"Rien ne m'aura été épargné" : à Besançon, le candidat LREM aux municipales voit deux colistiers appeler à voter contre lui

Les deux jeunes militants ont annoncé leur soutien au candidat LR Ludovic Fagaut, arrivé en deuxième position au premier tour. La candidate EELV Anne Vignot, qui a terminé en tête du scrutin du 16 mars, pourrait profiter de cette situation pour remporter la ville.

Le candidat LREM à la mairie de Besançon, Eric Alauzet, également député du Doubs, à l\'Assemblée nationale, le 7 mai 2019.
Le candidat LREM à la mairie de Besançon, Eric Alauzet, également député du Doubs, à l'Assemblée nationale, le 7 mai 2019. (MAXPPP)

Au téléphone, Eric Alauzet, le candidat LREM à la mairie de Besançon, laisse poindre une pointe de fatalisme. Après avoir été lâché par le maire sortant Jean-Louis Fousseret, après avoir affronté la dissidence de l'ancienne "marcheuse" Alexandra Cordier, le député du Doubs, arrivé en troisième position lors du premier tour, a vu récemment deux de ses colistiers quitter le navire LREM avant le second tour des élections municipales, prévu le 28 juin. "Rien ne m'aura été épargné dans cette campagne", souffle-t-il. Florian Maillot et Lucas Petit, deux jeunes militants de 27 et 22 ans, respectivement en 41e et 49e position sur la liste de La République en marche (des positions non éligibles), ont annoncé publiquement leur soutien au candidat LR, Ludovic Fagaut.

"Je suis persuadé qu'Eric Alauzet aurait fait un excellent maire, mais dans la vie, tout ne se passe pas comme on le veut, explique aujourd'hui Florian Maillot. Comme il n'est pas en mesure de remporter cette ville face à l'alliance de gauche, je prône le rassemblement." Les deux jeunes colistiers estiment prendre "leurs responsabilités" pour faire barrage à la liste de gauche menée par Anne Vignot (EELV) arrivée largement en tête du premier tour (31,19%), devant Ludovic Fagaut (23,59%) et Eric Alauzet (18,89%).

Une image politique troublée

"On considère que la possible victoire de l’extrême gauche est un risque pour la ville, notamment au niveau économique, au moment où la crise s'annonce, renchérit Lucas Petit. Ce n'est pas un désaccord politique, car le programme d'Eric Alauzet est bon. Mais il ne peut pas gagner. Son image est troublée par son étiquette politique, par le soutien de la majorité, par le fait qu'il soit député et candidat à la mairie."

Aujourd'hui, c'est un peu comme si l'équipe d'Eric Alauzet parlait dans le vide.Lucas Petit, ancien candidat sur la liste LREMà franceinfo

"Ils étaient mécontents de ne pas être éligibles sur la liste et ils ont d'ailleurs disparu de la campagne dès février", répond Eric Alauzet. Il s'agit d'un "choix de déloyauté et d’opportunisme", selon le communiqué du référent des Jeunes avec Macron du Doubs. "Je ne sais pas, au fond, quelle est leur démarche, à quoi ils tentent de se raccrocher, (...) mais de toute manière ils ne représentent pas grand-chose sur la liste. Et surtout, ils font une erreur politique, car le candidat LR ne peut pas gagner Besançon. Le seul qui est en capacité de battre la gauche, c'est moi", poursuit Eric Alauzet. Le député LREM se considère comme une solution "équilibrée et raisonnable" face à ses deux concurrents.

Guerre d'ego

Pour Eric Alauzet, il était de toute manière exclu de nouer une alliance avec Les Républicains, comme c'est pourtant le cas à Lyon, Bordeaux, Strasbourg ou encore à Clermont-Ferrand. "Ludovic Fagaut fait mine de m'avoir tendu la main, mais c'est une mise en scène. Il savait très bien qu'on ne pouvait pas se rassembler, il est trop loin de moi sur l'écologie et les solidarités, et le compte n'y est pas sur l'économie, estime le député LREM. Et puis il n'y a jamais eu de proposition de rencontre, il voulait juste que je m'efface comme ça."

