Municipales : les jeunes loups sont de sortie

Ils ont la vingtaine mais déjà plusieurs années d'expérience à leur actif. Les voilà têtes de liste aux municipales. Francetv info est allé à la rencontre de ceux qui se rêvent en futur Sarkozy ou Hollande. 

Le candidat socialiste à la mairie de Meaux (Seine-et-Marne), Bastien Marguerite (à gauche), avec une habitante et un de ses colistiers, le 26 février 2014.
Le candidat socialiste à la mairie de Meaux (Seine-et-Marne), Bastien Marguerite (à gauche), avec une habitante et un de ses colistiers, le 26 février 2014. (VIOLAINE JAUSSENT / FRANCETV INFO)

"Alors lui, avec sa tête de Chirac..." Sur le marché de Pantin (Seine-Saint-Denis), une jeune femme agacée peste derrière Geoffrey Carvalhinho. Geoffrey qui ? Cet inconnu n'entend pas le rester longtemps. A 24 ans, ce jeune loup de l'UMP, fan de Nicolas Sarkozy, se fait les dents à Pantin. Dans cette ville réputée imprenable par la droite, il se présente aux municipales face à Bertrand Kern, maire socialiste de 52 ans et candidat à sa propre succession. Mais en ce dimanche de fin février, à force de serrer les mains, Geoffrey Carvalhinho gêne surtout cette jeune femme qui n'arrive pas à circuler dans les allées.

Depuis mai 2013, ce conseiller bancaire chaussé de mocassins en cuir noir ciré arpente les marchés avec son équipe. Coupe-vent bleu turquoise marqués de son nom en lettres blanches dans le dos et écharpes en laine assorties : Geoffrey Carvalhinho et ses colistiers se sont munis d'accessoires pour éviter de passer inaperçus. Le jeune homme au visage poupin et cheveux gominés est en quête de reconnaissance.

Geoffrey Carvalhinho (à gauche), candidat UMP à Pantin (Seine-Saint-Denis), le 23 février 2014 sur le marché de Hoche.
Geoffrey Carvalhinho (à gauche), candidat UMP à Pantin (Seine-Saint-Denis), le 23 février 2014 sur le marché de Hoche. (VIOLAINE JAUSSENT / FRANCETV INFO)

Fondateur, puis délégué national de l'UMP Lycées, responsable Jeunes UMP de Seine-Saint-Denis, suppléant aux législatives 2012... Geoffrey Carvalhinho a déjà un CV bien rempli. Le "virus" de la politique l'a piqué le 20 juin 2005.

Sarkozy, l'idole des jeunes 

Ce jour-là, Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur, se rend dans la cité des 4 000 de La Courneuve (Seine-Saint-Denis). La veille, un enfant a été tué par une balle perdue. Au milieu d'une forêt de micros et de caméras, il promet aux habitants de "nettoyer, au propre comme au figuré, la cité". A 400 mètres de là, Geoffrey Carvalhinho, alors âgé de 15 ans, observe la scène. "Ce jour-là, j'ai compris que la politique est le seul moyen de faire changer les choses, qu'elle seule peut combler les attentes fortes de la population."

Aujourd'hui encore, Nicolas Sarkozy, élu maire de Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine) à 28 ans, reste son modèle. "De simple militant, il est devenu président. Du bas, il est arrivé tout en haut", souligne Geoffrey Carvalhinho.

Geoffrey Carvalhinho (au centre), candidat UMP à Pantin (Seine-Saint-Denis), le 23 février 2014.
Geoffrey Carvalhinho (au centre), candidat UMP à Pantin (Seine-Saint-Denis), le 23 février 2014. (VIOLAINE JAUSSENT / FRANCETV INFO)

Il n'est pas le seul jeune UMP à s'extasier devant Nicolas Sarkozy. "J'aime sa pugnacité, son dynamisme, sa force et son énergie", indique Aurore Bergé, 27 ans, candidate à Magny-les-Hameaux (Yvelines) et benjamine de l'équipe nationale du parti. "Je n'admire pas seulement son parcours, mais aussi ce qu'il dégage", dit-elle en refusant de faire le parallèle avec sa propre carrière. "La politique est fondamentale pour moi, reconnaît-elle. Je suis encartée depuis onze ans, et je ne me vois pas ne plus être engagée un jour."

Antoine Diers aussi a eu le déclic à 16 ans. S'il fait campagne pour le "non" au référendum sur la Constitution européenne aux côtés de Philippe de Villiers, le fondateur du Mouvement pour la France, c'est le mandat présidentiel de Nicolas Sarkozy qui achève de le convaincre de prendre sa carte à l'UMP, en 2010. Il apparaît aujourd'hui avec une mèche blonde plaquée sur le côté droit, de petites lunettes rondes et une chemise bleue sur son site internet. A 25 ans, le voilà qui s'attaque à Michel Delebarre, grande figure socialiste du Nord, aux commandes de Dunkerque depuis 1989.

Costume cravate, langue de bois et parachutage

A Meaux (Seine-et-Marne), le socialiste Bastien Marguerite rêve d'avaler Jean-François Copé, maire de la ville depuis dix-huit ans et patron de l'UMP. Dans son petit local de permanence aux murs défraîchis, son costume gris satiné et sa chemise rose détonnent un peu. Mais lui est à l'aise dans ses habits de politicien. Il ne considère pas son âge, 22 ans, ou les conditions de son investiture, sur fond de dissensions internes, comme des obstacles pour accéder au fauteuil de premier édile.

