / HANS LUCAS / AFP)

Son annonce était attendue : Christiane Taubira a déclaré, mercredi 2 mars, qu'elle se retirait de la course à l'Elysée, deux jours avant la date butoir d'envoi des 500 signatures d'élus au Conseil constitutionnel. Depuis son QG de campagne, en milieu de journée, la candidate de gauche a pris acte de son incapacité à valider son ticket pour le premier tour de l'élection présidentielle, en totalisant à ce stade seulement 181 parrainages.

"Malgré la très forte mobilisation des bénévoles et de mon équipe de campagne, malgré les promesses de nombreux élus, qui ne se sont pas concrétisées, il est évident que nous ne parviendrons pas à réunir les 500 parrainages", a-t-elle lâché. Désireuse de continuer à "se battre", elle a refusé d'appeler à voter pour un autre candidat de gauche.

Depuis l'officialisation de sa candidature, mi-janvier, l'ancienne garde des Sceaux a échoué à unir son camp, objectif qu'elle s'était pourtant fixé en se lançant dans la course à l'automne dernier. Calendrier hasardeux, sondages laborieux, projet critiqué et peu soutenu… Franceinfo décrypte les raisons de l'échec de la campagne de Christiane Taubira.

Parce que sa déclaration est intervenue tardivement, après des mois d'atermoiements

Depuis la fin de l'automne 2021, la petite musique d'une déclaration à l'élection présidentielle revenait avec insistance. Après plusieurs mois d'hésitation, l'ancienne garde des Sceaux a finalement franchi le pas en deux temps. D'abord, le 17 décembre, en déclarant, dans une vidéo postée sur les réseaux sociaux, "envisager d'être candidate à la présidence de la République française". Puis, un mois plus tard, le 15 janvier, lorsqu'elle officialise sa candidature lors de son premier meeting de campagne, à Lyon.

Mais à trois mois seulement du premier tour, l'ancienne députée de Guyane a pris beaucoup de retard sur ses concurrents de gauche. Très rapidement, ces derniers, comme la socialiste Anne Hidalgo ou l'"insoumis" Jean-Luc Mélenchon, n'ont pas hésité à fustiger "une candidature de plus" à gauche.

"C'est un personnage qui se croit providentiel. Mais elle a disparu de la vie politique depuis six ans pendant que d'autres à gauche sont restés au combat pour gagner des élections intermédiaires comme les municipales ou les régionales", avait à l'époque taclé un ténor du PS auprès de franceinfo, assurant que Christiane Taubira avait reçu "des dizaines d'appels de la gauche responsable pour la dissuader d'y aller".

Parce qu'elle s'est lancée en solitaire dans l'aventure de la Primaire populaire

Ce devait être son tremplin, sa rampe de lancement vers une candidature solide à l'Elysée. Las, la Primaire populaire n'a pas permis à l'ancienne garde des Sceaux de légitimer sa candidature au sein d'une gauche déjà morcelée.

Elle avait plusieurs fois rencontré les organisateurs de ce scrutin citoyen en octobre et en novembre. "Elle pense que c'est le seul moyen pour la gauche de revenir dans la course", affirmait alors l'un de ses soutiens, Christian Paul. Le processus de la Primaire populaire semble prendre de l'ampleur début décembre, alors qu'Anne Hidalgo et Arnaud Montebourg annoncent qu'ils sont prêts à se ranger derrière une candidature unique.

La donne est bien différente début 2022. Faute de dynamique, Arnaud Montebourg se retire mi-janvier, tandis qu'Anne Hidalgo affirme qu'elle maintiendra sa candidature et ce peu importe le résultat de la Primaire populaire. Christiane Taubira est désormais la seule à soutenir l'initiative jusqu'au bout. Fin janvier, l'ancienne ministre de la Justice remporte d'ailleurs cette investiture informelle.

