Présidentielle : "Depuis 2002, les sondages ne se sont pas trompés pour les grandes élections"

Les instituts de sondage traversent une crise de confiance depuis 2002, le Brexit et l'arrivée de Donald Trump à la Maison blanche. Mais au lendemain du premier tour, force est de constater qu'"ils ne se sont pas trompés", a estimé Gaël Slimane, directeur de l'institut Odoxa.

Bulletins de vote lors du premier tour de l\'élection présidentielle à Lille le 23 avril 2017. 
Bulletins de vote lors du premier tour de l'élection présidentielle à Lille le 23 avril 2017.  (ALEXANDROS MICHAILIDIS / SOOC)

Les résultats du premier tour de l'élection présidentielle du dimanche 24 avril ont été conformes aux sondages publiés lors de la campagne. Emmanuel Macron, le candidat En Marche ! affrontera la présidente du Front National Marine Le Pen lors du second tour. "Dans toutes les grandes échéances électorales, depuis le bug de 2002, en France, les sondages ne se sont pas trompés", a analysé Gaël Slimane, directeur de l'institut de sondages Odoxa sur franceinfo. 

franceinfo : On dit souvent que les sondages se trompent. Pour le premier tour de l'élection présidentielle, vous aviez les bonnes tendances et quasiment le résultat dans vos sondages ? 

Gaël Slimane : Oui, rappelons qu'un sondage n'est pas un pronostic. En revanche, ce n'est pas non plus de la charlatanerie. On a beaucoup entendu durant la campagne que les sondages se trompent systématiquement. Ce qui est totalement faux ! Dans toutes les grandes échéances électorales, depuis le bug de 2002 en France, les sondages ne se sont pas trompés. Malgré le mauvais buzz, malgré un certain nombre de médias qui ont voulu jeter l'opprobe sur ce métier et ont sorti des Filteris ou des Gov qui étaient censés mieux annoncer les résultats que les instituts. Mais c'était devenu inaudible parce qu'il y a eu Donald Trump et le Brexit. Ils n'ont pas les mêmes méthodes de l'autre côté de l'Atlantique, et il faut remarquer qu'ils ont eu des résultats justes sur ce qu'ils mesuraient au niveau national.  

Lors de cette campagne, l'utilisation des données personnelles et des sondés tricheurs ont été découverts : cela ne vous a-t-il pas posé problème ?

Non. Le sondage est un modèle réduit de la France à un moment donné. Il faut bien qu'on capte toutes les populations, et qu'on ne nous mente pas trop. Ce n'est pas grave si une ou deux personnes disent n'importe quoi dans une enquête, du moment qu'il n'y a pas de biais, c'est-à-dire une propension à toujours mentir dans le même sens. Et de ce point de vue, Internet est un bon outil car on ne ment pas à son écran d'ordinateur comme on pourrait mentir à un enquêteur.

Certains sondés participent pour gagner des prix ou des petits cadeaux : est-ce une pratique marginale ?

Oui, et le reportage d'Envoyé Spécial sur la question était assez tordu, dans la mesure où on ne voyait que le risque de dérive et pas l'historique de ce qui s'est passé aux dernières élections. Ça a été compliqué pour la primaire à droite, mais nous n'avons pas à rougir car nos derniers sondages montraient bien l'avance de François Fillon. J'espère qu'on pourra tourner une page. Ce n'est pas parce qu'un sondage donne quelqu'un gagnant un mois avant l'élection que cela ne va pas se retourner. Les hommes politiques peuvent faire évoluer l'opinion publique, mais dire que le thermomètre est mauvais n'est plus valable.