C'est le PS qui lui a proposé de se lancer à l'assaut de la ville. Le parti l'a repéré alors qu'il coordonnait la campagne présidentielle de François Hollande pour les jeunes socialistes de l'Ile-de-France, en 2012. Justement, le chef de l'Etat est un de ses modèles. "Il s'est construit en s'implantant sur un territoire et y est resté fidèle. Alors oui, sa persévérance est un exemple", concède-t-il du bout des lèvres.

Bastien Marguerite, candidat socialiste à la maire de Meaux (Seine-et-Marne), le 26 février 2014.
Bastien Marguerite, candidat socialiste à la maire de Meaux (Seine-et-Marne), le 26 février 2014. (VIOLAINE JAUSSENT / FRANCETV INFO)

Né à Paris, Bastien Marguerite a vécu au Thor, près d'Avignon (Vaucluse) entre 4 ans et 16 ans, puis à Champigny-sur-Marne (Val-de-Marne). Chargé de mission auprès du ministre des Transports depuis 2012, assistant parlementaire de Michel Sapin en 2011 et bientôt diplômé de Sciences Po Paris, il entame une carrière politique qui semble déjà toute tracée. Habitué au jeu médiatique des journalistes, il sourit quand on l'interroge à ce sujet, puis soupire. "C'est un milieu qui m'intéresse, oui." "Désolé si mes réponses semblent mécaniques... mais j'ai l'habitude de la question", précise-t-il, l'air un peu hautain.

Costume cravate, langue de bois, parachutage... Comme presque tout jeune candidat, Bastien Marguerite reproduit les codes de ses aînés. Florian Lecoultre, 24 ans, également candidat socialiste, tente, lui, d'y échapper. "Je ne crache pas sur ceux qui se présentent dans les villes dans lesquelles ils n'ont pas grandi. Mais le parachutage est une pratique à laquelle je n'aurai jamais recours, car ce n'est pas ma conception de la politique", estime le jeune homme, qui se présente à Nouzonville (Ardennes). "J'y ai grandi et je suis engagé localement. J'ai donc été désigné par la direction du PS sans difficultés", se vante-t-il. 

"Aller le plus haut possible"

Cadre administratif au conseil régional de Champagne-Ardennes, Florian Lecoultre a fait ses premières armes à l'Union nationale lycéenne, classée à gauche, qu'il a présidée. "Aujourd'hui, maire est la seule fonction qui m'intéresse", insiste-t-il. Ce discours est répété à l'envi par les candidats de moins de 30 ans partis à la conquête d'une ville. "C'est un défi qui me passionne. Le mandat de maire est celui qui demande le plus d'action concrète", indique Bastien Marguerite. "Etre maire requiert une capacité d'action directe", récite Aurore Bergé. Pourtant, la politique locale représente surtout un tremplin pour eux, et les mots qu'ils utilisent le cachent à peine.

Maire, c'est bien. Mais ministre, voire président, ce serait quand même mieux. Tous en rêvent, à voix haute ou en secret. Antoine Diers et Geoffrey Carvalhinho affichent leurs ambitions. Le premier se voit rester à Dunkerque pendant deux ou trois mandats, s'il est élu."Tant que je suis dynamique, efficace et animé par les mêmes valeurs, je n'y vois pas d'inconvénient." Il regrette aussi l'apparition de la loi sur le cumul des mandats "D'autres mandats locaux m'intéressent." "Je suis ambitieux, je ne m'en cache pas. Je veux aller le plus haut possible", commente Geoffrey Carvalhinho.

Sur ses envies de carrière, Florian Lecoultre avoue que son "envie d'engagement ne va pas s'arrêter là, c'est sûr. C'est un virus". Bastien Marguerite neutralise toute insinuation. "En fait, vous voulez savoir si je veux être président à 60 ans ?", demande-t-il en levant les yeux au ciel.

Tract de Bastien Marguerite glissé dans la porte d\'un logement de Meaux (Seine-et-Marne).
Tract de Bastien Marguerite glissé dans la porte d'un logement de Meaux (Seine-et-Marne). (VIOLAINE JAUSSENT / FRANCETV INFO)

Quelle que soit l'ambition, il faut d'abord convaincre les Français. Bastien Marguerite noue sa cravate et enfile son manteau beige. C'est l'heure du porte-à-porte. Face aux habitants, son discours est bien rodé. Sur son site internet, un compteur indiquait début mars qu'il avait frappé à 4 800 portes, dans cette ville de 52 000 âmes. 3 000 se sont ouvertes.

Ce jour-là, au devant des militants socialistes de Meaux qui l'ont rejoint, il s'élance vers les HLM du quartier de la Grande île. "On a oublié la classe moyenne" ; "Voter, ça ne m'intéresse pas" ; "Concrètement, si je vote pour vous, vous faites quoi pour nous, pour le quartier ?" ; "On est tenté par le FN"... Certains habitants lui donnent du fil à retordre. Pas désarçonné, il entame une discussion. Il insiste jusqu'au moment où il parvient à décocher un sourire et glisser son tract. Bastien Marguerite a bien compris qu'en politique, la persévérance est une qualité indispensable. Et que tout vient à point à qui sait attendre.