Avec sa victoire à la Primaire populaire et ses appels répétés à l'union de la gauche, Christiane Taubira espérait décoller dans les sondages, qui la donnaient à environ 5% d'intentions de vote en janvier. C'est tout l'inverse qui se produit en février : les enquêtes d'opinion montrent une érosion progressive de son maigre socle électoral, avec une moyenne située entre 1% et 2%, mardi 1er mars, selon notre baromètre interactif. "Elle a été élue grâce au rassemblement et on a eu du mal à comprendre quelle était sa feuille de route pour le rassemblement", regrette Samuel Grzybowski, l'un des porte-parole de la Primaire populaire, auprès de franceinfo.

Parce que son projet a été très critiqué et marqué par les polémiques

Dès le lendemain de son entrée dans la course à l'Elysée, les attaques fusent sur sa présumée absence de programme. Face à des candidatures bien établies à gauche, Christiane Taubira ne parvient pas à faire entendre sa voix dans cette campagne présidentielle. Même ses propositions les plus fortes, comme la revalorisation du Smic a 1 400 euros net, le rétablissement de l'impôt sur les grandes fortunes ou encore l'abaissement de la TVA à 0% pour les produits issus de l'agriculture biologique, afin de "faciliter l'accès à une alimentation saine et de qualité", ont du mal à marquer l'opinion publique.

Le flou que la candidate entretient autour de ses positions sur la vaccination contre le Covid-19 a également eu un impact négatif sur sa candidature. Fin septembre 2021, l'ancienne ministre de François Hollande déclare sur RTL qu'elle "n'a pas vocation à appeler la population guyanaise à se faire vacciner". Une déclaration que la candidate va traîner comme un boulet durant toute la campagne, malgré plusieurs tentatives de clarification.

Autre raté qui n'est pas passé inaperçu durant cette campagne express : son intervention sur la thématique du logement à la fondation Abbé-Pierre, le 2 février. Interrogée sur une éventuelle augmentation du revenu de solidarité active (RSA), jugée insuffisante, la figure du Mariage pour tous bafouille, est incapable de donner une réponse claire sur le sujet.

Parce que sa collecte de parrainages a été erratique

C'est l'ultime échec de cette campagne, celui qui l'empêche de facto de concourir à l'élection présidentielle, dans moins de 40 jours : Christiane Taubira n'a pas réussi à recueillir suffisamment de parrainages d'élus pour être présente au premier tour.

>> Parrainages pour la présidentielle : Eric Zemmour, Marine Le Pen et Nicolas Dupont-Aignan dépassent le seuil des 500 signatures d'élus

Lors de son allocution de retrait de la campagne, mercredi, la désormais ex-candidate a insisté sur le caractère "obsolète" d'un tel système pour se présenter à l'élection présidentielle, à rebours du processus de la Primaire populaire. "Cette candidature ancrée dans une initiative citoyenne se trouve empêchée par un dispositif administratif" qui "en est à son dernier souffle", a-t-elle pesté, fustigeant des partis "qui n'ont plus que leur capacité de nuisance".

Il fut un temps, dans cette campagne, où Christiane Taubira comptait cependant sur les élus du Parti radical de gauche (PRG), qui s'était rallié à sa candidature, pour faire monter le compteur des parrainages. Les difficultés de l'après-Primaire populaire ? Pas moins de "170 parrainages d'élus locaux PRG seront débloqués la semaine prochaine, ne vous faites pas de soucis", confiait à L'Express début février Guillaume Lacroix, soutien de Christiane Taubira. Lundi 14 février, jour de la Saint-Valentin, le PRG acte la fin de l'idylle en se mettant "en retrait" de cette campagne, face à l'échec du rassemblement à gauche.

Deux semaines plus tard, trop éloignée de la barre fatidique des 500 signatures, la candidate jette donc l'éponge. "Honnêtement, je ne vois pas ce qu'elle aurait pu faire de plus", assure Samuel Grzybowski, qui l'a soutenue depuis un mois. Des accusations sur les partis de gauche, des attaques violentes du système des parrainages… Trois mois après avoir promis de mettre "toutes (ses) forces dans les dernières chances de l'union", Christiane Taubira a raté son pari à gauche.

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