Ludovic Fagaut a fait preuve d'une terrible arrogance.Eric Alauzetà franceinfo

"J'ai fait les démarches pour appeler à la responsabilité, à porter un projet commun. Il n'a pas su saisir la main tendue. Dont acte, rétorque le candidat LR. Son obstination et son jusqu'au-boutisme laissent la possibilité à l'extrême gauche de prendre la ville." Et le jeune Florian Maillot de résumer la situation : "Il y a une guerre d'ego et un manque de dialogue entre Alauzet et Fagaut. Ils se détestent, c'est un peu la guerre des gros bras. C'est dommage, car il y avait quelque chose à faire."

"Angélisme et canon à guimauve"

Anne Vignot, à la tête d'une alliance de gauche soutenue notamment par EELV, le PS et le PCF, pourrait bien profiter de la mésentente entre ses deux concurrents pour prendre la Citadelle bisontine. L'écologiste, qui a œuvré lors du dernier mandat dans la même majorité municipale qu'Eric Alauzet, souhaite accélérer sur la transition écologique. "Il s'agit d'un levier économique et social, et surtout d'une obligation car le réchauffement climatique est là. Et on a vu, à l'occasion de la crise sanitaire, à quel point l'écologie et la santé sont liées", détaille l'adjointe au développement durable. Elle souhaite aussi "retravailler le système de santé de Besançon" et "investir sur le système éducatif de la ville".

La candidate écologiste Anne Vignot, le 19 février 2020, lors de la campagne pour le premier tour des élections municipales, sur un marché de Besançon (Doubs).
La candidate écologiste Anne Vignot, le 19 février 2020, lors de la campagne pour le premier tour des élections municipales, sur un marché de Besançon (Doubs). (SEBASTIEN BOZON / AFP)

La candidate dénonce aussi "les caricatures" réalisées par son opposant de droite, qui classe notamment sa liste à "l'extrême gauche". "Il parle d'angélisme, de canon à guimauve, d'écologie avec des petites fleurs… comme si Les Républicains étaient les seuls à pouvoir travailler avec l'entreprise. Eric Piolle, à Grenoble, a montré que les écologistes pouvaient travailler avec le tissu industriel", s'agace la favorite de cette élection.

Il a une stratégie qui consiste à lancer un discrédit sur ma personne, en utilisant l'imaginaire entre le masculin et le féminin.Anne Vignot, candidate EELVà franceinfo

La fin de campagne de ce long entre-deux-tours est effectivement tendue à Besançon, à l'image du débat organisé lundi 15 juin par France 3 Franche-Comté. "Je suis une femme et j'aimerais que vous arrêtiez de m'attaquer sur des vocabulaires qui sont propres aux rapports entre un homme et une femme, c'est vraiment très désagréable", s'est ainsi agacée Anne Vignot face à Ludovic Fagaut. 

Au-delà des petites piques, le candidat LR axe son programme sur la sécurité (il souhaite notamment armer la police municipale), l'économie (avec un plan de relance de 32 millions d'euros) et l'écologie –"une écologie pragmatique et constructive, et non pas l'écologie dogmatique et culpabilisante portée par l'extrême gauche". Il n'a surtout de cesse d'alerter sur ce péril que représente, selon lui, la liste d'Anne Vignot. "Quand on s'associe avec le PCF et qu'on laisse la porte ouverte à La France insoumise, c'est l'extrême gauche, c'est factuel", estime le candidat.

Anne Vignot a bien discuté à plusieurs reprises avec la tête de liste LFI Claire Arnoux (8,28% au premier tour), mais les deux femmes n'ont pas réussi à se mettre d'accord sur une fusion de listes. "Ils voulaient bien rentrer dans la liste, mais ils ne voulaient pas voter le budget ou prendre des responsabilités", explique la candidate.

"On change de maire tous les vingt ans à Besançon"

Malgré sa troisième position du premier tour, Eric Alauzet espère encore inverser la tendance. Il mise sur son programme avec, en premier lieu, un plan de relance économique de 120 millions d'euros, qui prend en compte l'ensemble des dispositifs, locaux, nationaux, européens et qui s'étale sur l'ensemble du mandat : "C'est beaucoup plus réaliste que les 32 millions sur six mois à fonds perdus de Ludovic Fagaut." Le candidat LREM n'oublie pas les thèmes de la santé et de la solidarité, car "le million de chômeurs annoncé va créer de l'exclusion, et il va falloir être aux côtés des gens".

A Besançon, les habitants n'ont plus que neuf jours pour faire un choix entre la gauche, le centre et la droite. Et les enjeux sont importants. "On change de maire tous les vingt ans à Besançon, prévient Eric Alauzet, qui siège au conseil municipal depuis 1990. C'est un moment décisif."